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Le Mali a toujours le dos au Mali alors que plusieurs dossiers restent en suspense pour le moment. Il s’agit pour le président Ibrahim Boubacar Keita et sa troupe de mettre en avant les résultats dans un temps record tout en alternant entre la fermeté et l’ouverture quand il le faut.

Les événements se succèdent avec fracas au Mali. Chaque jour a son lot de nouvelles aussi hallucinantes les unes que les autres. Il n’y a presque pas eu de round d’observation pour le nouveau président de la République. Déjà investi sur un tas de dossiers chauds à gérer, Ibrahim Boubacar Keita doit tirer ses décisions à la fois de sa riche expérience au sommet de l’Etat et des remarques qu’il a faites au bout de quelques semaines à Koulouba.

La tache du chef de l’Etat n’est pas facile, surtout quand on tient en compte ses promesses électorales, ses engagements solennels devant les amis de notre pays et les espoirs d’édification d’un Mali nouveau que nos compatriotes fondent sur le natif de Koutiala. Comme les Maliens piaffent d’impatience et étant donné que le nouveau président n’a pas droit à l’erreur, le mercure monte petit à petit. Les langues commencent à se délier.

L’organisation prochaine des élections législatives se présente comme une patate chaude entre les mains du gouvernement. Les rencontres se multiplient sur les préparatifs du scrutin, notamment entre le Premier ministre et les partis politiques. Mais le consensus ne semble pas se dégager, les uns et les autres regardant dans des directions opposées. Si certains pensent qu’il faudrait rapidement boucler la phase d’installation des institutions de la République avec la mise en place de l’Assemblée nationale, d’autres, se référant aux « tares » de la dernière présidentielle invitent à la prudence. Soumaila Cissé, le candidat malheureux de la présidentielle, a visiblement opté pour le report des élections.

Le patron de l’Union pour la République et la démocratie (URD) a même fait des démarches dans ce sens en écrivant aux autorités et en échangeant avec certains partenaires du Mali. L’ancien ministre, qui « ne saisit pas la précipitation actuelle » à aller aux législatives souhaite un « cadre de concertations pour améliorer les conditions de vote ».

Renforcer la Minusma

« Soumi Champion » est d’autant plus sûr de la pertinence de sa position que certaines conditions minimales ne sont pas réunies. « Que fait-on des réfugiés ? Pourrons-nous faire campagne et voter dans de bonnes conditions ? On tue à Kati, on bombarde à Gao, à Kidal, et on va aux élections », ironise le candidat aux prochaines législatives. La cause est-elle perdue pour M. Cissé ? En tout cas, le processus électoral semble se poursuivre normalement. Et la Cour constitutionnelle a procédé hier à la proclamation des candidatures qu’elle a validées pour le scrutin du 24 novembre prochain.

Aussi préoccupant que l’organisation des élections législatives, la situation sécuritaire dans les régions du Nord ne rassure pas pour le moment. L’attaque meurtrière contre les positions de l’armée tchadienne mercredi dernier à Tessalit rappelle que la vigilance doit être constante. Les terroristes sont certes affaiblies, mais toujours capables de nuire. Ils peuvent se réorganiser et revenir à tout moment.

Et l’environnement aidant, les jihadistes sont susceptibles de se fondre dans la population locale afin de parvenir à leurs fins. C’est donc regrettable de constater que l’on discute toujours des détails de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) au lieu de renforcer directement son effectif avec plus d’hommes et d’équipements.

De simples communiqués de l’ONU condamnant les attaques et réitérant son « soutien » à ses forces ne suffisent pas. Les formalités administratives concernant l’opérationnalisation totale de la Minusma doivent être conclues pour faire face à l’ennemi, comme l’ont avoué Romano Prodi, émissaire de l’ONU au Sahel et Michel Reveyrand De Menthon, délégué de l’UE dans la même zone.

Malgré la présence de la Minusma, les autorités doivent accélérer la reforme de l’armée afin qu’elle soit capable d’épauler, valablement, les forces étrangères sur le terrain et éventuellement assurer sa mission régalienne de défense de l’intégrité territoriale. Le chemin est certes parsemé d’embûches, mais les autorités doivent persévérer dans les efforts. La fermeté du président de la République suite à la mutinerie du 30 septembre de Kati a laissé des traces positives.

De même, l’annonce par le ministre de la justice de l’ouverture d’une procédure judiciaire contre les personnes responsables de « violences et cas d’assassinats » lors de ce «triste événement ».

Les peines doivent être exemplaires et seul doit prévaloir le droit afin que l’impunité n’ait pas droit de vie dans la cité, particulièrement au sein de l’armée. Cette procédure judiciaire est une étape importante dans la restauration de la discipline au sein de la grande muette. D’elle dépendra l’image que le Mali donnerait de lui-même et de ses porteurs d’uniforme.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

29 Octobre 2013