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Cette lancinante question que l’on s’est posée depuis samedi dernier, jour du vote, reste cruellement d’actualité au regard de l’ambiance électorale dans laquelle est plongé le pays. Plus on se rapprochait du moment fatidique de l’officialisation des résultats, plus les nerfs étaient à vif entre les partisans du président sortant, Ali Bongo, et son challenger, Jean Ping. A ce climat extrêmement volatile sont venus s’ajouter moult incidents comme si des forces invisibles et du mal ne cessaient de bousculer le pays vers le précipice.

En effet, prévue pour hier mardi à 16 heures, l’annonce des résultats a été repoussée à 19 heures sans qu’on sache vraiment ce qui a motivé les responsables de la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP) à prendre une telle décision. Est-ce pour minimiser les troubles que tout le monde prévoit qu’ils ont opté de proclamer la vérité des urnes à une heure tardive ou est-ce pour des raisons techniques ? En tous les cas, ce léger report ne manquera pas de susciter des commentaires voire même d’envenimer une situation déjà très explosive.

Autre question que l’on se posait au moment où nous tracions ces lignes c’était celle de savoir si effectivement les chiffres pourraient être communiqués dans la nuit d’hier mardi. En effet, pour le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet Boubeya, «ces résultats officiels ne pourront être annoncés que lorsque les travaux au sein de la CENAP auront touché à leur fin et abouti à une validation commune, finale et définitive des résultats officiels de l’élection présidentielle de 2016. Il n’est donc pas impossible que ce processus s’engage jusque tard dans la nuit ». A ce retard sur l’heure de la proclamation des chiffres risque de s’ajouter une polémique sur le mode de décompte des voix.

C’est que des observateurs de l’Union européenne ont proposé de procéder bureau de vote par bureau de vote, une suggestion rejetée par la CENAP invoquant ainsi le code électoral qui ne prévoit pas un tel modus operandis mais aussi le fait que cela pourrait retarder davantage le travail quand on sait qu’il y a 2580 procès-verbaux sans oublier ce que tout cela comporte comme risques de suspicion.

Autre fait, et non des moindres, venu alourdir le climat social, c’est ce communiqué du Parti socialiste français dans lequel la rue Solferino sans ambages aucun a déclaré l’opposant Jean Ping vainqueur et salué par conséquent l’alternance dans un Etat gouverné des décennies durant par la famille Bongo. Et que dire de cette affaire d’ingérence en faveur de Jean Ping d’un conseiller à la présidence ivoirienne, Mamadi Diané, qui aurait envoyé des hackers au Gabon pour diffuser de faux procès-verbaux et pirater des donnés gouvernementales ? Pire, il aurait suggéré à l’opposant de pousser des membres de la commission à démissionner dans le but de « mettre la pagaille totale » tel qu’il l’a dit lui-même lors d’une conversation téléphonique avec Ping.

Le président Alassane Ouattara aurait fait démissionner illico presto son indélicat conseiller, mais le mal était déjà fait. Avec autant de mauvais signes, nul besoin d’être un devin pour comprendre que quel que soit le candidat qui raflera la mise, il devra d’abord faire face à une crise dont on ignore la gravité et l’étendue. Quand le pouvoir déclare qu’il fera tout pour maintenir l’ordre et l’opposition qu’elle défendra par tous les moyens sa victoire, on ne voit pas comment exorciser les démons de la crise postélectorale qui plane, plane et continue de planer sur un pays pourtant réputé pour sa stabilité politique. Que ce soit du côté de la cité de la démocratie, siège de la Commission électorale, du camp Bongo ou de celui de Ping, la nuit d’hier aura été la plus longue. Sombre présage ?

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur du 31 Août 2016