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Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra, qui ne faisait plus mystère de ses prétentions pour Koulouba, envisagerait des scénarios pour contourner le garde-fou placé dimanche dernier par la Cédéao, qui écarte toute possibilité aux membres de la transition d’être candidats à la présidentielle de 2012. Selon des sources proches de CMD, comme solution, il n’écarte pas sa démission de la Primature.

La sentence de la Cédéao rappelant qu’aucun acteur de la transition (à commencer par le président de la République et le Premier ministre) ne pourra briguer la magistrature suprême du pays, est tombée comme un couperet dans certains milieux. Mais, Cheick Modibo Diarra, qui ne se cachait plus pour arriver à sa fin n’a pas encore dit son dernier mot. Selon des sources qui lui sont proches, le RpDM, son parti, envisage même sa démission de la Primature ou à attaquer la décision de la Cédéao devant les instances juridiques compétentes.

Cette démission, aux dires de certains professionnels du droit, ne le sauverait pas pour autant et serait pour lui une solution périlleuse, car il demeurait toujours un acteur de la transition pour avoir été le chef du gouvernement depuis le début de la transition en avril 2012.

Toute la symphonie sur une éventuelle candidature du Premier ministre Cheick Modibo Diarra est partie de la passe d’armes entre lui et son ministre de l’Administration territoriale, chargé de la Décentralisation, colonel Moussa Sinko Coulbaly. Le MATD a essuyé les foudres de son Premier ministre au cours d’un conseil des ministres lorsqu’il a évoqué une disposition de la Cédéao relative à l’impossibilité pour le président de la République, le Premier ministre ou tout autre dirigeant de la transition de se porter candidat aux prochaines élections.

La colère a éclaté entre le Premier ministre et son ministre de l’Administration quand celui-ci a fait le compte-rendu d’une rencontre avec les partis politiques au cours de laquelle, qui il a rappelé la disposition de l’Accord-cadre citée plus haut. Un rappel qui n’a pas été du goût du Premier ministre, qui a rétorqué qu’aucun texte n’interdit au président de la République, ni à lui-même ou autre membre de la transition d’être candidat.

Couleuvres

Ces échanges peu amènes, fortement relayés par la presse nationale, ont dû faire sortir les autorités de la Cédéao de leur réserve. Ils ont réchauffé les mêmes dispositions prises à Bamako le 6 avril 2012 pour les remettre sur la table au récent sommet d’Abuja le 11 novembre dernier.

La décision de la Cédéao a été confirmée par le président de la République, Dioncounda Traoré de retour d’Abuja. Le président de la République qui disait en prendre acte a rappelé que lui personnellement l’avait dit dans son adresse à la nation de juillet 2012 en étendant la mesure même aux présidents des autres institutions, une façon d’apporter l’eau au moulin de la Cédéao. Sa philosophie est qu’on ne peut pas être juge et partie.

Invité le mardi 13 novembre de Christophe Boisbouvier de RFI, Djibril Bassolé, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale du Burkina Faso, a fait savoir que cette disposition existait, mais qu’il fallait la réactualiser pour faire comprendre aux acteurs de la transition de se consacrer à la libération du pays et à l’organisation des élections.

Au cours de sa conférence de presse de vendredi 9 novembre, Cheick Modibo Diarra n’a ni infirmé, ni confirmé son éventuelle candidature Il a préféré entretenir le flou en affirmant qu’il trouve le sujet « prématuré » et même « indécent » au moment où le pays est en train de se battre pour la libération du Nord.

Plus malicieux, le Premier ministre a ajouté que la question « alimente la spéculation » et qu’au lieu de cela « nous avons besoin de concentration en ce moment. Lorsque le moment viendra, les gens qui travaillent pour cela viendront se prononcer ». Un langage kabbalistique que la Cédéao a bel et bien décrypté à ses dépens.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 14 Novembre 2012