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Dans un article intitulé « Foulalaba dans le cercle de Bougouni : le feu couve entre Miniankas et Peuls », paru dans le Républicain N°2399 du mardi 29 mai 2007, nous avons attiré l’attention de l’administration malienne sur des événements dramatiques. Mais malheureusement, cela est devenu une habitude. Les autorités maliennes ont choisi de jouer le rôle de sapeurs pompiers pyromanes.

Elles n’agissent plus pour préserver la paix. Mais pour pleurer les morts et présenter les condoléances au nom de l’Etat malien. Sinon comment comprendre qu’aucune haute autorité ne soit intervenue depuis six mois pour ramener le calme dans le village de Foulalaba où des Maliens sont expulsés des terres maliennes par d’autres Maliens, pour le fallacieux motif qu’ils ne seraient pas originaires de la localité.

De peur que Foulalaba ne soit un précédent regrettable, le ministre en charge de l’administration territoriale et des Collectivités locales et celui en charge de la sécurité intérieure doivent rapidement trouver une solution au problème.

Le 29 mai 2007, le Républicain avait publié à sa une un article qui rapportait : « Gros cultivateurs installés depuis dix ans dans la localité de Foulalaba, les allogènes Miniankas ne sont plus les bienvenus. En ce début d’hivernage et sans motif valable, des habitants de Foulalaba, aidés par quelques ressortissants résidents à Bamako, viennent d’ouvrir la chasse aux paysans Miniankas« .

Situé à environ 80 kilomètres de Bougouni, sur le tronçon Bougouni-Manakoro, dans la commune rurale de Garalo, la localité de Foulalaba a perdu sa sérénité habituelle depuis des mois. Selon les nombreux témoignages recueillis sur le terrain par nos soins, à l’approche de l’hivernage 2007, quelques habitants de Foulalaba, notamment les responsables des jeunes, jouissant de la bénédiction de trois ressortissants du village, installés à Bamako, ont réitéré leur menace de faire déguerpir les paysans Miniankas des terres qu’ils cultivent depuis 9 ans pour nourrir leurs familles et se mettre à l’abri de la pauvreté et de la misère.

Siaka Dembélé, paysan originaire de Zangasso (Koutiala) et installé à Foulalaba depuis 9 ans, avait affirmé qu’ils ont couru voir le chef de village, parce qu’ils ignoraient la motivation des jeunes et de leurs mentors à Bamako que sont : le capitaine Oumar Sangaré, magistrat militaire, secrétaire général du chef d’Etat-major de la garde nationale ; Yaya et Seydou Sangaré, tous commerçants à Bamako.

A l’époque, ni cette démarche auprès du chef de village, ni celle initiée auprès du sous-préfet de Garalo n’ont porté fruit. Alain Dembélé, sous-préfet de Garalo, malgré sa volonté de trouver une issue heureuse à ce problème qui ne devait pas exister, s’est trouvé confronté au refus des ressortissants de Foulalaba d’entendre raison. « Quand j’ai essayé de leur faire comprendre que leurs exigences de chasser des Maliens comme eux d’une portion du territoire national n’est pas à encourager, ils m’ont accusé de vouloir faire la part belle à des citoyens maliens qui seraient de mon ethnie. Et depuis, ils ont abandonné mes locaux« , a-t-il déclaré.

Grave, la proposition du préfet de Bougouni d’organiser une rencontre intercommunautaire a été boudée par les ressortissants de Foulalaba qui ont opté pour la voix judiciaire, comptant sur des accointances dans l’appareil judi­ciaire.

Et le 17 avril 2007, l’affaire qui oppose les paysans allogènes Miniankas aux autochtones peuls de Foulalaba prend une tournure dangereuse pour la cohésion qui a toujours existé entre les Maliens de diverses origines.

Ce jour là, Satigui Traoré, juge de paix à compétence étendue du cercle de Bougouni, en absence de toute urgence a rendu une ordonnance en référé d’expulsion des allogènes Miniankas. Et cette décision a pris tout le monde de court.

Sans attendre la rédaction de la minute, les va-t-en guerre de Foulalaba, dès le 18 avril 2007, ont commis l’étude de Me Sana Yalcouyé, huissier de justice à Bougouni pour exécuter les extraits de l’ordonnance du juge de la localité.

Et depuis, le 18 avril 2007, la décision du juge de Bougouni avait mis 39 familles de paysans allogènes Miniankas, soit 389 personnes (femmes et enfants) sur les pistes, au moment de notre passage.

Mais depuis quelques jours, la non prise en main de ce dossier par l’administration centrale malienne a encouragé les autochtones de Foulalaba à passer à une expulsion massive des Miniankas.

Le regain de tension depuis quelques jours à Foulalaba exige aujourd’hui une intervention de l’Etat malien. On ne le dit pas souvent, mais la réalité est que tous les drames qui se sont produits un peu partout au Mali depuis quelques années ont bénéficié du silence de l’administration.

L’Etat à travers l’administration doit rapidement intervenir à Foulalaba pour éviter au Mali un autre drame après celui de Yéréré et celui plus récent qui s’est produit à la frontière entre le Mali et la Guinée.

Assane Koné

08 août 2007.