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Le frère Godfrey estime que « L’Eglise catholique doit dépasser cette mentalité de petit missionnaire venu sauver les Africains ». Fondateur et directeur du centre Songhoi de Porto Novo au Bénin, cet intellectuel africain s’oppose à l’Afro pessimisme à travers des initiatives au développement à la base.

Le frère Godfrey Nzamujo, « Nza » pour les intimes est un phénomène, à la croisée des cultures. Né il y a environ 53 ans au Nigeria, cet Ibo (une ethnie fortement commerçante) a effectué son noviciat dans la communauté des Dominicains de l’église catholique. C’est à ce titre qu’il est admis à l’Ordre des Prêcheurs de cette communauté comme prêtre dans l’église catholique. Il est fondateur et actuel directeur du centre Songhaï de Porto Novo au Bénin.

« Nza » s’est formé en Californie aux USA, où il a acquis l’équivalent d’une agrégation en architecture informatique ainsi qu’en biochimie. Il réside au Bénin avec la nationalité américaine. Après sa formation académique aux USA, « Nza » redécouvre l’Afrique, l’observe, surtout écoute sans prétention pour mieux comprendre.

Arrivé au Bénin en 1985 sans sous presque, le frère Nzamujo s’est mis à « développer l’estomac africain », c’est-à-dire apprendre à l’Africain, singulièrement au Béninois à « fabriquer son propre modernisme sans se laisser étouffer par les subventions mal ciblées d’organisations prêtes à faire le développement pour les Africains sans les Africains ».

En 1988, trois ans après son arrivée, il crée une école -ferme avec l’appui de l’Usaid, la Caisse de la Coopération Française de Développement (actuelle Agence Française de Développement), de la Fondation France.

Avec les nombreux fonds collectés, il renforce les compétences internes de sa structure. « Ici, je vois naître une force tranquille, un développement durable. Les hommes et les femmes, qui sont là, croient fortement que notre monde peut être différent. Songhaï impulse confiance et fierté et c’est cette différence que nous devons protéger vaille que vaille » affirme le frère Nzamujo.

Selon lui, la foi doit servir à épanouir l’Homme, à l’affranchir de la tutelle paternaliste qui tue l’initiative : « je souhaite que ma foi chrétienne serve de ferment dans la transformation de la société africaine. L’Eglise catholique doit dépasser maintenant cette mentalité de petit missionnaire venu sauver les Africains ».

Le frère Nzamujo bouscule assurément certaines règles millénaires établies au sein de l’Eglise catholique. Ce qui lui vaut aujourd’hui des inimitiés qui le traitent de tous les maux d’Israël : combinard, irréligieux, etc. Des faux – vrais procès et des vrais faux procès sont pendants contre lui dans les tribunaux du Bénin et ailleurs pour malversations.

Au nom d’une sagesse ancestrale béninoise qui dit que « un chaudron bout toujours par le fond, jamais par le couvercle », « Nza », fort prudemment a su garder ses distances avec tous les régimes qui se sont succédés au Bénin. De Kérékou, qui lui a attribué le premier lopin de terre à Yayi Bonni, en passant par Soglo.

Le frère Nzamujo a remporté beaucoup de prix dans le cadre de ses initiatives originales pour le développement de l’Afrique. Il est actuellement aux USA où son centre vient d’être nominé pour « Innovations Market Place ». Advienne que pourra, le destin se réalisera.

Yaya Sangaré

06 décembre 2006.