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Le climat social se détériore peu à peu au Mali avec le bras de fer entre le gouvernement et les syndicats des travailleurs. Les responsables syndicaux tiennent leur revendication comme exigence sociale et expliquent leur position radicale par une soif de justice. Et c’est le rapport du Vérificateur général et les révélations autour de la mafia des exonérations à l’importation des produits de première nécessité qui deviennent sources d’inspiration.

«Un Etat qui renonce à 103 milliards de F Cfa ne peut pas dire qu’il a une crise de trésorerie pour faire face à des problèmes sérieux du pays». Telle est la déclaration d’un responsable syndical de l’enseignement secondaire pour justifier la justesse de leurs revendications.

Le syndicaliste comprend mal l’indifférence de l’Etat sur le suivi du dernier rapport du bureau vérificateur général qui a révélé un détournement d’environ 103 milliards de F Cfa en l’espace de quatre années et que la justice peine à saisir ce dossier pour situer toutes les responsabilités.

Il explique que la somme annuelle d’une indemnité de logement des professeurs de l’enseignement secondaire ne pourra pas dépasser 5 milliards de nos francs, largement inférieurs aux 103 milliards détournés par quelques personnes bien protégés au sommet de l’Etat.

Si l’Etat craint d’accorder ce privilège aux enseignants au risque d’entraîner toutes les corporations dans une revendication similaire, il est évident que la logique des syndicalistes de l’enseignement répond à une soif de justice largement partagée par les Maliens.

En effet, le secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), Siaka Diakité, menace, lui aussi, de lancer une grève générale, des meetings et des marches de protestation contre la vie chère au Mali.

Il a, à cet effet, indexé des opérateurs économiques qualifiés de rapaces de l’économie malienne. Selon lui, ces opérateurs ont bénéficié d’exonérations «mal réfléchies» de la part de l’Etat qui pressurisent moins les consommateurs en leur donnant leur dignité par rapport à l’accès aux produits de première nécessité.

Selon le secrétaire général de l’UNTM, ces exonérations ont ouvert «une période de désenclavement économique profitable uniquement à un groupuscule d’individus rapaces et avides de gains honteusement acquis».

En fait, le climat social au Mali se détériore du jour au lendemain à cause du coût de la vie et les discours protocolaires des autorités ne rassurent guère. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, ne manque pas d’occasion pour affirmer l’évidence de tel fait mafieux, mais sans rassurer la population d’une mesure pouvant aboutir à des lendemains meilleurs.

Une des dernières déclarations présidentielles nourrissant la déception de la population a été tenue le 8 mars 2008 affirmant que les opérateurs économiques qui ont bénéficié des exonérations pour l’importation de produits de première nécessité ont trahi la confiance de l’Etat.

Il faut dire que depuis 2005, après l’apparition des criquets pèlerins, l’Etat accorde régulièrement des exonérations à certains opérateurs économiques pour l’importation de produits de première nécessité. Mais au lieu d’une baisse ou une stagnation de prix, ces exonérations soutiennent une flambée sans précédent.

Le dur du problème est que nos autorités ont du mal à convaincre les partenaires au développement de la nécessité d’un recours financier. Car, nombre de partenaires bilatéraux ne cachent pas leur intérêt pour le suivi du rapport du bureau du Vérificateur général.

Cette situation de détournement de fonds qui est assez préoccupante, et se soldant d’année en année par des manquements financiers attestés par les services de contrôles des finances publiques, constitue une sérieuse entrave à la bonne gouvernance et anime l’inquiétude des populations.

Seydou Coulibaly

07 avril 2008.