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Le président de la République, M. Amadou Toumani Touré est le principal parrain du MC, c’est au nom de lui qu’il a été créé. ATT achevera son dernier quinquennat en 2012. Au fur et à mesure que l’on s’approche de cette date butoire, des interrogations fusent de tous les côtés sur le devenir du mouvement. Quel avenir pour le Muovement Citoyen ? Mais comment le mouvement lui-même a été créé ?

LA VICTOIRE DE L’ADEMA

Le pouvoir de l’ADEMA qui a regné de 1992 jusqu’en 2002 a une part de responsabilité historique dans la naissance du Mouvement Citoyen. En 1992, le premier président démocratiquement élu du Mali M. Alpha Oumar Konaré a hérité d’un processus électoral qui fonctionnait à merveille. Avant les présidentielles et les législatives, il y a eu d’abord les élections municipales dans les 19 communes urbaines du pays.

Au terme de ces communales, l’ADEMA a totalisé 214 conseillers sur 651. Les élections législatives qui ont suivi les communales se sont également soldées par la victoire du parti ADEMA qui a eu 76 députés sur 116, soit la majorité absolue. Au scrutin présidentiel du 26 avril 1992, le candidat de l’ADEMA, M. Alpha Oumar Konaré obtenu au 2ème tour 69,02% des suffrages exprimés contre 30,98% pour Tiéoulé Mamadou Konaté, candidat du BDIA-Faso Jigi.

QU’EST-CE QUE L’ADEMA A FAIT DE SA VICTOIRE ?

Au lendemain de l’ouverture démocratique au Mali, les attentes et les aspirations du peuple étaient immenses. Il fallait restaurer l’autorité de l’Etat, créer de nouvelles institutions dans l’esprit de la loi fondamentale du 25 février 1992. L’instauration du multipartisme intégral a engendré des problèmes de type nouveau qu’il fallait gérer, restaurer la confiance entre l’Etat et les citoyens, promouvoir et défendre les droits fondamentaux de l’homme, entre autres.

L’ADEMA qui a pris le pouvoir n’était pas préparé à gérer le Mali. La non satisfaction des attentes des couches populaires a abouti à des crises multiples (crises politiques, scolaires, du Nord et la liste n’est pas exhaustive). Le 1er gouvernement du régime ADEMA installé le 9 juin 1992 a eu une durée de vie de 10 mois. Le Premier minisre Younoussi Touré, à la tête d’un gouvernement de 19 membres a démissionné le 9 avril 1993.

Le deuxième gouvernement fut installé le 12 avril 1993 avec 22 ministres dont ceux de l’opposition. Le 7 novembre 1993 le CNID (opposition) a retiré ses ministres du gouvernement. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le gouvernement du Premier ministre Abdoulaye Sékou Sow démissionna à son tour le 2 février 1994 avec la demande de retrait du gouvernement des ministres US-RDA et RDP.

Le 4 février 1994, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est nommé Premier ministre du 3ème gouvernement de Alpha. Trois ans plus tard, soit en 1997, la démocratie malienne a été remise à l’envers. Au lieu d’organiser les élections de la base au sommet (communales, législatives puis présidentielles), Alpha et IBK ont renversé l’ordre. Cela a eu des conséquences fâcheuses.

Il importe (sans vouloir faire l’historique de l’opposition) d’évoquer un certain nombre de situations ou de difficultés qui finissent par vider le principe même de l’opposition de tout contenu et de toute efficience. Ces difficultés, il faut le souligner, proviennent aussi bien de l’opposition elle-même que du parti ou de la coalition de partis au pouvoir.

Au Mali, après les élections générales de 1992, pendant que les partis s’activent à former une coalition avec le parti largement majoritaire ADEMA-PASJ, d’autres choisissaient l’opposition, mais en ordre dispersé, non structuré, d’où émergeait cependant un grand parti issu du Mouvement Démocratique, le CNID. Le premier groupe avait signé ce qu’ils ont appelé le Pacte Républicain d’où le nom de Partis Signataires du Pacte Républicain (PSPR).

