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web-17.jpgDioma Konaté a véritablement eu de la chance. Cet homme de plus de 50 ans a été victime, dans la nuit du 27 au 28 juillet dernier, d’une tentative de vol qualifié à Boulkassoumbougou. Cette nuit, ce technicien de santé et bon musulman, s’était couché avec l’intention d’observer le lendemain un jeun pour expier ses péchés. Vers 4 heures du matin, il s’était réveillé pour faire sa toilette avant de prendre le repas rituel de l’aube qui scelle le jeun. De retour sous la véranda, il constata que la porte de son salon était ouverte. Étant certain de l’avoir fermée avant d’aller au lit, il se demanda qui avait bien pu l’ouvrir à son insu. Il vérifia si l’un de ses enfants ou la maîtresse de la maison n’était pas entré dans le salon à la recherche d’un quelconque objet. Pour en avoir le cœur net, il alla d’abord jeter un coup d’œil aux enfants dans leur chambre. Puis dans la chambre de sa femme. Mais tous dormaient à poings fermés.

Des traces de plomb

Le doute s’empara de Dioma Konaté. Il décida alors d’aller voir qui pouvait bien se trouver dans le salon à pareille heure. Muni d’une lampe de poche, il éclaira l’intérieur. Quelle ne fut sa surprise de découvrir un jeune homme qui lui était totalement inconnu. L’intrus se tenait les bras le long du corps, blotti contre le mur à l’entrée du salon. Le maître de maison l’interpella sur ce qu’il faisait à une heure si tardive dans son salon. Le quidam ne répondit pas. Il resta toujours figé comme un tronc d’arbre à l’endroit où il avait été découvert. Une deuxième puis une troisième questions n’eurent pas raison de son mutisme.

Mais soudain, venant des arbres de la cour, une voix se fit entendre. Elle ordonna au jeune intrus : « tire sur lui !« . Dioma Konaté comprit que son visiteur indésirable était accompagné et armé. Il se précipita alors pour refermer la porte et se ménager ainsi le temps d’appeler à l’aide et de s’armer à son tour. Il referma la porte du salon et tentait de la verrouiller, sans se douter que le complice, tapi dans l’ombre dans la cour, s’approchait de lui sans bruit.

Le cambrioleur lui tira à bout portant une décharge de plombs avec un pistolet de fabrication artisanale. Le quinquagénaire tomba pour se redresser sur le champ. Les balles ont éraflé son bras gauche et son ventre mais aucune n’a pénétré son corps. Le vieux Dioma serait, dit-on, invulnérable aux balles. Nous avons, pour notre part, compté 22 traces de plombs sur son corps.

Le temps de se redresser, il entendit cette fois-ci, le jeune homme coincé dans son salon, pousser son compagnon à en finir avec le propriétaire de la maison. Le voleur prisonnier criait : « achève-le, il n’est pas encore mort !« . Mais le second coup de feu réveilla tout le voisinage. Les deux hommes n’eurent pas le temps d’accomplir leur dessein macabre. Le premier intrus se faufila prestement hors de la maison et son comparse et lui enjambèrent un mur mitoyen et s’enfoncèrent dans la pénombre de l’aube avec une foule de poursuivants courageux à leurs trousses. Dioma Konaté se remit sur pieds et se rendit de lui-même au dispensaire de son quartier pour soigner ses plaies superficielles.

Une douille

Pendant ce temps la course-poursuite se poursuivait pour mettre la main sur les deux malfrats. Essoufflés, les deux bandits armés stoppèrent sur une place publique du quartier. Ils s’adressèrent à leurs poursuivants en des termes menaçants : « nous savons que vous n’êtes pas armés. Mais nous, nous nous le sommes. Si vous continuez à nous poursuivre, nous allons ouvrir le feu sur vous« . Sagement, la foule reflua. Personne ne tenait à mourir.

Le lendemain, Dioma Konaté alla faire le compte rendu de sa mésaventure au commissariat de police du 12e arrondissement. Le chef B.R. fit établir un constat et retrouva une des douilles des projectiles. Les policiers la récupérèrent. Les jours suivants, le commissariat intensifia les patrouilles sans rien trouver. Mais à force d’insister, la chance finit par lui sourire. En effet, les policiers tombèrent dans la nuit du 4 au 5 août, vers 2 heures du matin, sur deux hommes sur une moto Jakarta à l’entrée du village de Sotuba. Interpellés et interrogés sur ce qu’ils faisaient à une heure si tardive en cet endroit reculé, Bassi Traoré et Demba Traoré ne purent fournir aucune réponse convaincante aux policiers.
Les deux noctambules subirent alors une fouille en règle. Les agents découvrirent sur eux un pistolet de fabrication artisanale et deux cartouches du même calibre que la douille récupérée chez Konaté. L’inspecteur Yoro Traoré et ses hommes firent le lien et conduisirent les deux hommes au commissariat.

L’interrogatoire de Bassi et de Demba ne donna rien les deux premiers jours. Mais la lassitude aidant, les langues ont fini par se délier au troisième jour. Bassi, le frère aîné de la mère de Demba, craqua. Il avoua être l’auteur du coup de feu. Il pensait, dit-il, que sa victime était morte. Cet aveu ne convainquit pas totalement les hommes du commissaire Moussa Balla Diakité. Ils demandèrent aux deux hommes de les accompagner sur le lieu du forfait afin de procéder à la reconstitution des faits. Bassi et son neveu acceptèrent. Les policiers eurent ainsi la certitude qu’ils détenaient les auteurs de la tentative de meurtre sur Dioma Konaté.

L’inspecteur Yoro Traoré et ses hommes se rendirent au domicile de Bassi pour procéder à une perquisition. Ils mirent à jour tout un arsenal de matériel servant à agresser son prochain ou à défoncer les portes. La pièce contenait sept cartouches de fusil, deux coupe-coupe, un gourdin et des gris-gris supposés protéger les deux voleurs.

La composition du duo maléfique, un oncle et son neveu, intriguait les limiers. Le truand Bassi a expliqué avoir choisi son neveu comme complice pour ne pas être trahi. Dans le milieu des malfrats, a-t-il ajouté, les coups bas et les trahisons sont de règle. « J’étais certain que mon neveu n’allait jamais me trahir en me dénonçant à la police« , précisa-t-il pour expliquer pourquoi il opérait en famille.
Les deux hommes sont déjà déférés.

G. A. DICKO | Essor

14 aout 2007