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On pourrait être amené à penser que le Vérificateur Général a eu tort d’avoir pris sa mission au sérieux, même trop au sérieux ; avant lui d’autres l’ont appris à leurs dépens. Il aurait dû faire sienne cette maxime : «L’évidence est loin de la réalité. L’évidence est que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest ; alors qu’en réalité le soleil ne bouge pas, c’est la terre qui tourne autour du soleil».

En clair, les autorités maliennes font semblant d’accompagner la lutte contre la corruption et la délinquance financière, alors que c’est sous leur ombrage que toutes ces pratiques illites naissent, se renforcent et se sécurisent.

Séminaires, tables rondes, ateliers, colloques, forums et quoi encore, sur la corruption et la délinquance financière, sont organisés sans cesse ; plus les autorités s’expriment, plus le peuple est confus à cause des incohérences qui parsèment leurs démarches dans la gestion des affaires publiques.

Comme les autorités ne manquent pas d’arguments frivoles et pour combien de temps encore ? Le peuple continue d’observer ; lorsqu’il s’agit des proches parmi les proches, la formule est toute trouvée : «Il faut faire attention à l’honorabilité des gens, ne pas les humilier ; les rapports de contrôle ne sont des preuves de culpabilité».

Et lorsque ce sont des adversaires politiques qui veulent s’affirmer, ils sont très vite interpellés, secoués et une fois que ceux-ci ont regagné les rangs, lesdits rapports sont classés sans suite ; alors les autorités lancent à la face du peuple sa formule consacrée : «Toute personne est présumée innocente jusqu’à ce que le tribunal déclare sa culpabilité».

Face à ce comportement dont la différence, avec la duplicité, n’est pas apparente, le peuple est partagé entre dépit et angoisse. Les autorités veulent, d’un coté, se crédibiliser envers l’extérieur et faire plaisir aux bailleurs de fonds étrangers et de l’autre coté, prendre les avis du Vérificateur Général sans les appliquer ou sans en tirer les conséquences réelles.

Dans un tel contexte peut-on trouver de qualificatif mieux que la duplicité ? Vouloir combattre la corruption et les malversations tout en restant bénéficiaire des usufruits de ces pratiques malsaines et condamnables.

Le peuple devient perplexe et désabusé devant des autorités qui reçoivent des conseils avisés sans jamais les prendre en compte, comme pour dire «le chien aboie, la caravane passe» ; le peuple restera longtemps perplexe et désabusé tant que les intellectuels ne joueront pas les rôles qui sont les leurs.

Quel crédit faut-il donner, par exemple, à un gouvernement, qui vient de nommer comme ambassadeur une ancienne ministre de la République, qui était, d’une manière éhontée et intolérable, au centre de malversations et détournements de fonds publics, ou quel crédit faut-il encore accorder à un gouvernement qui nomme comme ministre des finances puis des mines, un cadre de profession libérale, propriétaire d’un Cabinet d’Etudes Fiscales, quand bien même il est auditeur de tous les miniers de la place ? Nous y reviendrons sur ces affaires qui ont défrayé la chronique.

Dans la mesure où le gouvernement du Mali se donne la liberté de choix de ses représentants, il doit souffrir si un jour, pour des pratiques malsaines, le pays d’accréditation s’en prend à notre pays et à son ambassadeur, qui avant tout est un homme public malien, résidant sur son sol. Tout ira bien dans le meilleur des mondes, tant que «ses mauvaises pratiques» ne franchiront pas le seuil de sa chancellerie.

Nous devons nous convaincre que le monde n’a plus cette grande dimension que lui donnaient les hommes du temps de Christophe Colomb, Fernand De Magellan, Vasco De Gamas et autres grands navigateurs, mais aussi qu’il ne se limite pas à nos frontières. Les avancées scientifiques et technologiques, notamment dans les domaines de l’informatique et de la communication, permettent de nos jours la circulation, en temps réel, des informations d’un bout à l’autre de la planète.

Dans un monde interdépendant, l’équilibrisme montre ses limites dès que les tensions naissent, surtout lorsqu’il s’agit de préoccupations internationales comme les prises d’otages ou le terrorisme international.

La pratique de la duplicité, qui ne peut être érigée en système de gouvernement, se manifeste lorsqu’un Etat se déclare ami de tout le monde et ennemi de personne. Aujourd’hui, la situation internationale peut certainement tenter à un tel raisonnement, puisque le mur de Berlin est tombé.

Cependant, la contradiction demeure et s’exacerbe entre les Etats organisés et «civilisés» et les groupes rebelles anarchistes d’obédience islamique dont les Salafistes et autre Al Quaïda. Dans un tel contexte, nous devons encore nous convaincre que, lorsqu’un Etat veut se prévaloir de jouer aux bons offices pour réconcilier des positions «irréconciliables» le risque majeur, auquel il est confronté, est d’être accusé de duplicité dans le meilleur des cas, voire de complicité. Dans tous les cas la compromission est inévitable car il s’agit de transfert de gros sous ou d’intérêt inavoués.


Un sage disait:
«Il y a mille chemins qui mènent au succès et il y a un seul qui conduit à l’échec ; c’est de vouloir plaire à tout le monde».

Et Nicolas Sarkozy va plus loin : «Si tout est possible, si rien n’est interdit, si on peut faire tout et son contraire, alors ce sont toujours les mêmes qui finissent par payer : ceux qui n’ont que l’Etat pour les défendre et qui, en cas de défaillance de ce dernier, se trouvent être les premiers exposés à la violence d’une société sans règle».

Brin COULIBALY

04 Mai 2009