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Sachant qu’il y a beaucoup de casseroles qui trainent derrière son équipe, le président par intérim, Dioncounda Traoré, a lors de son dernier conseil des ministres extraordinaire, le 02 août, averti ses collaborateurs de s’attendre à être attaqués par la presse. Ces attaques qui se feront certainement du fait de leur gestion seront le fait de ceux qui n’ont «rien apporté à l’Humanité».

Investi en avril 2012 président de la République par intérim, Dioncounda Traoré s’est révélé être le chef d’Etat le plus impopulaire que le Mali ait jamais connu dans son histoire. Il a fallu, en partie, le soutien de la presse pour qu’il puisse rester à la tête du pays. Pour remercier cette presse, les mots les plus précieux qu’il a trouvés à défaut de décorations pour remercier la presse lors de son dernier conseil des ministres extraordinaire sont les suivants : «la nouvelle vie qui sera la vôtre dès l’entrée en fonction du nouveau Président de la République, ne soyez pas surpris d’être attaqués dans la presse, d’être brocardés et même vilipendés.

Souffrez que ceux qui n’ont rien apporté à l’Humanité usent et abusent de leur droit d’inventaire de votre bilan. Souffrez qu’ils inventent et grossissent les traits de ce qu’ils auraient aimé être votre passif». Ces propos seraient plus écœurants s’ils venaient de quelqu’un d’autre. Mais de notre cher Président Traoré, ils n’embarrassent personne. Car d’aucuns estiment que depuis son tabassage par une foule incontrôlée en mai 2012, sa lucidité a été pleinement entamée, qu’il serait plus sénile que sénescent.

Cependant, cette déclaration du Président par intérim suscite des interrogations chez les quelques amis qu’il a dans le monde des intellectuels. Qui se posent la question de savoir quelle est la mouche qui a bien dû piquer un homme politique présumé aguerri de sa taille au point qu’il se rabaisse en insultant la presse qui n’aurait, selon lui, « rien apporté à l’Humanité ».

Dioncounda Traoré n’a cessé de clamer, lors de ses rares moments de lucidité, qu’il appartient à cette profession donc que les hommes de média maliens d’aujourd’hui sont ses héritiers. Si la presse malienne, fut-elle une minorité, comme il le concède dédaigneusement n’apporte « rien à l’Humanité », M. Traoré pourrait-il dégager sa responsabilité du moment où il est l’un des pionniers de cette presse malienne ?

Son mauvais enseignement ou sa piètre application du métier n’ont-ils pas abouti à la prétendue dérive dont-il parle ? Comme le dit l’adage, le partant ne fait rien de bon, « taaba tè ko gnouman kè ». Sinon comment comprendre que Dioncounda Traoré attend le crépuscule de sa vie politique et même de son existence pour se rendre compte que certaines presses n’ont « rien apporté à l’Humanité » ? L’honnêteté, la dignité et la morale voudraient la gratitude du Pr Traoré à l’endroit de la presse malienne. Surtout que même le dernier de cette profession n’a rien à envier au professeur sur le plan moral.

Oumar KONATE

Le Prétoire du 05 Septembre 2013