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Après avoir été sérieusement affaiblis, les rebelles qui avaient pris les armes contre leur frères maliens, les bandits armés ou encore les « frères égarés » (appellation donnée par l’ancien président Moussa Traoré), et les gouvernements des régimes successifs (sous ATT lors de la transition et Alpha Oumar Konaré élu démocratiquement en 1992), ont engagé des pourparlers avec la médiation de la société civile, les pays voisins, des PTF et autres diplomates.

Le Nord-Mali c’est près des deux tiers du territoire national avec environ 10 % de la population du Mali. A Kidal, Tombouctou, Gao, les populations blanches nomades du Sahara (Touaregs et Maures) cohabitent avec les populations noires. Cette région a été traversée depuis l’accession du Mali à l’indépendance en 1960 par des rébellions armées (1962-64) que les différents gouvernements ont essayé d’enrayer en vain par la répression.

Modibo Kéita, premier président de la République du Mali, n’a pas hésité à déployer la manière forte. Avec l’aide des pays voisins (Algérie, Maroc…) le calme a pu revenir. A partir de 1972, une sécheresse persistante s’installe dans la partie septentrionale et appauvrit les populations qui se sont réfugiées dans les pays voisins, notamment l’Algérie et la Libye.

En Libye, les jeunes sont enrôlés dans la Légion islamique et reçoivent une formation militaire et idéologique. Certains de ces jeunes immigrés formeront les mouvements qui déclenchent les hostilités en juin 1990. Pour mettre fin au conflit, à en croire Daff Sidiki Abdoul qui a publié sur le site « Gouvernance en Afrique », le général Moussa Traoré (chef de l’Etat de 1968-1991) choisit la répression.

En 1991, le gouvernement militaire, est renversé et Amadou Toumani Touré prend les commandes du pays. Il prend à bras le corps le problème du Nord. ATT signe avec les rebelles le Pacte national le 11 avril 1992 qui prévoit notamment : l’intégration des ex-rebelles dans les services publics (corps en uniforme et administration générale) et dans les activités socio économiques, l’allégement du dispositif militaire dans les régions du Nord, le retour de l’administration et des services techniques dans le Nord, la reprise des activités économiques et la mise en œuvre de programmes de développement socio-économique d’envergure pour le moyen et le long terme, le retour des réfugiés, la mise en œuvre du programme de décentralisation.

Mais ces accords, poursuit-il, ne peuvent empêcher le retour de la violence, car une fraction des rebelles réclame une application immédiate des accords, « ce que le gouvernement ne peut faire faute de moyens ». Conséquence : d’août 1994 à juillet 1995, la situation est marquée par la reprise des combats, les exactions contre les populations civiles et les rebelles. C’est durant cette période qu’apparaît le mouvement Gandha Koy qui a joué sa partition pour juguler la crise.

Approche participative

Confrontée à cette crise très grave, le nouveau gouvernement du président Alpha Omar Konaré adopte une stratégie de traitement cohérent et profond de l’ensemble des problèmes avec l’implication active de la société civile, des pays concernés de près ou de loin par le conflit (Mauritanie, Algérie et la sous-région ouest-africaine) et l’appui des partenaires au développement.

La médiation nationale est menée par la société civile à travers des chefs traditionnels, des personnalités religieuses, des notabilités, des cadres de l’Etat issus du milieu et les organisations féminines. C’est cette médiation qui a permis les premiers contacts informels avec la rébellion et qui a enclenché la dynamique de dialogue et de négociations officielles.

Elle a permis, suite à de nombreuses rencontres, notamment au sein et entre les communautés, de réconcilier, de restaurer la confiance et de relancer des activités économiques abandonnées depuis plus de quatre ans. Les rencontres intercommunautaires mettent en présence des communautés que les conflits ont opposé les unes aux autres alors qu’elles ont souvent de forts liens de parenté, de voisinage, de solidarité et de complémentarité. Ces rencontres ont eu un grand impact sur la réconciliation.

Au plan international, la médiation, affirme Sidiki Abdoul, a été assurée par l’Algérie et confortée par le recours aux services de personnalités étrangères ayant l’expérience en la matière et réputées pour leur neutralité. Avec ces médiateurs, les contacts avec les rebelles deviennent fréquents, ce qui a permis de décrisper le climat.

Cette crise a des ramifications dans toute la sous-région, car ce peuple est éparpillé à travers l’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Niger, Burkina, Algérie, etc.), ce qui donne à ce conflit une dimension sous-régionale que le gouvernement malien a intégré en acceptant les pays voisins comme facilitateurs (Algérie et Mauritanie).

Mettre fin au conflit, suppose aussi qu’on coupe les sources d’approvisionnement en armes. Ainsi sous l’impulsion du Mali, les pays d’Afrique occidentale ont adopté un moratoire sur la fabrication, l’importation et l’exportation des armes légères.

Amadou Sidibé

24 Février 2012