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La fusion tant attendue entre l’ADEMA et l’UDD n’aura pas lieu et pour cause. Un communiqué de presse du Conseil Exécutif de l’UDD rendu public le 18 mai 2008 a écarté toute fusion ni avec l’ADEMA, ni avec un quelconque parti politique.

Après cette précision du Conseil Exécutif de l’UDD présidé par Me Hassane Barry, des langues se sont déliées. De nos jours des interrogations et supputations fusent de tous les côtés par rapport au refus de l’UDD de se fondre dans l’ADEMA.

Il y a-t-il eu la main invisible de Moussa Balla Coulibaly derrière le refus de l’UDD? L’UDD sert-il de marche-pied pour Moussa Balla? Me Hassane Barry, le président de l’UDD gère-t-il par procuration? Voilà entre autres questionnements que les observateurs et les acteurs de la scène politique malienne posent.

La volonté expansionniste de l’ADEMA freinée par l’UDD

Après avoir absorbé coup sur coup le RND, l’indépendant FARAKO et le PUDP dans un laps de temps, des gens se demandaient qui pouvait freiner l’ardeur de l’ADEMA. L’UDD a vaillamment resisté à la politique d’expansion démesurée de l’ADEMA avant de mettre fin le 2 mai 2008 à la demande de fusion formulée par le parti de l’Abeille Solitaire, emblème de l’ADEMA.

C’est un coup dur que Dioncounda et ses camarades viennent d’encaisser. On ne sait pas encore pour l’instant quel sera le prochain parti qui va se dissoudre dans l’ADEMA après le refus de l’UDD.


Trois scissions en sept ans

L’ADEMA-PASJ a été créé le 9 juin 1991. Le récépissé de création du parti porte le n°516/MATS-DNAT. En 17 années d’existence, le premier parti politique qui a dirigé le Mali démocratique (pendant 10 ans) a connu trois scissions. Le 1er évènement marquant dans la vie de l’ADEMA a été le départ du Pr. Mamadou Lamine Traoré et autres suivi de la création du MIRIA en 1994.

En 2000, l’ex-président de l’ADEMA et Premier ministre, M. Ibrahim Boubacar Keïta fut contraint à démissionner du parti et, en 2001, il a créé le RPM avec ses camarades qui l’ont suivi.

Un autre évènement marquant dans la vie de l’ADEMA est sa défaite aux élections présidentielles de 2002. Le candidat qu’il avait présenté, M. Soumaïla Cissé a senti qu’il a été trahi par ses camarades.

C’est ainsi qu’il a fondé l’URD en 2003. L’ADEMA venait ainsi de connaitre sa troisième scission. Mais après chaque évènement, le parti est arrivé à racoller les morceaux et partir sur de nouvelles bases puisque c’était le parti au pouvoir.

Depuis l’avènement de la démocratie, il a participé à toutes les élections communales, légitatives et présidentielles de 1992, 1997, 2004 et 2007. Il a toujours eu des résultats très honorables au point que certains observateurs et acteurs politiques qualifiaient l’ADEMA de “machine électorale”

UDD-ADEMA : Des dents l’un contre l’autre

Si le RND et le PUDP se sont offerts à l’ADEMA en monnaie de singe, quant à l’UDD, le parti de Moussa Balla Coulibaly et de Me Hassane Barry, il exclut toute possibilité de fusion avec l’ADEMA .

Si le RND et l’ADEMA ont eu de très bons rapports, tel n’a pas été toujours le cas entre l’ADEMA et l’UDD bien qu’étant tous membres de l’ARD et de l’ADP qui sont des regroupements de partis politiques.

Mais le Conseil Excécutif de l’UDD soutient qu’il a eu de très bons rapports avec l’ADEMA. Ça c’est le langage des politiques, mais dans la pratique c’est tout autre.

D’ailleurs, si le RND, avec un seul député occupe aujourd’hui la 5ème vice-présidence de l’Assemblée Nationale, c’est avec le soutien de l’ADEMA. Par contre, l’UDD avec ses trois députés n’est ni membre du bureau de l’Assemblée Nationale, il n’est pas non plus représenté dans le gouvernement.

Au cours des discussions que les représentants des deux états majors ont eues autour d’une fusion de l’UDD avec l’ADEMA, l’UDD rappela à son partenaire qu’il aurait pu avoir plus de trois députés si l’ADEMA l’avait soutenu à Diéma et à Koro lors des élections législatives de juillet 2007.

