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L’Afrique du Sud était le seul pays africain invité au sommet du G20 qui vient de se tenir à Washington sur la crise financière internationale. Un sommet arraché par le président Sarkozy, totalement arbitré par un président sortant, Georges Bush, et avec une absence de taille qui ne tient pas, semble t-il, qu’à des raisons protocolaires : Barack Obama.

La participation de l’Afrique du Sud à ce sommet s’explique puisque le pays de Mandela, malgré ses turbulences actuelles est la 10è économie du monde. Mais faire croire que ce pays représentait l’Afri-que au sommet relève de l’arrogance, et plus grave, du travail fractionnel. Exactement le même qui a été utilisé pour diviser les ACP lors des négociations pour les Accords de Partenariat Econo-mique.

L’Union Africaine, en effet, ne peut être représentée que par sa Commission ou le président en exercice de la Conférence des chefs d’Etat, en l’occurrence le chef de l’Etat tanzanien. De plus, à cause de sa logique marchande axée sur le gain rapide qui la porte d’ailleurs plus à freiner qu’à accélérer l’intégration africaine, l’Afrique du Sud ne jouit pas vraiment de la légitimité de locomotive que sa puissance pouvait lui conférer aux yeux de ses partenaires africains.

En tout état de cause, le refus d’inviter l’Union Africaine au sommet convoqué pour perfuser un corps capitaliste dont les veines – l’establishment bancaire –, ont pété, doit finir de convaincre les sceptiques que l’Afrique ne fait vraiment pas partie du système- monde.

Les patrons du monde ont choisi la manière la plus parlante de dire à nos chefs d’Etat que leurs pays sont si pauvres et désarticulés que la crise ne peut plus les toucher. Ce qui est totalement faux. En vérité, c’est le regard des damnés de la terre que l’Occident a voulu fuir.

Car, qu’il le veuille ou non, la banqueroute de grands géants comme Goldman Sachs, Meryl Lynch, la récession officiellement constatée du Japon, et celle niée de nombreux pays-vitrines, est le procès d’une dictature à laquelle l’Afrique a laissé beaucoup de sa dignité et de ses opportunités : celle du tout-marché. Il est vrai qu’on ne peut pas respecter un continent dont des dirigeants font le bonheur des paradis fiscaux et dont 115 millions d’enfants ne vont pas à l’école et qui enterre par an 900 000 victimes de palu.

Il est également vrai que le continent n’est pas vraiment un poids lourd de l’économie mondiale si l’on sait qu’en 2002, selon le même Observatoire, les sept grandes fortunes du monde possédaient à elles seules plus que le PIB de 49 PMA totalisant 650 millions de personnes. Mais si l’Afrique ne représente que 2% du commerce international, ce n’est pas en volume de transactions mais en recettes.

Paradoxalement, elle n’a jamais autant vendu en quantité de matières premières mais n’en a jamais tiré d’aussi maigres ressources. Il s’y ajoute les chiffres de l’Observatoire international de la dette qui sont simplement effarants : En 2004, l’Aide publique au Développement consentie à l’Afrique était de 78 milliards de dollars.

Pour la même année, la diaspora africaine a transféré sur le continent 126 milliards de dollars. Mais le montant rapatrié en Occident par les multinationales opérant en Afrique se chiffrait à 104 milliards de dollars, tandis que le service de la dette payé par le continent s’élevait à 374 milliards de dollars. D’où des transactions dont le solde global est négatif de 256 milliards de dollars.

Et ce, pour des pays qui passent pour avoir repayé leur dette au moins dix fois depuis 1980. En clair, il ne peut pas y avoir d’un côté l’Afrique et de l’autre, le reste du monde. La responsabilité est entière du leadership continental pour lequel la notion de gouvernance est juste un sésame pour être éligible à une aide extérieure qui n’en est pas une au fond.


Mais ne nous y trompons pas :
les statistiques citées confirment que le continent est une vache à lait et que c’est ce seul statut que le Nord veut pour lui. Obama, bien entendu, a été plus élu pour remettre à flot les usines exsangues de Détroit que de signer des chèques pour l’Afrique. Mais s’il est le président de la raison chez lui, ailleurs il est celui des cœurs. Une sorte de messie attendu non pour remplir les sébiles, mais aider à refonder la gouvernance mondiale. Ce serait déjà un juste début de justice pour l’Afrique.

18 Novembre 2008