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Comptable du bilan de la gestion du pouvoir avec la présence de deux ministres dans le gouvernement, l’Union pour la République et la démocratie (URD), a néanmoins mis samedi ATT face à ses responsabilités en critiquant la gouvernance.

Dans le landernau politique actuel de notre pays, c’est un secret de polichinelle, l’URD fait partie des 45 formations politiques regroupées en Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) qui ont jeté leur dévolu sur le président ATT lors de la présidentielle d’avril 2007.

Mais le constat qui s’impose aujourd’hui est que les regroupements politiques sont de moins en moins conciliants dans les propos vis-à-vis du régime. Ceux-là qui avaient la propension de tout peindre en rose profitent de plus en plus des occasions pour lancer des piques au gouvernement. La raison est connue : ils affûtent leurs armes pour 2012.

Qu’il s’agisse de l’Adéma, du RPM ou de l’URD, à chaque rencontre allusion est faite à 2012 qui verrait se tenir dans notre pays l’élection d’un nouveau président de la République. La preuve a été administrée le 9 août 2008 par le bureau exécutif de l’URD qui était face à la presse pour parler de la vie du parti et des grandes questions d’intérêt national comme la vie chère, l’école, la corruption, les malversations financières, etc.

L’honorable Younoussi Touré était certes angoissé par le climat délétère qui prévaut au sein de son parti. Mais, il en avait aussi gros sur le cœur au vu de la situation d’ensemble du pays. Il s’est prononcé sur la gestion actuelle des affaires publiques en l’occurrence la saignée financière au niveau du Trésor public qui accumulait des factures impayées de l’ordre de 260 milliards F CFA si l’on en croit le Front pour la démocratie et la République (FDR).

Sans donner de détails sur l’identité des fossoyeurs de l’Etat qui seraient des proches de Koulouba, Younoussi Touré, a fini par reconnaître que les malversations, la corruption sont des facteurs qui entravent le développement d’un pays. « Nous sommes contre de telles pratiques », a-t-il protesté.

Baiser de Judas ?

Nul n’ignore aujourd’hui que les ressources du Mali sont inégalement reparties. Les richesses ne profitent qu’à un groupe. Le dernier rapport du Vérificateur général récemment rendu public a révélé un manque à gagner de 20 milliards de F CFA en 2007 dont la moitié est imputable à la fraude.

« Seule la gestion rigoureuse peut nous amener à sortir le pays dans la situation dans laquelle il se trouve ». Par ces propos, le patron de l’URD dénonce l’opacité dans la gestion des affaires publiques pour ne pas dire qu’il est conscient que ce qui se passe présentement est contraire aux règles démocratiques.

Pourtant, à y regarder de près, cette sortie peut se révéler incohérente et hasardeuse pour qui sait que le parti de la Poignée de main a deux représentants dans le gouvernement. Il s’agit du ministre de la Santé, Oumar Ibrahim Touré, et du ministre de la Fonction publique, Me Abdoul Wahab Berthé. Au parti, l’on ne peut pas le dénier le droit de porter des critiques sur la gestion du pays mais ce ne qui ne se justifie pas aux yeux de l’opinion, c’est le fait d’avoir attendu tout ce temps avant de sortir de sa réserve.

Rien ne saurait justifier une telle prise de position et quoi que l’URD fasse ou dise, il est comptable du bilan du pouvoir pour avoir participé aux gouvernements successifs du président ATT. Devant le peuple et devant l’Histoire, le parti a l’obligation morale de se reconnaître dans ce bilan.

L’on constate de plus en plus que les partis qui étaient censés proches du président de la République, sont en train progressivement de se démarquer de lui par le caractère « hostile » de leurs discours qui étaient au départ conciliants. L’URD à l’instar d’autres formations politiques a des visées pour 2012 et entend se racheter auprès de l’opinion en attendant la date indiquée.

Va-t-elle réussir à le faire au regard des clivages internes et des querelles de leadership ? En attendant, la principale leçon qu’on peut tirer de cette sortie de l’URD, c’est que s’il arrivait à ATT d’avoir des prétentions pour 2012, il peut dès maintenant commencer à compter ses soutiens indéfectibles dont les rangs paraissent aujourd’hui plus que jamais clairsemés.


Mohamed Daou

12 Août 2008