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L’Association malienne des expulsés (AME) exige au préalable l’explication du contenu des accords de réadmission aux Maliens avant leur signature par les autorités.

Des organisations et citoyens du monde entier étaient mobilisés le 18 octobre dernier autour du Forum citoyen sur les migrations à Paris avec comme slogan « des ponts, pas des murs » entre les pays du monde entier. A travers ce thème évocateur, les initiateurs du Forum de Paris voulaient dénoncer « le pacte européen sur l’immigration et l’asile » que le Conseil européen vient de parapher.

C’est pour marquer d’une pierre blanche le sommet citoyen sur les migrations, que l’AME a rencontré samedi après-midi à son siège des hommes de médias pour dire non à ce qu’elle appelle « les politiques migratoires répressives ». A l’AME, l’on soutient que les accords de réadmission que la France a signés avec des Etats africains comme le Gabon, le Sénégal cachent les intentions de ce pays d’en faire la condition de base de sa coopération avec les Etats signataires.

Le pacte, indique-t-on, proposé et adopté sous la présidence française de l’Union européenne, s’inscrit dans la même logique que la « politique d’immigration choisie » que la France a initiée et imposée à tous les Etats européens. A en croire les organisateurs de la conférence, il prévoit une immigration en fonction des besoins du marché du travail, des offres professionnelles, qui doivent privilégier les migrations temporaires et saisonnières.

Ce faisant, l’immigration sera liée à la durée des contrats de travail au terme desquels les migrants seront directement raccompagnés à la frontière. L’Afrique se trouvera ainsi transformée en agence d’intérim qui fournit de la main d’œuvre taillable et corvéable à merci.

Autres dispositions du pacte : l’externalisation des frontières avec le développement de l’agence Frontex qui est chargée de coordonner la surveillance des frontières européennes et le développement d’une coopération policière et judiciaire entre les Etats, la généralisation des visas biométriques pour mieux renforcer le contrôle des demandeurs de visa tout au long de leur parcours migratoire, etc.

Mais le hic, selon l’AME, est que le Mali s’apprête à signer le pacte européen de retour ou « directive de retour » sur l’immigration alors que son contenu n’est pas connu du grand public. Ce qui, à ses dires, est inadmissible d’autant que les clauses de l’accord, une fois signé, s’appliqueront à notre pays.

En tout état de cause, l’AME estime que l’intense ballet diplomatique entrepris ces derniers temps par les autorités françaises dans notre pays ne vise ni plus ni moins qu’à presser l’Etat malien à signer les accords de gestion concertée. « Ces accords sont opaques. Il y a des pressions, mais nous exigeons que toute la lumière soit faite sur leur contenu », plaide l’AME. Aux yeux de cette dernière, le pacte européen de retour constitue une violation flagrante de la liberté de circuler.

Comme condition à sa signature par le Mali, l’Association exige des détails relatifs à son contenu. Mieux, elle demande la réparation des crimes coloniaux. L’AME poursuit que dans la directive retour, l’étranger est présenté comme un perturbateur, un élément dangereux et un risque à la cohésion sociale.

En attendant, le Mali s’est opposé à la signature du contrat sur la gestion concertée des flux migratoires avec la France. Mais pour combien de temps ? se demande t-on à l’AME.

Pour celle-ci et son collectif de soutien, la régularisation de tous les sans-papiers ne doit pas être marchandée. « Le Mali doit refuser de signer les accords sur la gestion concertée des flux migratoires, car ils constituent une entrave à la liberté de circulation des êtres humains, garantie par la Déclaration universelle des droits de l’Homme », protestent-ils.

Avec la directive de retour, l’Europe peut décider d’expulser un migrant dans n’importe quel pays. Il disposera également du droit de refouler les mineurs, les femmes sans aucun recours possible pour eux.


Mohamed Daou

20 Octobre 2008