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Tout en se gardant de remettre en cause la décentralisation, le Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec), estime que les collectivités locales n’ont pas les moyens nécessaires pour gérer les écoles, notamment la prise en charge du personnel enseignant. Il demande à l’Etat de revoir sa copie.

« Nous avons laissé l’Etat tenter sa décentralisation. Mais à un moment, il est bon de s’arrêter pour évaluer le chemin parcouru. Sans remettre en cause la décentralisation, nous pensons que les collectivités ne sont pas suffisamment prêtes pour gérer les écoles. Il appartient à l’Etat de revenir à la charge » . Telle est la conviction de Maouloud Ben Katra, chargé de recherche, de formation et questions académiques au Snec.

C’est pour partager cette vérité que le Syndicat a organisé le week-end dernier à la Bourse du travail, une rencontre qui a regroupé une trentaine d’associations de la société civile pour échanger et débattre sur la gestion des enseignants non-fonctionnaires en mode décentralisé.

Le débat, initié par le Snec, n’est pas parti du hasard. Il fait suite à une étude qu’il a réalisée en août dernier afin d’évaluer la gestion décentralisée de l’école. L’étude révèle qu’après 5 à 6 ans de modèle de décentralisation des écoles, les élus des assemblées locales et régionales sont confrontés au recrutement et à la gestion des carrières des enseignants, la réalisation des infrastructures, des mobiliers, etc. Bref, elle présente un tableau désolant : rentrée souvent tardive, personnel enseignant recruté en milieu d’année scolaire, absence de statut et de plan de carrière, démotivation en matière de salaires.

Retour à la case départ

Des insuffisances qui ont fait dire au Snec que la gestion de l’école en mode décentralisé complique le but et les missions que l’école doit poursuivre. « Nous ne sommes pas contre la décentralisation qui vise à donner plus de responsabilité à nos concitoyens. Mais pour l’éducation, socle du développement, nous estimons que la carrière des enseignants doit être gérée par l’Etat. Car, c’est trop pour les collectivités naissantes. Certaines peuvent le faire mais pas toutes. Que l’Etat donc les prenne en charge et gère leur carrière », a proposé M. Katra.

En clair, Le Snec demande au gouvernement de prendre en charge la carrière des enseignants non-fonctionnaires, c’est-à-dire qu’il paye leurs salaires, procède à leur avancement administratif, à leur nomination à des postes de responsabilité et de ne laisser à la charge des collectivités décentralisées que la construction des salles de classes, l’achat des mobiliers scolaires et matériels didactiques.

« Nous estimons que c’est trop demander aux collectivités décentralisées de recruter les enseignants et de payer leurs salaires. En réalité, ils n’ont pas le poids institutionnel pour recruter les enseignants, les payer et gérer leur carrière. Pour nous, cela ne peut se faire que plus tard après l’avènement des collectivités viables, des ressources humaines bien formées académiquement, politiquement » , a indiqué le secrétaire chargé de recherche, de formation et questions académiques du Snec.

Il est apparu que le transfert des compétences n’a pas été accompagné du transfert des ressources. Ce qui explique les difficultés que les communes et les collectivités ont pour prendre en charge les questions éducatives.

La non-effectivité du transfert des ressources pour la prise en charge effective des compétences dévolues aux collectivités est certes aujourd’hui un handicap majeur, mais la gestion du personnel enseignant de l’enseignement fondamental du 1er cycle reste la question essentielle.

Mohamed Daou

20 novembre 2007.