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Untitled-4.jpgExcédés par la violation de leurs droits, des travailleurs maliens ont déclenché le 13 février une grève illimitée dans le grand restaurant parisien “La Grande Armée”. Loin d’être inhabituel, ce genre d’événements est fréquent en France. Ce sont des personnes qui répondent à toutes les conditions de travailleurs réguliers : ils paient des impôts et sont assujettis aux charges sociales.

Ceux qui se sont révoltés dans “La Grande Armée” sont d’origines malienne et sénégalaise. Ils ont été embauchés en toute connaissance de cause par la direction du restaurant qui est situé sur l’avenue de la grande armée à deux pas des Champs Elysées. Pour trois d’entre eux, la direction aurait demandé en 2003, en 2005 et fin 2007 qu’ils changent leur nom. La Sécurité sociale française leur aurait fait savoir que leur numéro de sécu n’existait pas. Cuisiniers, plongeurs, barmans mais aussi chargés du nettoyage et tout cela à la fois… Sans eux, le restaurant ne pourrait pas tourner et la direction engrange de substantiels profits. Pourtant leur condition de travail est déplorable.

En 2007, un cuisinier a travaillé 11 heures pendant 4 mois sans prendre de congés et sans pause. Les deux jours de congés hebdomadaires sont bien souvent réservés aux heures supplémentaires, au motif bien connu “travailler plus pour gagner plus”. Ces heures supplémentaires, quand elles sont payées, le sont à part. Les plannings bougent tous les jours, parfois le matin pour l’après midi.

Pour prendre leur mois de congés payés, ces travailleurs sont obligés de démissionner. De retour au restaurant, la direction diminue leur salaire pendant deux à trois mois et leur fait signer un nouveau contrat de travail. Il en est de même quand ces travailleurs sont mutés d’un restaurant du groupe à un autre. Pendant le service, il n’y a pas de pause pour manger et quand c’est possible, cela se fait toujours debout en travaillant. L’achat de la tenue de travail est à leur charge ainsi que son lavage.

Comme les autres travailleurs “sans papiers”, ceux du restaurant “La Grande Armée” ont des fiches de paye et la plupart payent des impôts. Tous cotisent aux caisses d’assurance maladie, aux Assedic et à la retraite. Seraient-ils si corvéables s’ils étaient en situation régulière, si ne planait pas sur eux la menace de perdre leur travail et d’être reconduits dans leur pays d’origine ? Certains d’entre eux sont là depuis de nombreuses années.

Soutenus par le syndicat CGT et l’association “Droit devant”, ils ont entamé depuis onze heures le mercredi 13 février une grève illimitée pour leur régularisation.

Ces travailleurs comme des dizaines de milliers d’autres “sans papiers” travaillent depuis des années dans ces métiers que le gouvernement français appelle “métiers en tension” (restauration, bâtiment, nettoyage…), qu’il veut maintenant réserver aux travailleurs des pays de l’Est qui viennent d’intégrer l’Union Européenne.

Ces métiers sont dits “en tension” alors que ces travailleurs “sans papiers” sont déjà derrière les fourneaux, au pied de la grue, ou à nettoyer les bureaux…

Et c’est ainsi que la France, patrie des droits de l’Homme, traite les étrangers “sans papiers”. Ces personnes sont pourtant victimes d’une situation administrative et non des criminels.

D. Rostini

Correspondant à Paris / Républicain du 15 février 2008