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Plus qu’inquiétante, la situation actuelle qui prévaut au Mali, devient accablante. Le mardi dernier, à Abidjan, les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire ouest-africaine (CEDEAO) avaient décidé d’envoyer une délégation composée de six chefs d’Etat pour consulter la junte militaire au pouvoir afin de trouver une issue à l’après coup d’État, hier. Mais, les conditions managées par la junte et ses alliées à l’aéroport de Bamako n’ont pas permis aux avions présidentiels d’atterrir.

Le CNRDRE fait l’épouvantail

Hier, dans la matinée, le comportement du chef de la junte militaire, Amadou Haya Sanogo, a surpris plus d’un. Arrivé quelques instants après qu’une foule indisciplinée ait envahie la piste d’atterrissage de l’aéroport de Sénou, sur autorisation d’un membre de la junte, en brandissant des pancartes et des banderoles avec des messages inquiétants, le capitaine Sanogo s’est précipité vers ladite foule. Il psalmodia des phrases en bambara et en français. « Votre cause est noble et elle ira loin. Mais pour ne pas effrayer nos interlocuteurs qui vont venir, veuillez libérer la piste », a-t-on retenu. La foule qui a servi d’épouvantail pour faire peur aux six chefs d’Etat qui devaient venir libérer le pays obéit aussitôt, mais eu gain de cause.

Aux environs de 11h, l’un des chefs de l’Etat aurait été averti par son ambassade de la présence de banderoles et pancartes hostiles à son pays. Ce dernier aurait informé ses pairs avant de rebrousser chemin à quelques minutes seulement de son atterrissage dans la capitale malienne. Certains présidents volaient même au dessus de Bamako. Selon des sources aéroportuaires, l’avion transportant le président Yayi Boni du Bénin avait même atterri avant de redécoller aussitôt. Selon de sources officielles, les chefs de l’Etat de la CEDEAO exigent de la junte qu’elles prennent toutes les dispositions pour que cette mission se fasse rapidement et dans les conditions idoines de sécurité.

Ils devaient se retrouver dans la journée à Abidjan pour « une réunion d’urgence » à la suite de cet incident, selon la présidence du Burkina Faso. La question qui reste à poser est de savoir à quoi la junte militaire joue réellement. Pendant que la presse nationale s’impatientait et se demandait pour quel motif les chefs d’Etats ne viennent plus à Bamako, les membres de la junte militaire empêchaient la presse nationale d’entrer dans le salon où les chefs d’Etat major de la CEDEAO, les ministres des affaires étrangères et les membres du CNRDRE rendaient compte de leur entretien aux journalistes étrangers.

Aussitôt cette nouvelle apprise par les populations, on assisté à des affrontements entre ceux qui étaient favorables à cette mission et ceux qui sont à la base des banderoles et pancartes ayant entraîné le report de l’arrivée des chefs de l’Etat de la CEDEAO. Cette mission avait suscité l’espoir d’un dénouement rapide et heureux de la crise politique dans laquelle le Mali se trouve depuis le 22 mars 2012.

La CEDEAO en grogne

La mutinerie qui a provoqué la chute du président Amadou Toumani Touré a mis l’opinion nationale (avertie) et internationale en grogne ; particulièrement la CEDEAO. Un sommet a été convoqué principalement pour délibérer sur le coup d’Etat au perpétré au Mali par des officiers subalternes qui ont prétendu protester contre la mauvaise gestion par notre gouvernement de la rébellion touarègue dans le Nord-Mali. Outre le président en exercice de la CEDEAO, les chefs d’Etats du Bénin, du Burkina Faso, du Libéria, du Nigeria et du Niger étaient attendus à Bamako hier.

La CEDEAO affiche ainsi une attitude de fermeté face aux putschistes maliens. Le docteur Thomas Yayi Boni a, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, exprimé au nom de tous que cet essaie d’étouffement de la démocratie malienne ne sera pas toléré. Laquelle démocratie qui a été si durement acquise, au prix fort du sang des maliens. Si les maliens ont un président, c’est celui qu’ils ont librement choisi.

Ils ont élu, par la voie des urnes, Amadou, fils de Toumani Touré et non fils de Haya Sanogo. La CEDEAO a donc indiqué qu’elle n’était pas disposée à accorder aucune légitimité à la junte et a également annoncé des mesures contre la libre circulation des putschistes, ainsi qu’un embargo diplomatique et financier qui entrera immédiatement en vigueur s’ils ne rendent pas le pouvoir au président renversé, Amadou Toumani Touré et si la Constitution malienne n’est pas restaurée. La première délégation, était à Bamako et Kati, mercredi, comprenait les chefs d’état-major du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Niger, du Togo, du Sénégal et le président de la Commission de la CEDEAO.

Elle avait pour mission de ‘sensibiliser la junte sur la nécessité d’un retour immédiat à l’ordre constitutionnel; d’informer la junte sur les récentes mesures envisagées par la CEDEAO pour aider le Mali à préserver son intégrité territoriale; évaluer la situation militaire sur le terrain et la chaîne de commandement; informer la junte sur les sanctions auxquelles elle s’expose en cas de refus d’appliquer les décisions de l’Autorité et informer le CNRDRE que la CEDEAO prendra toutes les mesures nécessaires pour rétablir l’ordre constitutionnel au Mali.

Le sommet de mardi a, par ailleurs, désigné le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, comme médiateur en vue d’engager les négociations avec les différentes parties. Pourquoi ce choix a été porté sur le président Blaise Compaoré ? « L’idée était d’avoir quelqu’un qui peut rentrer en contact avec les différentes parties, quelqu’un qui a une grande expérience dans le domaine de la médiation et le président du Faso possède ses critères », nous a indiqué Kadré Désiré Ouédraogo, président de la commission de la CEDEAO.

Dans le cas échéant

Pour la CEDEAO, le Mali n’a aucunement besoin d’un coup d’Etat actuellement et l’heure est à la rigueur. Si ces sanctions ne suffisent pas pour déloger les putschistes, la CEDEAO s’est engagée à prendre toutes les mesures nécessaires, dont l’usage de la force pour rétablir l’ordre constitutionnel au Mali. Pour montrer que ce ne sont pas des menaces en l’air, le bloc régional de 15 membres a demandé à la Commission de la CEDEAO de placer la Force en attente de la CEDEAO en état d’alerte maximale pour se préparer à toute éventualité.

La suspension du Mali du groupe régional de 15 membres signifie qu’il ne pourra plus siéger au niveau des instances de décision de la CEDEAO, avec effet immédiat. Il est à rappeler que ces décisions ont été prises lors du sommet extraordinaire de la CEDEAO de mardi dernier à Abidjan, auquel ont participé neuf chefs d’Etat et des représentants de l’Union africaine, de l’ONU, de l’UEMOA, de l’Algérie et de la Mauritanie. L’Autorité réaffirme l’inviolabilité des Protocoles de la CEDEAO, en particulier des dispositions du Protocole additionnel sur la démocratie et la Bonne gouvernance, signé en 2001, qui stipule une tolérance zéro pour le pouvoir obtenu ou conservé par «des moyens inconstitutionnels », ont déclaré les dirigeants dans leur communiqué.


Rokia Diabaté et Gérard Dakouo

Le Prétoire du 30 Mars 2012