Partager

Le Vérificateur général vient de présenter son rapport 2009 aux autorités de notre pays ainsi qu’à des sensibilités sociales. Celles-ci ont unanimement félicité Sidi Sosso Diarra pour l’énorme travail abattu dans la quête et l’analyse des informations requises sur les services vérifiés.
Le même rapport remis à la presse le 11 août, le Végal a réitéré que « le Mali reste un pays corrompu ». Dans sa ligne de mire se trouvent non seulement des structures étatiques basées au Mali, mais aussi des missions diplomatiques accréditées à l’étranger. Le Vérificateur général a même pris le soin de préciser que le projet de vérification de 2010 porte sur 8 ambassades, particulièrement celle de Genève en Suisse. Dans notre édition du mardi dernier, nous vous évoquions le cas de cette dernière ambassade, qui, en plus d’être sur une liste noire de mauvais payeurs dans la Confédération helvétique, est un véritable gouffre financier.
Il serait difficile de passer sous silence une telle situation quand on sait que c’est l’argent du contribuable qui sert au fonctionnement de ces organes diplomatiques à des fins bien définies. Toutefois, il faudrait admettre que cette gestion catastrophique des fonds alloués à l’ambassade du Mali à Genève serait moins ressentie si elle ne mettait pas en relief les attitudes qui tranchent avec le souci d’honorer notre pays et ses ressortissants à l’étranger.
Le Végal a décelé plusieurs pistes de détournements de fonds dans certaines de nos ambassades. Parmi les représentations chargées de gérer les bourses des étudiants maliens à l’extérieur, nombreuses sont celles qui s’adonnent au pillage et à la dilapidation des deniers publics comme si c’était de la gymnastique. Des listes fictives de boursiers maliens sont annuellement créées pour soutirer de l’argent des caisses du Trésor public.
En dépit de la sélection officielle des boursiers d’Etat sur place au Mali, des étudiants faisant partie de ce qui est communément appelé « hors quota » et dont les parents ont des affinités avec le pouvoir se retrouvent boursiers de l’Etat. Au même titre que les vrais méritants et au détriment des fonds publics. Comme les autres, ces étudiants hors quota émargent tous les trimestres auprès des ambassades du Mali dans leur pays d’accueil. De même, ont-ils des billets de vacances et tous les droits afférents. Qui plus est, après un bref séjour dans leur pays d’accueil, des étudiants, officiellement boursiers du Mali, décident de poursuivre leurs études dans d’autres pays étrangers à leurs propres frais, mais l’Etat continue d’envoyer leurs bourses qui servent de « bonus » pour des figures de proue dans les ambassades du Mali. L’on assiste même souvent à des guéguerres entre ces diplomates frileux.

Calamités

Et le Trésor public est dépouillé de ces sous pendant tout le cursus scolaire officiel (3, 4, voire 5 ou 7 ans si besoin est) des étudiants boursiers ayant opté pour d’autres cieux que leur destination initiale. C’est d’ailleurs à cause de ces magouilles et détournements de fonds que des étudiants osent bien croiser le fer avec l’ambassade du Mali dans leur localité. Acculé par des étudiants qui avaient pris en otage les locaux de la chancellerie pour réclamer leurs bourses de vacances, il y a quelques années, notre ambassadeur dans un pays maghrébin avait fini par craquer en faisant recours aux fonds propres de l’ambassade logés dans une banque de la place, vraisemblablement pour d’autres buts (augmentation du taux d’intérêt, affaires avec des businessmen locaux…). Comme faux-fuyant, le diplomate indélicat, le front couvert de sueurs, s’est contenté d’affirmer que « vos bourses ne sont toujours pas disponibles, mais je m’autorise à prendre le salaire du personnel de l’ambassade pour vous payer puisque vous dites que vous allez mourir de faim, faute d’argent ». De telles scènes rocambolesques ont toujours lieu, à l’indifférence totale des autorités.

Le rôle de nos ambassades dans la vie des Maliens de l’extérieur est en question. Ils sont très peu nos compatriotes qui peuvent compter sur nos représentations diplomatiques pour résoudre leurs problèmes. Ce qui est d’autant vrai que la lenteur administrative, la négligence coupable et même le clientélisme immodéré sont monnaie courante dans ces structures. Et le plus souvent, les difficultés financières servent d’échappatoire pour expliquer le manque d’implication des ambassades dans le calvaire de nos compatriotes alors que d’importantes sommes sont prévues dans le budget de toutes les ambassades pour les besoins d’urgence. Où part donc cet argent qui n’est jamais reversé dans les caisses de l’Etat ? Qui a une fois appris qu’une ambassade n’a pas utilisé l’entièreté de son budget et qu’elle a retourné le reliquat au Trésor public ?

Rien que pour le folklore dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de notre pays, des ambassades ont déboursé des dizaines de millions de nos francs pendant que des compatriotes croupissent dans des prisons de leur pays d’accueil en attendant un simple geste financier de leurs diplomates. C’est pourquoi, Dialla Konaté, un éminent professeur dans une université aux Etats-Unis avait écrit que « partout où je vais, je découvre des Maliens et des Maliennes qui se battent à main nue. Nos jeunes ont acquis des savoirs et des talents impressionnants, mais vivent dans la précarité, la fragilité et la vulnérabilité. Ils sont comme le vieil Hercule, ils ont de la force et du savoir, mais n’ont pas de point d’appui ».

A quand donc le bout du tunnel ? Difficile d’y répondre, dans la mesure où les mêmes diplomates décriés dans une chancellerie sont promus dans d’autres. Cela fut récemment le cas du frère de cet éminent diplomate malien et membre influent de l’entourage d’ATT. D’un rang de simple conseiller culturel et avec moins de 5 ans d’expérience diplomatique, ce professeur vétérinaire de formation vient d’être promu consul dans un pays asiatique. C’est aussi ça l’une des facettes de la gouvernance ATT.

Ogopémo Ouologuem (correspondant aux USA)

23 aout 2010