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Les Etats-Unis ont imposé un premier train de sanctions à l’encontre du président ivoirien sortant Laurent Ggbabo en lui interdisant ainsi qu’à plusieurs dizaines de ses proches de se rendre aux Etats-Unis, ont déclaré mardi des représentants du département d’Etat.

jpg_pro-koudou-4.jpgLa secrétaire d’Etat « Hillary Clinton a autorisé des sanctions contre les membres du gouvernement et du régime de Laurent Gbagbo, qui sont interdits de se rendre aux Etats-Unis », a affirmé William Fitzgerald, sous-secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires africaines au cours d’une conférence téléphonique.

M. Fitzgerald n’a pas voulu révéler l’identité des personnes concernées ni si Laurent Gbagbo était visé, arguant de contraintes légales. Mais un peu plus tard, le porte-parole du département d’Etat Philip Crowley a précisé que l’interdiction visait bien Laurent Gbabgo.

« Cette interdiction concerne un nombre significatif de personnes, non seulement le président (sortant, ndlr) et sa famille proche, mais aussi les membres de son gouvernement et ceux qui l’aident à se maintenir au pouvoir », a-t-il déclaré.

Au total, « des dizaines » de proches du régimes sont concernés par l’interdiction de voyager aux Etats-Unis selon M. Crowley, une « trentaine » à ce stade selon M. Fitzgerald mais ce nombre « peut être augmenté » à l’avenir. M. Crowley a précisé qu’il ne pensait pas que l’interdiction de se rendre aux Etats-Unis concerne les enfants de personnes visées par ces interdictions dans le cas où ces derniers étudient sur le territoire américain grâce à des visas étudiants.

La décision américaine fait suite à celle de l’Union européenne, qui a décidé lundi de décréter des interdictions de visa à l’encontre de Laurent Gbagbo lui-même et 18 de ses proches, dont son épouse Simone Gbagbo. Pour le gouvernement américain, « c’est très clair, Laurent Gbagbo a perdu et doit quitter le pouvoir », a dit William Fitzgerald, rappelant la position américaine sur ce dossier.

« Le président Ouattara doit être chargé des affaires du pays », a-t-il poursuivi, se félicitant de l’unité de vue de l’ONU, de l’Union européenne, de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Pour le porte-parole, « le message au président Gbagbo est de s’effacer ». Plus longtemps il s’accrochera au pouvoir, plus la pression sera forte sur ses épaules et moins il aura de chances de s’en sortir, selon lui. Le président ivoirien sortant est de plus en plus isolé par la communauté internationale qui a reconnu la victoire d’Alassane Ouattara à la présidentielle du 28 novembre.

MM. Crowley et Fitzgerald ont par ailleurs mis en garde contre l’imposition de nouvelles sanctions, cette fois à caractère économique.

Ces sanctions, qui pourraient par exemple concerner un gel des avoirs bancaires des personnes visées, ne seraient pas dirigées contre la population ivoirienne, selon William Fitzgerald.

« Toutes les options sont sur la table » même s’il n’est « probablement pas » question d’une opération militaire des Etats-Unis, a-t-il ajouté.

Washington « reste en contact avec les partenaires africains et les membres de l’Union européenne » pour résoudre la crise ivoirienne, a-t-il assuré, tout en saluant la « coopération très étroite avec la France sur la question ».

Des violences depuis une marche jeudi des partisans de Ouattara, réprimée par les Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles à Gbagbo, ont fait au moins 50 morts selon l’ONU.

WASHINGTON (AFP) – mercredi 22 décembre 2010 – 11h13 –

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Le Monsieur Afrique de l’administration Obama, exige le départ de Laurent Gbagbo

William Fitzgerald, le sous-secrétaire d’Etat américain adjoint aux Affaires africaines, le Monsieur Afrique de l’administration Obama est l’invité de RFI. Il demande comme, la plupart des institutions internationales, le départ de Laurent Gbagbo. Entretien.

RFI : Jeudi dernier vous avez dit que Laurent Gbagbo avait un temps limité pour quitter le pouvoir. Qu’est-ce que cela signifie ?

jpg_usa.jpgWilliam Fitzgerald : Cela signifie que pour les Etats-Unis il y a quelques offres pour le président. Il doit choisir, ou il va risquer les prochaines étapes, des mesures contre lui-même, sa famille et les conseillers qui travaillent avec lui.

