Partager

Bamako a abrité, du 13 au 14 août 2008, la mise en place de la coordination régionale des usagers du Bassin du fleuve Niger. A la faveur de l’Assemblée constitutive de cette coordination, le réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’ouest (ROPPA) est monté au créneau pour dénoncer la mise à l’écart des vrais usagers des ressources du Bassin du fleuve Niger.

Au cours d’une conférence de presse animée hier au siège de la coordination nationale des organisations paysannes du Mali (CNOP), Bassiaka Dao, Président de la confédération paysanne du Faso (CPF) et Bagna Djibo, Président de la plate forme paysanne du Niger, tous membres du comité exécutif du Roppa, ne sont pas passés par quatre chemins pour dénoncer la mise à l’écart des vrais usagers des ressources du Bassin du fleuve Niger.

Bagna Djibo a rappelé que c’est face à la dégradation inquiétante des ressources du fleuve Niger, que les chefs des Etats riverains du fleuve ont mis en place l’Autorité du Bassin du fleuve Niger, avec la mission de réussir une meilleure gestion des ressources du fleuve.

« A l’évaluation, les chefs d’État se sont rendus compte que l’ABN était loin d’atteindre ses objectifs, pour la simple raison qu’elle n’avait pas suffisamment impliqué la société civile dans ses actions. Pour corriger cette situation, ils ont recommandé au secrétariat exécutif de l’ABN de tout mettre en œuvre pour une meilleure implication de la société civile », a-t-il révélé.

Pour sa part, Bassiaka Dao, du Burkina Faso, a indiqué que c’est depuis cette recommandation que des initiatives ont commencé à se multiplier dans les 9 pays membres de l’ABN. Selon le conférencier, le processus d’implication des organisations de la société civile dans la vision partagée de l’ABN est porté par deux initiatives: Celle du Roppa en collaboration avec le Fonds mondial pour l’environnement (WWF) et celle conduite par l’ONG française « Eau Vive ».

« Face à cette division des acteurs de la société civile, le sommet des chefs d’États a recommandé à l’ABN de trouver une synergie entre les différentes initiatives », a-t-il déclaré. Il a ajouté que plusieurs rencontres d’échanges ont été organisées entre Eau vive, Roppa, WWF et l’ABN.

Selon lui ces rencontres ont permis de dégager des pistes de collaboration qui, malheureusement, rencontrent des difficultés dans la mise en oeuvre. « Il existe quelques points de divergences sur la compréhension de la mise en synergie et sur l’approche à développer à cet effet », a-t-il révélé. Avant d’ajouter que le Roppa estime aujourd’hui que les paysans qu’ils soient agriculteurs, éleveurs ou pêcheurs peuvent accepter d’être accompagnés, mais n’accepteront plus d’être représentés par d’autres acteurs qui vont penser et prendre la parole à leur place.

« Est-ce que nous devons laisser les ONGs et les représentants de l’État décider à notre place, bien que nous sommes les véritables usagers des ressources du bassin du fleuve du Niger ?», s’est demandé Bassiaka Dao. Avant de révéler que c‘est ce que l’ONG « Eau vive » veut leur imposer, avec la complicité de l’ABN.

Partant du principe que le bassin du fleuve Niger est un espace de 2 millions de Km2 partagé par 9 pays sur 4200 Km et abritant environ 150 millions d’habitants dont 60 à 80 % sont des ruraux qui vivent de l’exploitation des ressources naturelles et des écosystèmes, le Président de la confédération paysanne du Burkina Faso a estimé que la maîtrise de la situation nécessite le développement au niveau des usagers des ressources du bassin du fleuve d’une bonne connaissance et d’une maîtrise des objectifs et attentes du processus de la vision partagée de l’ABN.

Il a aussi suggéré la mise en place d’un processus qui favorise l’expression des usagers afin de récolter leurs propositions dans l’élaboration et la mise en œuvre du programme de développement durable du bassin du fleuve Niger. Selon les conférenciers, cette vision qui pourrait assurer une gestion durable des ressources du bassin du fleuve Niger, n’est pas partagée par l’ONG Eau vive et l’ABN.

« Nous avions l’impression que l’assemblée constitutive de la coordination des usagers du bassin du fleuve Niger à Bamako a été organisée pour court-circuiter notre initiative qui voulait réunir le maximum de sensibilité. Sinon comment comprendre que chaque pays membre n’ait été représenté que par deux délégués issus de coordinations nationales qui ont été mises en place en catimini dans les différents pays membres, à part le Niger et le Bénin », s’est interrogé Bassiaka Dao.

Selon lui, la plupart des participants à la rencontre de Bamako sont des responsables d’ONGs. « Ils ne sont pas usagers des ressources du bassin du fleuve Niger. Certains n’interviennent même pas auprès des vrais usagers », a-t-il conclu.

Malgré sa contestation, le Roppa a refusé la politique de la chaise vide. Il s’est battu pour avoir la présidence de la nouvelle coordination.

Assane Koné

15 Aout 2008