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Le syndicat autonome de la magistrature, après un arrêt de travail de trois jours, 30 avril, 4 et 5 mai, s’apprête à poursuivre son bras de fer avec le gouvernement. Le SAM a déposé un préavis de grève à durée indéterminée, à partir du 13. Le principal point d’achoppement, selon le premier responsable du syndicat, Fodié Touré, constitue la prime de judicature. Aux dires de M. Touré, cette affaire traîne depuis début 2008. En juin de cette année, un accord était intervenu entre le gouvernement et les magistrats, accord au terme duquel le gouvernement aurait pris l’engagement de satisfaire à cette revendication en signant dans ce sens un décret, en relevant le montant de la prime de judicature (entre 200 000 et 250 000, selon les grades, contre 80 000 à 100 000), et de commencer à la payer en août. Cette décision aurait ensuite été reportée à octobre puis à janvier 2009. Mais à présent, rien n’a été fait. Là n’est pas la seule doléance des juges.

En effet, ils revendiquent également un meilleur cadre de travail. Autrement dit, le palais de justice doit être logé dans ses propres locaux et ne pas avoir à payer un loyer, comme c’est le cas du tribunal de première instance de la commune I près laquelle Fodié Touré est procureur de la République. Une simple visite de ces lieux permet en effet de faire le constat de la vétusté des locaux, de leur inadaptation et, surtout, de la faiblesse des équipements. Le procureur lui-même est dépourvu du moindre ordinateur. Selon lui, leur combat n’est pas une « affaire de sous, comme le pensent les gens », c’est une question de légitimité et d’efficacité dans le travail. A la question de savoir si le SAM est prêt à mettre en exécution sa menace d’une grève à durée illimitée jusqu’à satisfaction de ses revendications, M. Touré a confirmé que lui-même et les trois cents cinquante magistrats qui militent au sein du SAM iront jusqu’au bout. Ces magistrats comprennent très bien les conséquences qui pourraient découler d’une telle action, c’est-à-dire le blocage d’une très grande partie du système judiciaire et des juridictions dont pourrait pâtir le règlement des contentieux électoraux liés aux dernières élections communales, mais il s’agit, selon Touré, d’une action syndicale, et elle doit être menée jusqu’à son terme. Cependant, le chef du SAM affirme qu’ils espèrent ne pas en arriver là, c’est pour cela qu’ils sont ouverts à tout dialogue, qu’ils sont prêts à participer à toutes les concertations et négociations nécessaires. Autrement dit, la balle est dans le camp du gouvernement.

Ce débrayage du SAM pourrait être suivi par celui de l’autre camp, le Syndicat libre de la magistrature. Le SYLIMA également a déposé sur la table du gouvernement un cahier de quinze doléances, et menace lui aussi d’observer une grève à durée indéterminée. Le Sylima, tout comme le SAM, avait déjà observé une grève de soixante-douze heures, les 19, 20 et 23 mars dernier. Fondamentalement, les revendications du Sylima ne diffèrent guère de celles du SAM, c’est-à-dire la prime de judicature. Mais en plus, le camp de Hamèye Founé Mahalmadane, président du Sylima, revendique pour lui-même et ses camarades l’octroi ou la revalorisation de primes relatives au logement, à l’eau, à l’électricité, au téléphone. Le Sylima exigerait en outre de l’Etat des indemnités de représentation et de responsabilité et certains avantages particuliers comme la matérialisation du régime de sécurité sociale, l’élaboration et l’adoption d’un plan de carrière, la facilité d’accès aux crédits bancaire et à la propriété immobilière. Pour le corps, ils exigent la relecture du statut de la magistrature et de la loi régissant le conseil supérieur de la magistrature. Pour le syndicat, ils demandent l’affectation de locaux équipés lui servant de siège.

Si la commission de conciliation échouait dans sa mission de ramener le Sylima à de meilleurs sentiments et que le SAM mette sa menace de grève illimitée en exécution, c’est toute la justice malienne qui sera grippée. En effet, le Synag (Syndicat autonome des greffiers et secrétaires de greffe) qui avait débrayé en même temps que le Sylima les 19, 20 et 23 mars dernier, pourra lui aussi récidiver. Les greffiers ont déposé, le 17 avril, un cahier de doléances et un préavis de grève illimitée à compter du 4 mai. Au nombre de leurs doléances figurent en bonne place la relecture du statut du personnel du cadre des greffiers et secrétaires de greffes, la revalorisation de l’indemnité de responsabilité et de représentation, l’ouverture d’une passerelle entre le corps des greffiers en chef et celui des magistrats, l’allocation d’une indemnité de participation à la judicature, l’attribution de parcelles à usage d’habitation, la formation continue, une indemnité spéciale pour les greffiers en chef des institutions de la République.

Pour une fois, les deux syndicats de la magistrature soufflent dans la même trompette. D’ailleurs, à cet égard, Fodié Touré affirme qu’outre quelques problèmes de vision et de perception, il n’y a aucune divergence fondamentale entre Sam et Sylima. Va-t-on vers une unité d’action ?

En attendant de savoir si les uns et les autres iront jusqu’au bout de leurs actions, et ils sont déterminés à cela, les affaires pendantes devant les différentes juridictions, notamment les contentieux électoraux, ne sont pas près d’avoir un dénouement.

Cheick Tandina

07 mai 2009