Cette coalition avait été fondée sur le principe de “la gestion concertée du pouvoir” prônée par le président Alpha Oumar Konaré et le parti majoritaire. On relevait dans le Pacte que : “Ils (les partis membres de la coalition) signent le présent Pacte pour marquer leur volonté d’oeuvrer ensemble et solidairement à l’avènement d’une société démocratique dans le cadre d’une gestion concertée et démocratique des institutions de l’Etat au bénéfice de l’ensemble du peuple malien”.

Mais ce regroupement ne durera pas longtemps et le Comité directeur de l’US-RDA dénoncera le pacte par une déclaration en date du 13 octobre 1993 qui stipulait explicitement son retrait au motif que le président de la République et le gouvernement avaient “foulé au pied les recommandations des PSPR”, notamment celles relatives à la dénonciation du Programme d’Ajustement Structurel.

LE RETRAIT DES MINISTRES US-RDA DU GOUVERNEMENT

A la suite de cette situation, éclata une crise gouvernementale qui aboutira à termes au retrait des ministres de l’US-RDA qui ont rejoint ainsi le camp de l’opposition tout en marquant, comme toujours, leur différence historique. Mais d’autres partis qui avaient accepté d’entrer dans le gouvernement persistaient à soutenir, paradoxalement qu’ils étaient néanmoins dans “l’opposition parlementaire”.

Plus tard, le président de l’Assemblée nationale, le Pr. Aly Nouhoum Diallo dira lui aussi, pour justifier le racollage effectué par son parti pourtant majoritaire que “nous avons même inventé une forme nouvelle d’opposition c’est-à-dire une opposition membre à part entière du gouvernement et en même temps opposé audit exécutif”. A l’évidence, les principes n’avaient alors aucune importance parce que bafoués au gré des intérêts des forces en présence, notamment du parti majoritaire.

Le ministre PDP, Me Boubacar Karamoko Coulibaly refusa de démissionner du gouvernement au gré de son parti qui en avait fait le demande. Il se dit citoyen. Plus tard, il créa le Mouvement des Citoyens – Cercle des Démocrates Répubicains (MC-CDR). Les germes du Mouvement Citoyen venaient d’être semés sous la caution du président Alpha et du Premier ministre IBK.

C’est le lieu de souligner que la première législature de 1992-1997 connaîtra une évolution de plus en plus radicale à mesure qu’approchaient les élections générales. Cette période verra une structuration des partis de l’opposition pour mieux faire front à la coalition au pouvoir soupçonnée déjà de vouloir truquer les élections.

Ce processus aboutira à la naissance du Collectif des Partis Politiques de l’Opposition (COPPO). L’échec déplorable des élections du 13 avril 1997 constituera un tournant important dans l’histoire de l’opposition et de la pratique politique au Mali. La radicalisation de tous ordres conduira à des affrontements et à des violences graves mettant ainsi en danger la jeune démocratie malienne.

Aux manifestations politiques on répondait par des répressions violentes qui ne pouvaient manquer de porter atteinte aux droits et libertés de la personne humaine en général et de l’opposition en particulier. Mais, comme indiqué plus haut, on reviendra particulièrement sur cette situation dans le cadre de l’étude des droits et libertés fondamentaux.

On rappellera simplement ici, sans entrer dans le mécanisme des motivations politiques, quelques revendications de l’opposition à savoir :

– le problème de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI : principe de la création, composition, pouvoirs de décisions, etc),

– la problématique des listes électorales et du Recensement Administratif à Caractère Electoral (RACE),

– l’égal accès des partis politiques aux médias d’Etat,

– la suspension de tout le processus électoral jusqu’à la révision complète des listes électorales et du fichier informatique fiables,

– la menace de boycott du processus électoral et de non reconnaissance des autorités “frauduleusement élues”.

Il importe de noter ici que les revendications ci-dessus (non exhaustives) étaient aggravées par des contestations systématiques des résultats électoraux. Mais ce phénomè n’était pas propre au Mali seul, il a contribué à bloquer la démocratisation des années 1990 dans beaucoup de pays africains.

