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Malgré quelques couacs dans l’organisation, allégrement relégables au second plan face à l’enjeu du moment, les concertations régionales de Gao ont tenu toutes leurs promesses. Le niveau et la qualité de la participation, les recommandations qui en sont issues, ainsi que l’avis des autorités initiatrices en sont les meilleures preuves.

Tenu du 30 novembre au 1er décembre derniers, le forum régional de Gao a enregistré plus de 600 participants venus de tous les cercles de la région et représentant les diverses couches de la société. Ayant été précédé par les forums locaux au niveau cercle, la rencontre de Gao a pu être conduite de manière relativement aisée et diligente.

En effet, au deuxième et dernier jour de l’événement, aux environs de 17 h déjà, tout était fin prêt pour la lecture du rapport général provisoire et la cérémonie officielle de clôture. Présidée par le Ministre délégué chargé de la Décentralisation, celle-ci aussi fut brève et simple bien qu’empreinte de symbolique, d’émotion et d’interpellation : « qu’enfin les choses changent dans la bonne direction, que l’Administration soit réinstallé en urgence et assainie, que les forces de défense et de sécurité soient redéployées et renforcées, que les exilés rentrent dans les conditions les meilleures, que les peines des résidents assiégés soient prises en compte, que la jeunesse trouve son emploi pour échapper à la tentation, que le dialogue national se poursuive dans d’autres cadres intra et intercommunautaires, que les femmes et les jeunes soient davantage impliqués dans la prise de décision, que les autorités traditionnelles soient dûment réhabilitées, que la régionalisation soit effective, sans délai, avec les transferts attendus ».

Sans être un résumé exhaustif des préoccupations exprimées par les populations, ces morceaux choisis du discours de clôture de Malick Alhousseïni Maïga illustrent à la fois les « sermons de colère contre un Etat qui fut absent, à un moment fatidique » et aussi des « cris de cœur pleins d’espoir ». Si ces ressentiments ont pu être contenus face à la tentation de « stigmatisation d’une communauté pour les agissements de quelques égarés », il n’en demeure pas moins qu’ils semblent désormais se présenter comme les préalables pour que la « nation malienne se réconcilie avec elle-même ». Raison pour laquelle « le Gouvernement travaille à ce que triomphe le bon droit, que la justice soit rendue sainement au nom du peuple malien, et qu’il n’y ait plus d’impunité ».

Propos de ministre, qui vaut profession de foi ! Ainsi, le premier forum régional a vécu et a jeté les bases pour la tenue de ceux à venir à Tombouctou et à Kidal. Pour cette réussite, Malick A. Maïga s’est réjoui de l’hospitalité réconfortante des populations de Gao, avant de remercier les membres du comité de pilotage et leurs appuis locaux, sans oublier les partenaires que sont les Coopérations allemande et néerlandaise et, bien sûr, la MINUSMA (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali).

Mentions spéciales: Coup de cœur pour les ministres ressortissants de la région

De sources généralement bien informées, dans le cadre de la tenue du forum régional de Gao, invitation a été adressée à tous les cadres de la région occupant, ou ayant eu à occuper, des hautes fonctions dans l’Administration d’Etat. De tous, 3 seulement ont répondu présent : les anciens ministres Madame Ichata Alwata Sahi, Mohamed Elmoctar, Abdourhamane Oumarou Touré. Aux côtés d’un autre ancien ministre, Mohamed Alhousseïni Touré, président du Comité de pilotage du forum, de l’actuel ministre délégué à la Décentralisation, Malick Alhousseïni Maïga, et d’un simple haut fonctionnaire mais valeureux cadre de la région, Alhousseïni Brétaudeau, leur présence a donné un éclat particulier à l’événement en mettant en exergue cette vieille connotation qui est aujourd’hui plus que d’actualité au Mali : « le développement local est avant tout l’affaire des enfants du terroir ».

Hommage renouvelé aux femmes et jeunes de Gao

« Qu’il me soit permis encore d’exprimer ma sympathie pour les courageuses femmes et valeureux jeunes de Gao. Le martyre et la bravoure de la cité des Askia sous l’occupation seront consacrés en lettres d’or dans la mémoire nationale ».

« Un impératif à la réconciliation : le Gouvernement doit tenir compte des aspirations des populations », dixit Elhaj Samba Maïga

Au temps fort de l’occupation du Nord du Mali par les hordes terroristes, tout le monde se souvient du rôle cardinal joué par ce qu’on a appelé alors le cadre de concertation de Gao. Constitué de notables de la région, il avait été mis en place deux bonnes années avant ces événements douloureux essentiellement pour gérer les situations de conflits qui naissaient consécutivement aux fréquents vols de bétail.

Avec le retrait de l’Etat face aux assaillants, il s’est mué en cadre de concertation de crise pour être le principal interlocuteur des nouveaux « maîtres des lieux ». L’un de ses membres, en la personne d’Elhadji Samba Maïga, a longuement témoigné au cours du forum régional de Gao. 22 Septembre l’a rencontré en aparté pour, au-delà de ses souvenirs de cette période sombre de l’histoire du Mali, évoquer avec lui les attentes, espoirs et défis de la réconciliation nationale dont la rencontre de Gao se veut un tremplin.

22 Septembre : Quels sont vos impressions sur le processus de la réconciliation en cours et quels sentiments vous animent au sortir de ces rencontres de Gao ?

