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La production d’électricité était déjà affectée par la mauvaise pluviométrie de l’année dernière. L’embargo de la CEDEAO ne pouvait qu’aggraver la situation

jpg_un-15.jpg Si l’embargo total décrété par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) perdure, les difficultés que connaît la société Energie du Mali (EDM), vont s’aggraver. Celle-ci se retrouvera même dans l’incapacité d’assurer la fourniture du service d’électricité. En effet, la société assure que dès lundi prochain, si l’approvisionnement en carburant n’est pas rétabli, Bamako et 14 autres localités interconnectées vont subir de durs délestages. Pour expliquer ce scénario catastrophe, les responsables d’EDM évoquent l’impossibilité d’alimenter les centrales thermiques en combustible. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Le coup d’Etat et les sanctions qui l’ont suivi ont perturbé les activités économiques dans notre pays.

Les circuits financiers, notamment le système bancaire, le transport ont été mis à mal par l’arrêt du travail, mais surtout la réaction des pays par lesquels transitent les marchandises importées dans notre pays. Cette situation a fortement affecté Energie du Mali dont une large part de l’activité commerciale dépend de la disponibilité d’intrants, notamment les hydrocarbures. Pour maintenir le service minimum, EDM a envisagé des mesures d’urgence dont la première phase a consisté à procéder à des délestages pendant le jour. Ce scénario 1 permettait, grâce aux centrales thermiques de reprendre la fourniture d’électricité la nuit à Bamako et dans les 14 autres localités sur le réseau interconnecté alimenté par les productions hydro-électriques des barrages de Sélingué, Manantali et Sotuba. Malheureusement au regard de la mauvaise pluviométrie de l’année dernière et du remplissage incomplet des lacs de retenue, les installations hydroélectriques ne peuvent plus tourner à plein régime. Ainsi la production qu’elles assurent ne couvrent qu’une infime partie des besoins énergétiques du pays.

Ce premier scénario nécessitait un volume de combustible de 440 000 litres, soit une enveloppe financière d’environ 222 millions de Fcfa par jour. Mais l’objectif d’une réduction de la consommation énergétique voulue par EDM durant cette période n’a pas eu les effets escomptés. Les activités économiques redoublaient une fois l’électricité rétablie la nuit. Ce qui a eu comme conséquence de faire grimper la consommation de 180 à 207 Méga-Watts. « La situation est dramatique. La crise a engendré un ralentissement des activités économiques dans tous les secteurs et l’impossibilité des transactions bancaires induit une baisse drastique des activités commerciales de la société », explique un responsable d’EDM, ajoutant que les recouvrements de la société sont en chute libre. Il faut dire que la société trouve inopportun d’exiger des usagers en cette période de service dégradé quand bien même c’est le règlement des factures qui permet à la société de pouvoir assurer sa mission de service public.

La situation aurait cependant été gérable n’eut été l’entrée en vigueur de l’embargo de la CEDEAO qui a privé les société Ben and Co, Total et SOMAPP, les principaux fournisseurs d’EDM, de leurs sources d’approvisionnement en hydrocarbures. Aujourd’hui, les stocks de combustible s’épuisent. Pas de combustible, des installations hydroélectriques fonctionnant au ralenti, faut-il alors croire qu’il n’y a aucune solution à la situation ? La société Energie du Mali n’envisage pas de couper complètement l’électricité. Mais elle est en train de mettre au point un plan B. Ce second scénario consiste à procéder à des délestages de jour comme de nuit. Les abonnés auront le courant seulement un jour sur deux. Et cela le jour comme la nuit. Les zones dites stratégiques comme les hôpitaux, les centres de santé et certains édifices publics seront épargnés de cette mesure d’austérité énergétique. Ce service minimum nécessite un volume de combustible de 410 000 litres.

Cette disposition sera complétée par la production des barrages hydroélectriques dont les capacités de production ne peuvent dépasser un tel service. Les responsables d’EDM assurent que dans la situation actuelle, les outils de production sont là, mais qu’il manque de combustible. Les délestages vont également affecter considérablement la fourniture d’eau potable dans les ménages car la production et le transport de l’eau potable dans les foyers sont tributaires du réseau EDM. Les installations de la Société malienne de patrimoine de l’eau potable (SOMAPEP) et de la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP) sont dépourvues, pour le moment, d’un dispositif de production énergétique qui réduirait leur dépendance aux réseaux EDM.

Seul un règlement diligent de la situation socio-politique actuelle pourrait éviter à notre pays un scénario catastrophe. Espérons que les actions entamées par les ministères de l’Energie et de l’Eau, de l’Economie et des Finance, de l’Equipement et des Transports et la direction générale d’Energie du Mali portent fruit. Déjà le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) aurait promis une subvention journalière d’environ 500 millions de Fcfa pour soutenir les efforts envisagés.

Lassine Diarra

L’Essor du 6 avril 2012