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Comme annoncé, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a fait une escale ce vendredi 27 juillet 2012 à Ouagadougou, au moment où l’avion du président de la transition malienne, Dioncounda Traoré le ramenait à Bamako. D’abord accueilli et reçu en audience par son homologue burkinabè, Djibrill Bassolé, Fabius et son hôte ont ensuite rencontré la presse avant de mettre le cap sur Kossyam où ils devraient rencontrer le président Blaise Compaoré, médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne.

Dans les échanges avec la presse, Fabius et Bassolé ont visiblement affiché une communauté de vues par rapport aux actions à mener pour aider le Mali à sortir de sa situation de crise. Et l’escale Ouagalaise du patron du Quai d’Orsay avait justement pour objectif de faire en sorte que Paris et Ouaga accordent leurs violons sur le dossier malien.

Tout comme le représentant du médiateur, Laurent Fabius parle aussi de facilitation en ce qui concerne le rôle de la France dans la situation. Pas question de se substituer aux Maliens pour faire la paix dans leur pays. A les écouter, Fabius et Bassolé sont tout à fait sur la même longueur d’ondes sur le processus de sortie de crise au Mali : c’est d’abord stabiliser la transition à Bamako dont la « cheville ouvrière » reste, selon Bassolet, Dioncounda Traoré. Et c’est la raison pour laquelle la médiation a œuvré de sorte qu’il revienne au bercail pour piloter lui-même le mouvement.

Pour qualifier le processus, Fabius a parlé de triangulaire reposant sur la démocratie, la sécurité et le développement. Et c’est dans le cadre du volet démocratie, considérée comme la base, qu’il faut inscrire la mise en place tel que préconisée par la CEDEAO, du gouvernement d’union nationale qui va permettre d’associer les différentes forces vives du pays au processus. Après quoi, l’on devrait travailler à la sécurité et au développement dans tout le Mali.

Si les chefs de diplomatie française et burkinabè n’évoquent pas à priori le recours à la force pour résoudre la situation au nord du pays, ils ne l’excluent pas, notamment pour gérer le cas d’éventuels irréductibles.

Sur la sécurité du président de la transition qui s’apprêtait à atterrir à Bamako, Djibrill Bassolé a dit que Dioncounda Traoré ne pouvait pas accepter de revenir sans être rassuré sur la question. Et d’ajouter que ce ne sont pas des éléments de la CEDEAO qui vont assurer sa sécurité mais des éléments des forces de sécurité malienne. C’est le président de la transition qui a voulu que les choses se passent ainsi.

Et quid du délai du 31 juillet 2012 pour la formation du gouvernement d’union nationale au Mali, sera-t-il respecté, surtout que le président revient à quelques jours seulement de l’expiration de l’ultimatum ? Là-dessus, le représentant du médiateur pense qu’il n’y a pas lieu de s’accrocher forcement à la date du 31 juillet car il n’est pas exclu que la CEDEAO accorde un temps supplémentaire aux acteurs maliens si le président intérimaire en fait la demande.

S’agissant des relations entre la France et le Burkina Faso, Fabius a parlé de continuité, de poursuite, indiquant qu’il n’y avait pas lieu de réinventer les choses. Mais, s’il y a un sujet sur lequel les confères attendaient de pied ferme le patron du Quai d’Orsay, c’est bien l’affaire Bigot, du nom de ce diplomate français qui a déclaré récemment que le Burkina Faso allait être le prochain pays à être déstabilisé après le Mali.

Dans un premier temps, Fabius a essayé de botter en touche lorsqu’on lui a demandé son analyse de l’affaire, soulignant que le terrorisme était un phénomène devant lequel il fallait toujours faire preuve d’attention, chose que les Etats de la CEDEAO faisaient déjà très bien avec leur mobilisation pour la situation au Mali, mais qu’il ne fallait pas non plus faire dans l’alarmisme extrême (allusion voilée aux propos de Bigot).

Non satisfait de cette réponse quelque peu dilatoire de Laurent Fabius, un confère est revenu à la charge, lui demandant son opinion en tant que chef de la diplomatie française. Là-dessus, Fabius s’est voulu très clair : C’est lui qui parle au nom de la France à l’étranger, pas quelqu’un d’autre. Et de préciser, ce qu’a dit Bigot « n’engage ni le ministère des Affaires étrangères français, ni la France ».

Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

30 Juillet 2012