Partager


Le Centre Djoliba de Bamako a abrité samedi 5 avril 2008 une conférence de presse organisée par l’Association TEMEDT composée des Touarègs noirs du Nord du Mali. Cet entretien avec la presse avait pour but de faire le compte rendu du forum de l’Association tenu à Gao du 29 au 31 mars 2008.

Ont pris part à ce forum plus de 1500 délégués venus de toutes les régions du pays. Cette rencontre a vu également la présence des délégués venus des associations soeurs de TIMIDRIA du Niger, de SOS Esclaves de Mauritanie et de Anti-Slavery International de Londres.

La conférence de presse était animée par M. Mohamed Ag Akeratane, président de l’Association TEMEDT, assisté par son vice-président Ibrahim Ag Idbaltanat et des autres membres du bureau exécutif. Etait présent aussi le représentant SOS Esclaves Mauritanie, M. Biramould Dahould Abeid.

L’OBJECTIF DU FORUM

Selon le président de l’Association, ce forum a pour objectif de renforcer le lien international communautaire des Touarègs noirs du Nord en vue d’une union exceptionnelle de toute la diversité culturelle de cette ethnie. Il s’agit bien d’une synergie d’actions pour la défense des droits humains de cette couche sociale.

D’une façon générale, l’association a pour rôle essentiel la consolidation de la paix, le développement, la promotion et la protection des droits humains. Par ailleurs, cette action est le fruit d’une prise de conscience des conséquences de la pire forme d’esclavage que connait à présent notre pays pourtant cité comme exemple d’un pays de droit et de démocratie.

Le président dira qu’au cours de cette rencontre, plusieurs questions ont été abordées. Il s’agit des questions qui ont trait au développement du nord avec notamment le retour de la paix. Il y a eu également la signature des résolutions et recommandations issues du forum avec des motions de remerciements à l’endroit de l’ensemble des participants.

La question phare évoquée qui préoccupe autant l’association est celle de l’esclavage transcendante que les Touarègs noirs subissent de la part des Tamachèques avec notamment quelques cas concrets.

EXEMPLES D’ESCLAVAGE

Trois exemples de pire esclavage ont été signalés lors de cet forum tenu à Gao. Le cas le plus choquant et odieux est celui de Iddar Ag Ogazide né vers 1973 à Tinahauma, cercle d’Ansongo, région de Gao.

Après plusieurs années de souffrance attroce avec souvent des violences physiques mortelles et d’impuissance face à tant de violences et d’humiliations par son maître Erzaghi Ag Baye, il est arrivé à s’échapper avec sa femme en laissant derrière eux leur enfant de 3 ans, pour aller se refugier à Gao.

Arrivé à Gao, où il est allé à la Gendarmerie pour porter plainte, il fut verbalisé à 2000 F CFA. Par peur de retrouver son maître, il a voulu attendre sur place pendant 15 jours. Sans voir son maître, il retournait à la gendarmerie avec la plainte et il lui a été demandé de payer encore 5000 F pour une autre plainte.

Pendant ce temps son maître était à Gao en compagnie du maire de Djebok son complice et a passé aussi à la gendarmerie sans pour autant été arrêté. Selon les conférenciers, voilà autant de complicité avec les autorités administratives de la localité qui ne font rien contre ces injustices avérées. Des violations d’ailleurs qui déshonorent l’état de droit.

En plus de ce cas, ceux de Tamtchi et de Moumou Ag Tamou restent aussi impunis jusqu’à présent. Pour le premier cas, une plainte a été déposée depuis le début de l’affaire à la gendarmerie et à la justice de Ménaka. La plaignante, Mme Tatché, soeur du défunt, réclame justice mais reste encore sans réponse.

Jusqu’à ce jour, le juge de Ménaka continue de soutenir qu’aucune plainte n’a été déposée alors qu’il a participé aux poursuites pour récupérer les enfants enlevés et une plainte a effectivement été déposée suite à la blessure de Ekadaye. Si Tamtchi est actuellement en liberté, les autres enfants enlevés sont encore en esclavage chez des soi-disant maîtres.

Le dernier cas est celui d’un enlèvement d’enfant âgé de 3 ans. En démissionnant de leur boulot, la police et la gendarmerie de Kidal demandèrent aux parents de mener leur enquête enfin de les informer.

Dans la situation actuelle, le comportement de ceux qui sont chargés de rendre justice ou d’aider à mettre chacun dans ses droits est autant désespéré que celui des victimes. L’Association a demandé qu’une autre demande soit déposée devant le juge, dans l’espoir qu’un jour, force restera à la loi !
QUE DEMANDE L’ASSOCIATION TEMEDT?

La question que l’Association se pose est que l’Etat doit-il rester muet face aux injustices d’esclagistes considérées comme un crime contre l’humanité? Néamoins, selon le conférencier leur combat restera toujours celui de sauvegarder les générations futures.

Quant au représentant SOS de Mauritanie, le problème d’esclavage n’est pas l’affaire d’une seule communauté ou nation, mais un problème d’injustice humanitaire. Aussi, la démocratie n’est pas que de vote mais la légalité des citoyens.

Les états doivent donc respecter les normes internationales et les conventions pénales de l’enfance respectivement ratifier. Par conséquent, l’association demande que justice soit rendue, que les préjudices soient réparés.

Elle souhaite aujourd’hui multiplier les actions de sensibilisation et de formation de leur personnel avec la complicité des auxilliaires de justice et des marabouts afin de pouvoir un jour atteindre l’abolition de l’esclavage dans le pays.

A présent, l’Association compte déposer une proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée Nationale pour l’adoption éventuelle d’une loi contre l’esclavage.

UN SOUTIEN A LA PAIX

Au cours de ce forum, les participants ont salué les actions de négociation entreprises par l’Etat pour une paix définitive au nord, tout en gardant l’espoir des actions de développement du Nord du pays. Ils demandent enfin à l’Etat de condamnation rigoureuse de l’esclavage et la punition des auteurs et de leurs complices.

Hady BARRY

07 avril 2008.