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web-76.jpgIls lui avaient dit que les hommes d’aujourd’hui sont pires que les abeilles qui passent d’une fleur à une autre, butinant sans état d’âme ce qu’elles ont de meilleurs ; à cette différence que les abeilles produisent du miel alors que ce genre d’hommes ne produisent que du fiel.

Mais comme toutes les jeunes filles de son âge, Mathé écoutait ces conseils d’une oreille puis lorsqu’elle se retrouvait avec son Frédo, les laissait sortir par l’autre oreille. A sa décharge il faut préciser que Frédéric avait réussi à s’attirer la sympathie de toute la famille, à commencer par la petite sœur de Mathé qui, soit dit entre nous, avec ses formes généreuses, n’était pas si petite que cela. Les père et mère estimaient Frédéric à cause de sa simplicité et de son apparente gentillesse. Leur fille était heureuse avec lui et ce bonheur rejaillissait sur la maisonnée. Un peu de temps passa puis Mathé prit une grossesse.

C’est vrai qu’aucun parent n’aimerait se retrouver dans cette situation, même si l’auteur de la grossesse de sa fille jouit de toute sa confiance. Les géniteurs de Mathé firent cependant bon cœur contre mauvaise fortune. Ils attendaient calmement que Frédéric vint leur annoncer officiellement ce qu’il avait fait en cachette et surtout, qu’il leur précisât la nature des relations qui le lieraient dorénavant à leur fille. Dans leur esprit il ne faisait pas de doute qu’en Frédéric, Mathé avait trouvé son époux.

Trois ou quatre mois passèrent et Frédo n’annonça rien à ceux qui se prenaient déjà pour ses beaux-parents. Du reste, ses visites s’espaçaient, devenaient rares. Les parents s’en inquiétèrent et posèrent la question à Mathé. Elle resta évasive. Ils insistèrent. Mathé précisa que Frédéric était devenu bizarre. On lui demanda de le faire venir. Il se présenta deux jours plus tard. Les parents lui posèrent la question. Il hésita, bafouilla, mais ils finirent par comprendre qu’il refusait d’endosser la paternité de la grossesse.

Ce jour-là, les parents de Mathé firent preuve du plus parfait sang-froid, ce qui leur évita d’être des assassins. Frédo l’avait compris. Il détala sachant qu’il venait d’échapper à une mort brutale. Mais l’histoire ne prend pas fin ici. Peu de temps plus tard, la petite sœur de Mathé disparut de la maison. Durant plus d’une semaine on la rechercha partout en vain. Un jour, l’une de ses amies vint prévenir la maison que la petite sœur se trouvait chez Frédéric. On ne la crut pas, mais on voulut tout de même vérifier.

Les envoyés de la famille se rendirent une nuit chez Frédéric et l’on trouva la petite sœur, un simple pagne noué autour de la poitrine en train de faire la cuisine. On la fit rentrer de force à la maison pour constater quelques semaines plus tard qu’elle aussi était enceinte du même Frédéric. Je vous laisse tirer les conclusions d’un pareil désordre.

Sakré Chédou OUEDRAOGO | Sidwaya

14 décembre 2007