Mais il faut souligner encore une fois qu’au Mali, les revendications sociales, corporatistes sous-tendues par une ambition et un appétit politique d’une opposition déterminée et fermée à tout dialogue, avait un caractère et un objectif particuliers, c’est-à-dire manifestement subversifs au détriment de la démocratie.

Ce climat belliciste et conflictuel, on l’a dit, s’aggravera avec l’échec total des élections du 13 avril 1997 et de celle du Président de la République le 11 mai 1997. Il persistera au point de compromettre les échéances de 2002, tant la fracture de la classe politique était profonde, l’opposition refusant toute collaboration à la préparation des futurs scrutins et la majorité refusant tout dialogue, avec la volonté d’exercer de manière solitaire le pouvoir.

C’est le lieu de rappeler qu’au gré de manipulations et de désaccords sur la future loi électorale, on enregistra le départ de certains membres de la majorité dont un élément particulièrement important, le Parti pour la Renaissance Nationale (PARENA) au motif que le parti majoritaire légiférait unilatéralement notamment en ce qui concerne les textes fondamentaux relatifs aux élections de 2002.

C’était également l’avis du COPPO qui était totalement isolé. Ces deux regroupements avaient décidé, chacun, d’organiser un séminaire en vue de la relecture des textes fondamentaux mais surtout d’exprimer leurs critiques et leurs observations, et de se faire entendre par tous les moyens par le parti majoritaire et le gouvernement.

L’ELECTION EN 2002 DU CANDIDAT INDEPENDANT AMADOU TOUMANI TOURE

C’est ainsi que le COPPO et les autres dissidents de la majorité acceptèrent de participer pleinement à la préparation des élections de 2002, notamment au niveau du Cadre de Concertation mis en place par le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, qu’ils avaient, jusqu’ici, boudé. Dès lors, les compétitions électorales ont pu se dérouler dans la paix sociale, l’apaisement et le calme en 2002.

Mais l’élection présidentielle de 2002 qui enregistrera un nombre record de candidats (24) désignera un candidat indépendant couvert de tout son charisme démocratique en la personne du général Amadou Toumani Touré, ancien chef de l’Etat sous la Transition.

Une partie de la société civile dénommée “Mouvement Citoyen”, des indépendants et la quasi-totalité des partis politiques lui feront allégeance. Ainsi naîtra un régime dit de “consensus” où l’opposition déclarée ne comportait qu’un seul élément, le Bloc des Alternatives pour la Renaissance Africaine (BARA) dirigé par le Pr. Yoro Diakité. Ce parti issu d’une scission du PARENA, lui-même créé à partir d’un éclatement du CNID, connaîtra à son tour une cassure qui lui sera fatale.

DES ALLIANCES CONTRE NATURE

Même si certaines formations entretenaient une position qui consistait à afficher une certaine ambiguïté oppositionnelle, celle-ci ne leur conférait nullement la qualité d’opposition car, selon la loi portant statut de l’opposition, on ne peut être membre du gouvernement ou soutenir l’action gouvernementale et être en même temps opposant. On peut donc dire que le premier mandat de ATT a été marqué par l’absence d’une opposition réelle aussi bien parlementaire qu’extraparlementaire.

Cependant, le deuxième mandat du Président verra la naissance d’une opposition parlementaire déclarée comprenant le Front pour le Démocratie et la République (FDR) et Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Intégration (SADI). Il faut préciser que le FDR est composé du PARENA, du RPM, représentés à l’Assemblée nationale.

Mais n’est-on pas fondé à se demander combien de temps durera cette opposition, quand on sait la tendance récurrente des partis politiques à la “transhumance”? Mieux, les dernières élections 2007 ont vu la naissance de deux blocs adversaires (le FDR dont l’opposition actuelle et l’ADP dont l’ADEMA) qui ont fait des listes communes lors des législatives. Il y a là, à l’évidence, des alliances contre nature.

Daba Balla KEITA

7 octobre 2008