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Les plus provocateurs s’affirment cependant prêts à s’acquitter de cette obligation à condition que l’on leur indique clairement à quoi sont destinés les fonds recueillis. Au fond, cette querelle n’a pas lieu d’être, car la destination de la redevance eau est claire.

Imposable à tout paysan exploitant une surface donnée à l’intérieur d’un casier d’un office, cette redevance est destinée à l’entretien du réseau d’irrigation (canaux secondaires et tertiaires ainsi que chenal principal) et à la prise en charge du fonctionnement des services d’encadrement.

Pour ce qui est des petits périmètres irrigués, la cotisation est utilisée également pour l’achat d’équipements agricoles indispensables, l’entretien des motopompes et l’approvisionnement en carburant. Sans compter les dépenses connexes qui peuvent survenir en cours de campagne agricole.

La redevance est toujours proportionnelle aux prévisions de dépenses de la campagne à venir. Des dépenses qui varient selon les types d’aménagement des périmètres. Dans un système d’aménagement à submersion libre, le paysan qui met en valeur un champ hors casiers n’aura rien à payer.

Pour la simple raison qu’il exploite une terre qui n’a pas bénéficié de travaux de drainage, encore moins d’ouvrages de régulation de l’eau. Par contre, le producteur qui exploite une superficie aménagée doit payer ne serait-ce que le coût des travaux réalisés (ou à réaliser) pour irriguer son champ.

Tout cela est simple et logique, mais n’empêche pas que le paiement ou le non paiement de la redevance soit invoqué comme la source de tous les maux. Beaucoup de paysans mettent en avant l’importance des sommes à payer pour expliquer le supposé manque de compétitivité et la faiblesse du rendement à l’Office du Niger.

Dans l’autre camp, les spécialistes en aménagement agricole arguent qu’une collecte correcte de la redevance aurait été grandement bénéfique pour l’amélioration de la production rizicole à travers un meilleur entretien des système d’irrigation et donc d’une productivité accrue des champs. L’obstruction des fala, canaux et drains à l’Office du Niger par les plantes aquatiques aurait notamment été évitée.

Ces polémiques, L’Office du périmètre irrigué de Baguineda (OPIB) veut se les éviter et s’efforce de mettre en place un système original de gestion de la redevance. Un système basé sur la concertation et l’implication de toutes les parties puisque les grandes orientations concernant l’OPIB sont prises au sein d’un comité paritaire regroupant la direction de l’Office et les paysans.

Notre méthode se fonde avant tout sur un esprit de partenariat et de participation de l’ensemble des acteurs. Nous avons beaucoup misé sur la communication, car nous savons que le paysan est une personne pragmatique qui sait aller à l’essentiel, mais à qui il faut prendre le temps d’expliquer le bien-fondé des choses”, assure Seydou Bassé Touré, le directeur général de l’OPIB.


Les paysans de demain :

Notre interlocuteur est convaincu que l’autosuffisance alimentaire passe par une autogestion des périmètres irrigués. “Il faut que nous arrivions à une situation où les villages sont capables de gérer eux-mêmes leurs propres affaires. Par exemple, que le périmètre de Baguineda soit administré par un paysan instruit issu d’un des villages de la commune.

Pour parvenir à cela, il n’y a pas d’autre méthode que la formation des producteurs et leur bonne information sur l’usage fait des fonds collectés”, précise-t-il. La préparation des paysans modernes de demain a d’ailleurs commencé à l’OPIB.

Tous les enfants sont scolarisés et les adultes bénéficient aussi fréquemment que possible de programmes d’alphabétisation.
A l’OPIB, 2500 hectares sont cultivables en riz et en légumes. Chaque paysan doit s’acquitter de 32.000 Fcfa par hectare pour la culture du riz et 3.200 Fcfa pour le maraîchage. 14 % de la redevance eau sont réservés aux dépenses de fonctionnement de la direction de l’OPIB.

Les 86 % restants sont destinés à l’entretien du réseau d’irrigation. Organisés en groupements d’intérêt économique (GIE), les paysans effectuent eux-mêmes les travaux ne nécessitant pas l’utilisation des gros engins de chantier. Ce qui leur permet de bénéficier d’une partie de la manne financière générée par la redevance eau.

Certains remboursent d’ailleurs leurs dettes de cette manière. 60 % des recettes des prestations des paysans endettés est versé à la Banque nationale de développement agricole (BNDA). Le reliquat (40 %) sert au financement des petits projets de réalisation de structures de base dans les villages.

Un comité de consultation regroupant les villageois décide de l’opportunité de construire des infrastructures.
La direction de l’OPIB voit grand, bien au-delà de l’expérience en cours. Elle veut favoriser la création d’entreprises villageoises compétitives et capables de décrocher des marchés en dehors même de la zone de l’Office.

« Dans un futur proche, les GIE des paysans fixeront eux-mêmes la valeur de la redevance eau et exécuteront les travaux d’aménagement avec des équipements beaucoup plus performants », annonce le directeur de l’OPIB qui pense que le rôle de sa structure doit à terme se limiter à l’appui conseil.

Déjà, la méthode participative a commencé à porter ses fruits. Le rendement en riz hivernal est passé de 3,739 tonnes à l’hectare à 5,133 tonnes en 2007, soit une augmentation de 38 % avec des rendements de pointe de 9 tonnes à l’hectare. Les prévisions tablent sur une production de 14.690,36 tonnes cette année contre 11.340,79 tonnes en 2006, soit une augmentation de 29,53 %.

C’est dire que l’OPIB jouera bien sa partition dans le cadre de l’Initiative riz. Seydou Bassé Touré, qui a mis sur pied une commission de suivi-évaluation de la mise en œuvre de l’initiative, assure que son Office a passé le turbo. « L’Initiative riz consiste à prouver que nous pouvons mieux faire« , indique-t-il. Apparemment satisfait que le challenge proposé permette à la méthode OPIB de transcender ses performances passées.

A. M. CISSÉ

24 Juillet 2008