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Le Mali est en proie à l’insécurité malgré la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger. Aucune partie du territoire national n’est épargnée par la recrudescence des attaques terroristes. Malgré la signature de l’accord, les attaques et attentats sont quasi permanentes, au nord comme au centre ou au sud du pays. Ainsi, pour mettre fin à cette recrudescence de la violence au Mali, le Chef d’état major de la force Minusma Hervé Gomart a demandé le soutien de la population et des groupes armés en termes de renseignement. C’était hier jeudi 9 juin 2016, lors du point de presse hebdomadaire qu’il a co-animé avec le porte-parole adjoint de la Minusma, Olivier Salgado.

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Après les propos liminaires d’Olivier Salgado, le chef d’état major de la force Minusma, Hervé Gomart, a mis l’accent sur les récentes attaques contre la Minusma ayant fait des victimes. Parmi ces attaques, il a cité celle du 29 mai, journée des casques bleus dont 5 togolais ont été tués. Face à cet état de fait, le chef d’état major tape du poing sur la table. «Demain, si on est attaqué, on réagira. Nous ne sommes pas des agneaux qui allons à l’abattoir. Ce qui nous manque, c’est le renseignement et l’information sur l’adversaire. Le renseignement humain est très important. Sans la coopération de la population, le défi est trop grand», a-t-il dit. Avant d’inviter la population et les groupes armés à coopérer avec la Minusma pour mettre fin à ce cycle infernal de violence. Il ne faut pas se voiler la face, même s’il y a une augmentation des Casques bleus en nombre, tant qu’il n’y a pas de renseignements, le Mali ne connaitra pas la paix tant souhaitée, a prévenu le conférencier. Toutefois, Hervé Gomart a souhaité un renforcement des capacités de la Minusma à la faveur du renouvellement du mandat prévu le 29 juin prochain.
Par ailleurs, il a souligné que les sites de cantonnement des groupes armés sont en cours de construction dont deux seront opérationnelles ce mois de juin. Concernant le déploiement des casques bleus burkinabé à la frontière Mali-Burkina, la Minusma n’envisage pas de se plier à la requête du Président Christian Kaboré du Faso.

Le CSA convoqué
Dans ses propos, le porte-parole adjoint de la Minusma, Olivier Salgado a évoqué les activités réalisées récemment par la Mission Onusienne au Mali. Selon lui, cette semaine, la Force de la Minusma a effectué au Mali 463 patrouilles de sécurisation, tenu 223 check-points et opéré 50 escortes.
S’agissant de la question des droits de l’Homme, Olivier Salgado a précisé que du 17 au 24 mai, la Division des droits de l’homme (DDH) de la MINUSMA a effectué sa première mission à l’extérieur du Mali, au Niger, dans le cadre de son projet visant à cartographier les violations graves et atteintes aux droits de l’homme qui ont eu lieu entre 2012 et 2014 au Mali. « La DDH a visité le camp de réfugiés de Mangaizé (à 100 km de Niamey) et a pu s’entretenir avec au moins 80 victimes et témoins. A travers cet exercice, la DDH a pu cartographier 20 autres cas de violations des droits de l’homme et d’abus. Deux autres missions se tiennent actuellement au Burkina Faso et en Mauritanie jusqu’au 12 juin, deux pays qui accueillent un nombre important de réfugiés maliens », a-t-il dit.
Concernant le processus de paix, le conférencier a souligné qu’au cours de la période du 2-8 Juin, la CMA (coordination des mouvements de l’Azawad) et la Plateforme ont suspendu leur participation aux travaux des sous-comités thématiques, à l’exception de celui de Défense et de Sécurité pour des raisons liées au retard à la mise en place des autorités intérimaires. Par conséquent, la Médiation internationale a jugé nécessaire de reporter la réunion du Comité de suivi de l’accord (CSA) qui devait se tenir les 3 et 4 juin. Au cours de cette période, poursuit-il, la MINUSMA et l’ensemble de la Médiation internationale à Bamako ont organisé des séries de concertations avec les parties signataires de l’accord en vue d’accélérer sa mise en œuvre. Les discussions portaient essentiellement sur la mise en place de l’administration intérimaire et l’opérationnalisation des mesures sécuritaires prévues dans l’accord. « Compte-tenu des discussions en cours entre le Gouvernement et les mouvements concernant les points susmentionnés, la Médiation internationale a convenu de remettre la prochaine réunion du CSA aux 13 et 14 juin. Cette session sera consacrée essentiellement aux questions relatives à la mise en place de l’administration intérimaire et l’opérationnalisation des mécanismes sécuritaires, à savoir les patrouilles mixtes », a précisé Olivier Salgado.

A ses dires, le 2 juin, le Président malien, Ibrahim Boubacar Keïta a rencontré à Bamako les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies (la Russie, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et les Etats-Unis). L’objectif était de discuter de la coopération dans la prévention des attaques terroristes contre les FAMa et les Casques bleus. Le Président et les cinq ambassadeurs ont convenu du besoin de faire la promotion du nouveau mandat de la MINUSMA afin notamment de clarifier les attentes. Le 49eme sommet des Chefs d’états et de gouvernements d’Afrique de l’Ouest s’est tenu les 4 et 5 juin à Dakar auquel le président IBK a participé. Parmi les recommandations du groupe pour le Mali, le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est dit prêt à prendre des mesures pour renforcer le mandat de la MINUSMA en fournissant les moyens et équipements adéquats pour répondre efficacement à la situation sécuritaire.

Aguibou Sogodogo

Le Républicain du 10 Juin 2016