On le sait, l’UDD était en ballotage favorable dans ces deux localités au deuxième tour des législatives surtout à Koro, considéré comme étant le fief de Me Hassane Barry, président de l’UDD. Le président a été tout simplement battu dans son fief.

Comme la réponse du berger à la bergère, les représentants de l’ADEMA ont rappelé que c’est Me Hassane Barry lui même qui est à la base de la disqualification de la liste ADEMA-PARENA-URD lors des législatives de 2007 dans la circonscription électorale de Nioro du Sahel pour, dit-on, se venger du candidat de l’URD, Cheickna Hamalla Bathily qui a été vice-président de l’UDD.

Il faut préciser que Me Hassane Barry avait averti les partis membres de l’ADP qu’il a des preuves contre son ex-compagnon , Bathily qui pourraient lui nuire.

Pire, à Nara, fief de Dioncounda Traoré, président de l’ADEMA et de l’Assemblée Nationale, le seul élu municipal de l’UDD a refusé de composer avec l’ADEMA qui avait 10 élus pour le contrôle de la maire de Nara en 2004. Comme on le voit, pour que ces deux partis s’entendent, ils devaient faire table rase du passé, chose qu’ils n’ont pas pu faire. L’échec était donc prévisible.


L’UDD, un parti répresentatif

Avec trois députés élus à l’Assemblée Nationale aux législatives de juillet 2007 et 337 conseillers communaux, soit 3,13% de l’électorat, et un élu national au Haut Conseil des Collectivités, l’UDD est le 8ème parti politique le plus représentatif sur l’échiquier. C’est dans la région de Sikasso avec 116 conseillers qu’il a le plus grand nombre d’élus.

Sikasso est suivi de Mopti qui compte 59 élus communaux. Les régions de Kayes et de Koulikoro comptent chacune 57 conseillers. Dans la région de Ségou, l’UDD a 31 conseillers, 16 dans le District de Bamako et 1 à Gao. Le parti de la Colombe blanche, emblème de l’UDD n’est absent qu’à Tombouctou et dans la région de Kidal.

L’UDD compte renforcer ces résultats lors des prochaines échéances électorales. A la direction nationale du parti, on affirme que de gros investissements ont été faits à cet effet.

L’UDD, un marche-Pied pour Moussa Balla ?

L’Union pour la Démocratie et le Développement (UDD) est l’un des premiers partis politiques du Mali démocratique. Il fut créé en 1991 par Moussa Balla Coulibaly et autres. Son récépissé porte le n°295/MATS-DNAT.

A l’origine, l’UDD fut considéré comme un parti de la restauration de l’ancien régime de Moussa Traoré. Cela s’expliquait par le fait que le parti revendiquait son héritage surtout positif en rejetant son côté négatif. Cela n’a pas été du goût de tous dont le Dr Choguel Kokala Maïga qui a milité à l’UDD d’abord.

A la 1ère conférence nationale de l’UDD Choguel et autres ont quitté le parti pour aller fonder le MPR en 1995.

De sa création en 1991 jusqu’au 3ème congrès ordinaire tenu en 2003, Moussa Balla Coulibaly était le président de l’UDD. Lorsque Moussa Balla Coulibaly a décidé de se retirer de la présidence de l’UDD, le Pr. Younouss Hamèye Dicko, alors secrétaire général de l’UDD avait cru que son ère était enfin arrivée pour être président du parti.

Mais il avait minimisé peut être le poids de Moussa Balla Coulibaly qui ne voulait pas de lui à la tête de l’UDD. C’est pourquoi, les congressistes ont préféré Me Barry et non lui. Mais au fond, des analystes ont pensé que l’avenir de l’UDD appartient aux descendants de Moussa Balla Coulibaly.

Cela s’explique par la présence de son fils aîné, M. Tiéman Coulibaly au sein du Conseil Exécutif de l’UDD. Le 3ème congrès ordinaire du parti, tenu en 2004 a propulsé M. Tiéman Coulibaly au poste de 2ème adjoint au secrétaire général de l’UDD.

A la faveur du 4ème congrès ordinaire de 2006, Tiéman est devenu le secrétaire général de l’UDD. Cette ascension fulgurante de Tiéman s’est effectuée avec la bénédiction de son père devenu président honoraire de l’UDD qui lui sert de marche-pied.


Daba Balla KEITA

21 Mai 2008