RFI : Ce qui veut dire qu’il risque d’être interdit de voyager, non seulement en Europe, mais également aux Etats-Unis ?

W.F. : Tout-à-fait. Et peut-être – ce n’est pas encore clair – mais ça peut être pareil pour ses enfants et ceux qui sont actuellement aux Etats-Unis.

RFI : On se souvient du discours du président Obama à Accra, il y a dix-huit mois. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes, disait-il. Est-ce qu’on peut parler d’une doctrine Obama qui s’applique aujourd’hui en Côte d’Ivoire ?

W.F. : Oui, ça c’est sûr. Le point primordial pour le président, pour nous aux Etats-Unis, c’est la démocratie. Les Ivoiriens ont voté. Les résultats étaient clairs. M. Ouattara… Président Ouattara a gagné l’élection, et la personne qui a perdu doit quitter le pouvoir. La doctrine d’Obama est que la démocratie est primordiale. La bonne gouvernance, le respect des droits de l’Homme. Il y a des informations qui viennent aujourd’hui de Côte d’Ivoire, par rapport aux violations des droits de l’Homme par les gens de la force de sécurité de M. Gbagbo.

RFI : Est-ce que le président Obama s’est entretenu au téléphone avec M. Gbagbo, depuis l’élection du 28 novembre ?

W.F. : Malheureusement, non.

RFI : Alors on dit justement, que le 3 décembre, le jour où le Conseil constitutionnel a annoncé la victoire de M. Gbagbo, le président Obama a essayé de l’appeler au téléphone ? C’est ça ?

W.F. : Oui !

RFI : Et qu’est-ce qui s’est passé ?

W.F. : Bon… M. Gbagbo n’avait pas répondu et ensuite le président a envoyé une lettre.

RFI : Et est-ce que M. Gbagbo a répondu à cette lettre ?

W.F. : Pas encore.

RFI : Ce que disent les partisans de Laurent Gbagbo c’est que la Côte d’Ivoire n’est pas le seul pays où les résultats d’une élection sont contestés, et que vous, les Américains, vous êtes beaucoup plus indulgents avec Mwai Kibaki au Kenya, ou avec Hosni Moubarak en Egypte.

W.F. : Bon… Mais c’est très intéressant, ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Selon la résolution de l’Onu, c’était la certification par l’Onu et c’était à cause de ça. A cause du travail de la Commission électorale, que tout le monde sait très clairement que M. Ouattara a gagné avec 54 %. C’est-à-dire que c’est sans confusion aucune que M. Gbagbo a perdu. Et c’est tout.

RFI : Si les sanctions ne suffisent pas, le Premier ministre Kenyan Raila Odinga, propose le recours à la force militaire pour faire partir Laurent Gbagbo. Qu’est-ce que vous en pensez ?

W.F. : Je crois que M.Gbeho, qui est actuellement, le président de la Commission de la Cédéao a dit la même chose. On voudrait éviter la violence. On voudrait éviter la nécessité d’avoir recours à des troupes sous-régionales par exemple. Mais de toute façon, toutes les mesures sont sur la table en ce moment.

RFI : Et justement… Si la Cédéao, et notamment le Nigéria, décident de lancer une opération militaire en Côte d’Ivoire, comment réagirez-vous ?

W.F. : On va certainement se coordonner avec les Nigérians. On va probablement soutenir chaque mesure qui sera retenue par le Nigéria et le président Jonathan Goodluck.

RFI : Y compris s’il s’agit d’une mesure de nature militaire ?

W.F. : Je vous dis que toutes les mesures sont sur la table en ce moment.

RFI : Est-ce que dans un mois vous pensez que Laurent Gbagbo sera toujours au Palais présidentiel ?

W.F. : Non. Absolument pas.

RFI : Et pourquoi êtes-vous aussi certain ?

W.F. : Parce que je crois qu’il y a unanimité contre lui en Europe, en Amérique du nord et en Afrique même. C’est inacceptable.