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Le dimanche 25 août, la Cité des Askias, Gao, a failli s’enflammer. En effet, vers 8 heures, plusieurs centaines de jeunes, munis de coupe-coupe, couteaux, gourdins, bâtons, ont afflué vers le centre-ville pour «détecter, appréhender, brûler ou égorger toute peau blanche présente dans la localité».

Selon nos informations, plusieurs groupes de Touaregs et d’Arabes, ressortissants de Gao, auraient refait leur apparition, il y a plus d’une semaine. Ces individus, selon toujours nos sources, seraient d’anciens collaborateurs du Mouvement national de l’Azawad (MNLA) et du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique Occidentale (MUJAO). «Ces personnes sont venues à bord de plusieurs véhicules, il y a une semaine, et ont commencé à circuler dans la ville. Certains ont même nargué la population en lançant des propos taquins. C’est pourquoi les jeunes ont décidé de passer à l’action, car les autorités de la ville ne veulent pas interpeller ces personnes qui ont collaboré à mettre Gao à feu et à sang.

Si rien n’est fait, nous sommes décidés à mettre ces gens à mort», nous a confié un habitant de Gao, dans la matinée du dimanche. A la mi-journée, la présence massive d’éléments de la MINUSMA et la médiation de certaines notabilités de la ville avaient calmé les ardeurs des manifestants. Et les personnes sur qui les suspicions pesaient ont vite fait de quitter les lieux.
Hier, mercredi 28 août 2013, quelques poches de tensions étaient encore perceptibles dans la ville.

A en croire certaines personnes contactées par nos soins, le gouverneur et le maire la commune continuaient toujours le travail de sensibilisation pour «appeler les uns et les autres à éviter l’amalgame». Une thèse confirmée, dans l’après-midi, par le Directeur de Cabinet du Gouverneur que nous avons eu au bout du fil : «Même si l’on enregistre, ici et là, certaines personnes mécontentes, il faut reconnaître que les choses se sont améliorées depuis le dimanche.

Nous avons approché tous les groupes de jeunes qui nous ont affirmé que le mouvement du dimanche n’était pas organisé. Nous croyons donc que c’était spontané. Néanmoins, nous menons, avec le maire, des actions qui tendent à inciter les populations à ne pas se faire justice. Si les gens ont des soupçons sur telle ou telle personne, qu’ils approchent les services spécialisés afin que le travail d’enquête soit mené.

S’il y a des interpellations, nous vérifierons la véracité des faits et nous prendront les mesures qui s’imposent. Il ne sert à rien de s’en prendre à nos compatriotes de façon gratuite. Mais, si quelqu’un est vraiment coupable, il sera traduit devant les autorités compétentes pour répondre de ses actes» a laissé entendre le Directeur de Cabinet.

Au-delà de cette «tension passagère» provoquée par le retour de certains Touaregs et Arabes (qui ne restent pas moins de ressortissants de Gao) il faudra dépasser certaines considérations ethniques, car tous les habitants de la région de Gao se complètent : les Touaregs, éleveurs par nature, pourvoient leurs voisins sédentaires en viande et lait. De leur côté, les sédentaires fournissent les produits d’agriculture à leurs frères nomades. Toutes ces populations partagent le fleuve Niger et les vallées qui la bordent.

Paul Mben

29 Août 2013