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Le Représentant spécial du Président de la Commission de la CEDEAO au Mali, Cheaka Abdou Touré, a été très critique concernant la conduite de la Transition. Le diplomate burkinabé a formulé une série de griefs et dénoncé certains faits.

C’était à l’occasion du 23ème anniversaire de l’ADEMA Association, à la Maison de la Presse. Responsables de l’association et hommes politiques ont pris part à cette rencontre, dont Mme Sy Kadiatou Sow et le Pr Ali Nouhoum Diallo, Présidente et 1er Vice-président, l’ancien ministre Tiémoko Sangaré, 3ème Vice-président de l’ADEMA / PASJ et Djibril Tangara, Président de la FCD.

Au cours de la cérémonie, le Représentant spécial du Président de la Commission de la CEDEAO était invité à présenter le thème «Rôle de la CEDEAO dans la gestion de la crise politique et sécuritaire au Mali». A l’entame de sa présentation, Cheaka Abdou Touré a levé toute équivoque concernant la légitimité de l’intervention de l’organisation ouest africaine au Mali et indiqué celle-ci était liée à un certain nombre de paramètres.

En effet, selon le diplomate, pour que la CEDEAO intervienne dans un pays membre, il faut que «l’Etat membre soit confronté à un conflit armé, se heurte à des problèmes graves et persistants et se trouve plongé dans une situation de tension extrême, pouvant entrainer des risques importants de désastres humains ou des menaces à la paix et à la sécurité». Donc, l’intervention de l’organisation ouest africaine au Mali était un devoir pour la CEDEAO.

Car, a-t-il expliqué, tous les paramètres était réunis dans notre pays. Il est aussi revenu sur les sanctions que la CEDEAO nous avait infligées. Selon lui, ces sanctions n’étaient pas contre le Mali mais plutôt contre la délinquance politique qu’avaient subie les 6 chefs d’Etat membres de la CEDEAO lorsqu’ils avaient voulu atterrir à l’aéroport de Bamako, au tout début de la crise malienne.

Concernant la conduite de la Transition, Cheaka Touré dit avoir remarqué que les pouvoirs étaient superposés. On ne savait plus qui faisait quoi. «On a vu des actes posés que personne n’a revendiqué. Des gens ont été emprisonnés, sans savoir qui était à la base», a-t-il martelé. Ce qui lui a fait dire qu’il y avait une cacophonie au niveau de l’Exécutif: «pas de concordance au niveau de l’Etat. Il y avait diverses interprétations de certains accords. Le Président de la République dit quelque chose et le Premier ministre dit le contraire».

Il a également remarqué une insuffisance de communication au niveau de l’Exécutif de notre pays durant la Transition. «Pendant la Transition, le Gouvernement n’a jamais su dire ce qu’il voulait», a-t-il déclaré. Dans son exposé, il a aussi critiqué le paradoxe qui existe au niveau des acteurs politiques maliens. En effet, depuis son arrivée dans notre pays, il n’a jamais rencontré un parti politique malien.

«J’ai rencontré seulement les regroupements politiques. Et, dans ces regroupements, on retrouve des partis politiques, des associations, des organisations de la société civile. Je n’ai jamais vu ça ailleurs. Normalement, la société civile doit être loin des partis politiques.

Au contraire, ici, ils se sont réunis pour faire de la politique. Avec une Constitution qui dit que le coup d’Etat est un crime imprescriptible, on a vu des regroupements politiques le soutenir. Nulle part ailleurs!», a-t-il déclaré. Avant de revenir sur les nombreuses actions menées par la CEDEAO pour que des troupes étrangères interviennent pour stopper l’avancée des djihadistes.

Youssouf Diallo

11 Novembre 2013