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Issaka Sidibé, le président de l’Assemblée nationale du Mali, est pris dans une tempête. C’est le moins que l’on puisse dire. En effet, des élus du peuple, à la fois de l’opposition politique et de la majorité, lui reprochent de verser dans la mauvaise gouvernance. Sa gestion de l’hémicycle est fortement décriée. Alors qu’il est sur la défensive en rejetant en bloc toutes les accusations, une partie des députés de la majorité passent à autre chose en créant un groupe parlementaire frondeur.

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Conséquence, le président de l’Assemblée se retrouve avec deux questions à résoudre : prouver que la mauvaise gouvernance qui lui est reprochée n’est pas fondée ; et retrouver la stabilité ou l’unité au sein d’une majorité parlementaire dont une partie a visiblement décidé de semer le doute dans les rapports entre IBK et son président de l’Assemblée, en créant un nouveau groupe parlementaire. Dans tous les deux cas, le président de l’Assemblée n’a plus la caution des députés. Maintenant, que faut-il faire pour sauver les meubles? Pour la question de la gouvernance, il faut au plus vite un audit de la gestion actuelle du parlement malien. Les résultats d’un tel audit auront le mérite de clarifier une fois pour toutes la situation et de situer les responsabilités si cela venait à s’imposer. Pour ce qui est de la fissure au sein de la majorité parlementaire, le remède est encore plus difficile à trouver ; étant donné qu’elle ébranle la « cohésion » non seulement au sein de la majorité parlementaire, mais aussi à l’intérieur de la formation politique d’IBK et ses alliés. Faut-il s’étonner des déboires actuels de Issaka Sidibé ? Assurément, non. Car, on se rappelle, en effet, que son élection à la tête du parlement malien n’a pas été un long fleuve tranquille. Accusé d’être un militant de la 25e heure, il doit son poste au parrainage d’IBK himself dont il est proche par alliance. Après avoir évincé ses camarades, compagnons historiques du président de la République, il n’est pas exclu qu’il paie, d’une certaine façon, son accession brutale au perchoir.

Depuis son arrivée au pouvoir, le régime d’IBK ne s’est pas toujours montré vertueux dans la gouvernance
Les ressentiments et l’esprit de vengeance peuvent avoir été pour quelque chose dans cette épreuve. En tout cas, dans cette affaire, Issaka Sidibé a donné des verges à ses contempteurs pour se faire flageller. Conséquence, pour sauver l’unité de son camp, le président malien est obligé de s’ingérer dans les affaires actuelles de son parlement pour tenter de concilier les parties. L’un dans l’autre, ce mouvement d’humeur sur fond d’accusations et de fronde constitue une énième mauvaise publicité pour le Mali. Car, la liste des affaires sales de la République se prolonge : affaire d’achat d’avion, habillement des soldats, non-paiement des cotisations à l’ONU, détournement de fonds dans une opération d’achat de charrues,… C’est suffisamment grave et les autorités maliennes ont mieux à faire que de continuer d’offrir cette triste image du Mali. Au lieu de s’attaquer à l’adversité terroriste et à la pauvreté, les autorités maliennes en général et les parlementaires en particulier préfèrent se livrer à des querelles de chiffonniers. Il ne faut pas s’en étonner car depuis son arrivée au pouvoir, le régime d’IBK ne s’est pas toujours montré perspicace et vertueux dans la gouvernance. Pauvre Mali !

Michel NANA

Lepays.bf – 30 Juin 2016