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Il a affirmé avoir traversé le génocide rwandais et ses 800.000 morts sans voir un seul cadavre. Pascal Simbikangwa, premier condamné en France pour sa participation aux massacres de 1994, fera à nouveau face à la justice mardi, aux assises de Bobigny. Cet ex-officier de la garde présidentielle rwandaise, reconverti dans la police politique après l’accident qui l’a cloué dans un fauteuil roulant en 1986, comparaît en appel pour « complicité de génocide » et « complicité de crimes contre l’humanité ». Il y a deux ans, la cour d’assises de Paris l’avait condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité. L’accusation lui reproche d’avoir, à Kigali et dans sa région natale de Gisenyi (nord-ouest), organisé les barrages routiers au passage desquels étaient filtrés et exécutés les Tutsis, d’avoir donné des instructions et livré des armes aux miliciens Interahamwe qui tenaient ces barrages. Tout au long de son premier procès, Simbikangwa, qui nie les faits, n’avait cessé de minimiser son rôle et sa compréhension des massacres à l’époque. Il avait ainsi répété à la stupéfaction générale n’avoir vu aucun cadavre pendant les 100 jours d’avril à juillet 1994, au cours desquels au moins 800.000 personnes, en majorité Tutsis ainsi que des Hutus modérés, ont été massacrées. Depuis ce procès « historique », le tout premier en France d’un Rwandais pour le génocide de 1994, un deuxième a eu lieu, celui de deux anciens bourgmestres, Octavien Ngenzi et Tito Barahira. Ils ont été condamnés à perpétuité en mai 2016 pour leur participation au génocide et ont fait appel. Pascal Simbikangwa, 56 ans, risque lui aussi la perpétuité lors de ce nouveau procès. Ce procès hors-normes – 24 tomes de procédure, une cinquantaine de témoins – occupera pendant 32 jours l’une des deux cours d’assises de Bobigny. Certains témoins seront entendus par visioconférence.
AFP