Partager


On dit tellement de bien du rôle de la France en Afrique. Mais évidemment, la Françafrique, comme je vais vous l’expliquer, ce sont des Français et des Africains. C’est une association des Français et des Africains. Donc, évidemment, il y a des Africains qui jouent un rôle important dans le système de domination, de pillage que je vais décrire. Mais on vous dit tellement de mal des responsabilités africaines que ce n’est pas la peine que j’en rajoute là-dessus, vous êtes déjà au courant.

La Françafrique, c’est comme un iceberg. Vous avez la face du dessus, la partie émergée de l’iceberg: la France meilleure amie de l’Afrique, patrie des droits de l’homme, etc. Et puis, en fait, vous avez 90% de la relation qui est immergée: l’ensemble des mécanismes de la domination en Afrique avec des alliés africains.
Pourquoi ce choix de De Gaulle de sacrifier les indépendances africaines à l’indépendance de la France?


Il y a quatre raisons :

La première, c’est le rang de la France à l’ONU avec un cortège d’Etats clients, qui votent à la suite.
La deuxième, c’est l’accès aux matières premières stratégiques (pétrole, uranium) ou juteuses (le bois, le cacao, etc.)

La troisième, c’est un financement d’une ampleur inouïe de la vie politique française, du parti gaulliste d’abord, et puis de partis dits de gouvernements, à travers des prélèvements sur l’aide publique au développement ou la vente des matière premières.

Et puis, il y a une quatrième raison, que j’ai repérée un peu plus tardivement, mais qui est aussi très présente: c’est le rôle de la France comme sous traitante des Etats- Unis dans la guerre froide, pour maintenir l’Afrique francophone dans la mouvance anti- communiste, contre l’Union soviétique. Donc, pour ces quatre raisons, on met en place un système qui va nier les indépendances. Et c’est là que le peuple français a été roulé.

Parce que, après la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, quand on a demandé aux Français par référendum : « Est- ce que vous voulez tourner la page de la colonisation, tourner la page de plusieurs siècles de domination et de mépris de l’Afrique? » Les Français ont voté oui à 80%.

Cela voulait dire que : « oui, on a fait des saloperies, mais il faut en finir; on tourne la page et on veut traiter avec ces pays comme avec des pays indépendants. Or, vous allez le voir, on a mis en place non seulement un système néocolonial mais une caricature de néocolonialisme. »

Comment- on recrute ces gouverneurs?

Des gouverneurs à la peau noire, c’est très pratique, parce qu’on a l’impression d’avoir des Etats indépendants, mais en fait ils ont des présidents français, ou tout comme.

Un certain nombre d’entre eux ont la nationalité française, et plusieurs, même sont tous simplement des membres des services secrets français. Omar Bongo le reconnaît. Il appartient aux services secrets français. La manipulation est assez formidable: on avait des gouverneurs à la peau blanche, ce qui est un peu gênant pour faire croire à des indépendances; et puis là, on recrute des gouverneurs à la peau noire.

Comment fait- on pour recruter ces gouverneurs. Il y avait un mouvement indépendantiste exceptionnel au Cameroun, l’UPC, mené par un personnage de la dimension de Mandela, qui s’appelait Ruben Um N’yobé.

Ce mouvement, qui avait la confiance des populations camerounaises, luttait pour l’indépendance. Il a été écrasé entre 1957 et 1970 dans un bain de sang digne de la guerre du Vietnam, qui a fait entre cent mille et quatre cent mille morts, une centaine d’oradour sur -glane… cela ne figure dans aucun livre d’histoire. On a fait l’équivalent de la guerre d’Algérie au Cameroun ; on a écrasé un peuple, détruit une partie de ce pays.

Et puis ensuite on a eu recours à l’assassinat politique. Il y avait des leaders élus, de vrais représentants de leur peuple comme Sylvanus Olympio au Togo. Eh bien , quatre sergents chefs franco-Togolais revenus de la guerre d’Algérie, après la guerre du Vietnam, on fait un Coup d’Etat avec l’appui de l’officier français qui était soi-disant chargé de la sécurité d’Olympio : ils ont assassiné ce président le 13 janvier 1963.

En Centrafrique, vous aviez un homme d’Etat très prometteur, Barthélemy Boganda: il est mort dans un accident d’avion extrêmement curieux.
Le jour où le Nigérien Hamani Diori a voulu vendre son uranium ailleurs qu’en France, il a été déposé instantanément.

Quant aux Comores, il y a eu deux chefs d’Etat assassinés et un certain nombre d’autres déposés par Bob Denard et ses mercenaires.

Pour le reste, on a procédé à la fraude électorale de manière massive: on retrouvera ça un peu plus tard. On a écarté des candidats qui représentaient vraiment l’opinion de ces pays en promouvant des gens tout à fait dévoués à la cause française.

Un seul a résisté, Sékou Touré en Guinée. Mais il a subi en l’espace de deux ou trois ans tellement de tentatives de coups d’Etat et d’agressions de la part de Foccart qu’il a fini par imaginer de faux complots et par devenir paranoïaque.

Vers la fin de sa vie il s’est réconcilié avec Foccart. Donc, à part la Guinée de Sékou Touré, l’ensemble des ex-colonies Francophones ont été embarquées dans un système avec un certain nombre de chefs d’Etat auxquels on disait en contre partie de leur soumission « servez-vous dans les caisses publiques confondez l’argent public et l’argent privé, bâtissez-vous des fortunes« .

Un certain nombre ont pris ça au mot et ont constitué des fortunes égales à la dette extérieure de leur pays. Mobutu, Eyadema, Moussa Traoré, etc. « Confondez l’argent public et l’argent privé, enrichissez-vous, mais laissez votre pays dans l’orbite française, laissez-nous continuer de prélever les matières premières à des prix défiant toute concurrence et de détourner une grande partie des flux financiers qui naissent de là. »

Rassemblés par Amy SANOGO

Sources de la Françafrique à la Mafiafrique

25 Aout 2008