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C’est l’épilogue d’un procès qui aura duré deux mois. Le sort des deux anciens bourgmestres rwandais, Tito Barahira et Octavien Ngenzi, est connu. Accusés d’avoir organisé le massacre de milliers de paysans tutsi qui s’étaient refugiés dans une église le 13 avril 1993, dans la commune rurale de Kabarondo, les deux anciens génocidaires ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Alors que les deux hommes s’en défendent, estimant qu’ils étaient « impuissants » face à un chaos qu’ils n’avaient pas vu venir, l’avocat général qui avait déjà requis la réclusion à perpétuité contre eux, les considère comme des « bourreaux à l’œuvre ou des planificateurs du génocide qui ont manqué leur rendez-vous avec l’humanité ». C’est la preuve que tôt ou tard, chacun de nous sera rattrapé par son passé. Et c’est peu dire. Car avant Tito Barahira et Octavien Ngenzi, c’est l’ancien capitaine de l’armée rwandaise, Pascal Simbikamgwa, qui écopait de 25 ans de réclusion criminelle pour son rôle joué dans le massacre des Tutsi. C’est donc la deuxième fois que des Rwandais sont arrêtés et jugés sur le sol français en vertu de la compétence universelle des juridictions françaises.

Ces condamnations ne sont pas pour déplaire au régime de Paul Kagamé

Mieux vaut tard que jamais, dit l’adage. Car plus de 20 ans après le génocide, les fantômes des victimes ont fini, l’un après l’autre, par rattraper leurs bourreaux. Certes, il y en a encore qui courent les rues, mais une chose est certaine : s’ils échappent à la justice des hommes, ils feront plus tard face à la justice immanente qu’on sait incontournable. Cela dit, on ne peut s’empêcher de se poser les questions suivantes : quelles peuvent être les conséquences de la condamnation de ces différents génocidaires rwandais sur le sol français ? Va-t-on assister à une normalisation très prochaine des relations entre Paris et Kigali ? Difficile d’y répondre pour l’instant. Toujours est-il que ces condamnations ne sont pas pour déplaire au régime de Paul Kagamé qui n’avait de cesse d’accuser Paris d’abriter impunément des génocidaires sur son sol. Espérons donc que cette condamnation sonnera comme un avertissement sans frais pour tous ces potentats africains et autres seigneurs de guerre qui, parce qu’ils sont puissants, s’arrogent le droit de vie et de mort sur leurs compatriotes. Car, tôt ou tard, chacun d’eux répondra, le visage groggy, devant le tribunal de l’histoire à l’instar des sieurs Barahira et Ngenzi. A bon entendeur !

B.O
Le Pays du 7 Juillet 2016