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En attendant d’initier une vérification financière de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM) et dans les chambres régionales d’agriculture de Koulikoro et de Ségou, Sidi Sosso Diarra y a effectué une vérification de performance. Le résultat de cette vérification publié dans son rapport 2009 est sans appel : « Les Chambres régionales d’agriculture et l’APCAM n’ont pas élaboré de programmes d’activités spécifiques avec des objectifs mesurables et les procédures de gestion financière ne sont pas conformes aux bonnes pratiques ».

Le mauvais management de l’APCAM par Bakary Togola, longtemps décrié par certains paysans, ne fait plus l’objet d’aucun doute. Sidi Sosso Diarra, à l’issue d’une vérification de performance portant sur la période de 2006-2008 au niveau de l’APACM et la période de 2007-2008 au niveau de ses démembrements de Koulikoro et de Ségou, est parvenu à la conclusion inquiétante, mais non surprenante de l’absence de l’élaboration de programmes d’activités spécifiques avec des objectifs mesurables et la non-conformité des procédures de gestion. Il n y a aucun doute avec ces deux insuffisances de taille, une vérification financière ne tardera pas à découvrir des manques à gagner hallucinants.

Mais, en attend intéressons nous aux insuffisances constatés dans le management de la plus grande organisation paysanne du pays. Le secteur rural représente près de 80% de la population apte à travailler. Entre 1994 et 2000, ce secteur contribuait en moyenne pour 40 à 45% au Produit Intérieur Brut (PIB), avec un taux de croissance moyen de 3,6% par an.

Malgré cette forte représentation du monde rural et de sa grande importance pour l’économie du pays, les grandes décisions le concernant étaient prises sans qu’il soit consulté. La création des Chambres Régionales et de l’APCAM vise ultimement à faire augmenter les revenus des agriculteurs et donc à lutter contre la pauvreté.

Elles le feront d’autant mieux qu’elles seront gérées avec économie, efficience et efficacité. C’est pour avoir le cœur net et faire des propositions de correction des imperfections que les limiers du bureau du vérificateur général sont allés fouiner dans la façon de travailler du Président Bakary Togola et de ses hommes, qui ont reçu sur la période de vérification des ressources estimées à 2,9 milliards de FCFA, au titre de la subvention de l’Etat et de la contribution de divers partenaires : la Banque mondiale, l’Agence Française de Développement (AFD) et la Coopération néerlandaise.

A l’issue de sa vérification, le BVG a retenu que les chambres régionales d’agriculture et l’APCAM n’ont pas élaboré de programmes d’activités spécifiques avec des objectifs mesurables. « Les Chambres Régionales et l’APCAM ne se sont pas fixé d’indicateurs pour mesurer les résultats qu’elles atteignent dans l’exécution de leurs programmes d’activité », dénonce le BVG. Avant d’ajouter qu’ « à la Chambre Régionale de Koulikoro et à l’APCAM, il n’existe pas de cohérence entre les résultats atteints et les activités prévues. Certaines activités programmées n’ont pas été réalisées ».

Pire, le BVG a constaté qu’à l’APCAM aucune réunion de commission n’a été tenue depuis le début de l’actuelle mandature. Il en est de même pour la plate forme d’actualisation des innovations ou du diagnostic de nouvelles OER à la CRA de Koulikoro. En revanche, il aura constaté que d’autres activités ont été réalisées alors qu’elles n’avaient pas été programmées, notamment, le creusement de puits au niveau de l’APCAM, pour un coût de 42,07 millions de Francs CFA. Le BVG a aussi constaté que les procédures de gestion financière ne sont pas conformes aux bonnes pratiques.

Selon le rapport, l’APCAM et la CRA de Koulikoro ne tiennent pas de livre journal dans lequel elles auraient dû enregistrer au jour le jour les opérations de recettes et de dépenses. « Le registre des dépenses existant à l’APCAM ne permet pas de retrouver les dates des opérations. Faute de journal, l’APCAM a payé deux fois le même produit le même jour, auprès d’un fournisseur, sur la base de deux factures, l’une à son nom, l’autre au nom de son entreprise », a indiqué le rapport.

Avant de constater « puisque les CRA jouissent de l’autonomie financière, leurs présidents devraient être ordonnateurs de leurs budgets. Or, les directeurs régionaux des budgets exécutent les budgets (subvention de l’État) en lieu et place des présidents des Chambres de Ségou et Koulikoro ».

Le BVG reproche aux CRA et l’APCAM de n’avoir pas mis en place les mécanismes de gestion permettant de sécuriser le patrimoine. « Il n’existe pas de séparation de tâches entre les fonctions de caissier et de comptabilité matières.

En plus, l’APCAM n’a pas de manuel de procédures », dénonce le rapport qui regrette que la CRA de Koulikoro et l’APCAM ne respectent pas l’obligation d’archiver les pièces justificatives pendant 10 ans. « C’est pourquoi, elles n’ont pas pu produire les pièces justificatives de certaines dépenses », a-t-il conclu.

Assane Koné

31 Août 2010.