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Saisira, saisira pas la Cour Constitutionnelle ? C’est la question que se posent encore les Gabonais à moins de vingt-quatre heures de l’échéance fixée pour ce faire. C’est en effet ce soir à minuit qu’expire le délai constitutionnel de huit jours après la publication des résultats par la CENAP pour saisir la juridiction compétente en matière de contentieux électoral. Au cours d’une interview accordée à notre confrère RFI, la première depuis l’annonce des résultats, Ali Bongo a fait savoir que le parti au pouvoir entend emprunter la voie du droit, puisqu’il estime, lui aussi, que Monsieur Ping a réalisé des scores plus que soviétiques dans certaines localités, allant même parfois au-delà des 100%, sans pouvoir indiquer exactement où ont été enregistrés ces chiffres mis en cause.

Mais du côté de ceux qui estiment avoir été privés de leur victoire, c’est mystère et boule de gomme, car selon le directeur de campagne de Jean Ping, René Ndemezo’o Obiang, là n’est pas la question. Pour lui, il faut remonter à l’origine de la crise, c’est-à-dire aux chiffres querellés, et procéder à un recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote, surtout au Haut-Ogooué, où le candidat Bongo a totalisé 95% des suffrages pour près de 100% de participation.

A entendre les uns et les autres s’exprimer, c’est à croire que les deux camps ne parlent pas la même langue. C’est à croire que pendant que les partisans d’Ali parlent le biafrais, ceux de l’ancien président de la Commission de l’UA s’expriment en chinois. Mais on comprend les réticences de la coalition de l’opposition à se précipiter à la Cour Constitutionnelle dont les portes pourraient se refermer derrière elle, tel un piège. En effet, au cas où elle serait déboutée, comme elle le présume déjà, il ne lui resterait plus qu’à se soumettre à une décision de justice ou à basculer dans l’illégalité.

Jusqu’où ira vraiment ce bras de fer, qui empire chaque jour que Dieu fait, entre deux protagonistes figés sur leurs positions respectives ? La délégation de l’UA, attendue en principe aujourd’hui à Libreville, pourra-t-elle faire bouger les lignes ? Rien n’est moins sûr et les chances des missi dominici dépendent en partie des personnalités qui composent la mission ; car pour faire entendre raison à un camp comme à l’autre, il faut que les chefs d’Etat chargés de la médiation soient eux-mêmes des loups blancs de la démocratie, des exemples sur un continent où les tripatouilleurs sont toujours légion. En tous les cas, la mission s’annonce particulièrement difficile pour l’UA avec un Ali Bongo Ondimba droit dans ses bottes, qui refuse a priori le recomptage des voix, arguant ainsi que cela n’est pas prévu par la loi gabonaise, et que le faire serait une atteinte constitutionnelle.

Mohamed Arnaud Ouédraogo

L’Observateur paalga du 9Septembre 2016