Elhadji Samba Maïga : Tout d’abord, je vous remercie de l’honneur que vous me faites. Je souhaite que Dieu fasse en sorte que de notre rencontre sortent des prémices du bonheur et des bonnes œuvres. Je prie le Tout-puissant de me permettre de répondre correctement à vos questions, que je dise les choses de la façon la plus juste possible et je ne déforme ni n’édulcore aucun des faits que je vais évoquer à cette occasion.

J’avoue que le forum local du cercle aussi bien que celui régional de Gao étaient plus que nécessaires et, à mon avis, ils devaient même se tenir avant les assises de Bamako. Mais comme on a coutume de le dire, pour une bonne cause, mieux vaut tard que jamais. Ceci dit, à travers ces rencontres, l’Etat a fait en sorte que les ressortissants de tous les quatre cercles de la région puissent réfléchir ensemble et se concerter afin de trouver les solutions idoines aux difficultés qui assaillent le Mali.

ne peut être qu’une heureuse initiative et une très bonne approche. C’est simplement à l’image de la famille par exemple : si vous prenez l’habitude de réunir les membres de votre famille pour échanger et partager par rapport à votre vécu, tout ce qui en découle par la suite en termes de résultats, positifs ou négatifs, est assumé par tous.

Par contre, si vous les tenez à l’écart et décidez tout seul de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, en cas d’égarement de quelque nature que ce soit, c’est votre responsabilité à vous seul qui sera pointée du doigt, même si par ailleurs eux aussi pourraient y avoir leur part. C’est pourquoi, je pense que ce forum a été le bienvenu, et pour les populations, et pour les autorités. Cependant, il faudra faire la part des choses, en s’éloignant du mensonge et en privilégiant la vérité, si l’on veut, bien entendu, que la réparation recherchée soit la mieux réussie possible.

Qu’en est-il des attentes du forum après les ressentis, suggestions et autres points de vue que les uns et les autres aient pu exprimer ? Comment voyez-vous l’avenir ?

Je crois que durant ce forum, les gens ont pu dire tout ce qu’ils ont sur le cœur. Ils se sont également prononcés sur tout ce qu’ils pensent être la solution à nos maux, pour que le Mali retrouve la paix et la stabilité. En ce sens, de nombreuses requêtes ont été formulées à l’endroit de l’Etat. Et nous avons conscience que même si on peut tout demander à un père, il y a des choses que celui-ci peut faire et il y en a qu’il ne peut pas. Mais le Gouvernement, qui est interpellé, doit tenir compte des aspirations des populations. Il doit faire tout ce dont il a la possibilité dans les court et moyen termes, et prendre des engagements forts pour ce dont il n’a pas encore les moyens.

Par rapport à l’avenir, j’ai la conviction que tout rentrera dans l’ordre Inch’Allah ! Après tout conflit, il y a forcément réconciliation, même si les gens se sont entretués ! Les gens se battent et on leur demande de négocier, il n’y a aucune honte à cela.

Prenez l’exemple de la France et de l’Allemagne ! Déjà, si ce n’est pas Kidal qui persiste, nous sommes en train de tourner la page. Vous avez vu au cours de ce forum, il y a parmi nous des gens qui étaient réputés pour leur appartenance au MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), ils en étaient les ministres et autres. N’empêche qu’aujourd’hui, nous sommes assis à la même table. Ça veut dire que tout cela finira un jour comme si ça n’avait jamais existé !

Quelles sont, selon vous, les actions les plus urgentes pour une réconciliation véritable entre tous les fils de la nation après tout ce qui s’est passé ?

Vous savez, la toute première urgence qui ne doit pas attendre, c’est de faire la part des choses : pendant la longue absence de l’Etat ici, il y a des gens qui ont tenu la cité, il y en a qui ont posé divers actes répréhensibles. Le Gouvernement a donc le devoir et l’obligation d’arrêter les coupables de ces actes et de les traduire devant les tribunaux. Même si, par ailleurs, leur jugement peut ne pas être parfait et que, pour une circonstance atténuante ou une autre, ils soient relaxés par la justice, cela apaiserait quand même la colère des populations qui ont été, directement ou indirectement, victimes de leurs forfaitures.

Ensuite, le Gouvernement doit avoir compris que désormais, après ce qui s’est passé, les populations ne vont plus accepter la « discrimination » qu’elles ont subie durant 52 ans c’est-à-dire, le fait de privilégier un groupe ethnique par rapport à un autre qui est pourtant majoritaire. Il ne sera plus possible, parce qu’on ne l’acceptera plus, de continuer à « gâter » ces enfants-là même qui combattent la République au détriment de ceux qui la défendent de toute la profondeur de leur âme. Il faut que les Gouvernants changent de façon de faire et fassent prévaloir l’équité et l’égalité pour tous les fils de la nation. La paix durable est à ce prix !

Nous sommes tous, Noirs, Blancs, Rouges, enfants de ce pays et sommes obligés de vivre ensemble sur la terre commune de nos ancêtres. Enfin, il faudra veiller à ce que les enfants des régions du Nord, et particulièrement ceux de Tombouctou et Gao, soient suffisamment recrutés dans les rangs des forces de défense et de sécurité (armée, garde républicaine, gendarmerie, etc.). Parce qu’en cas des cas, seuls eux n’auront d’autre choix que de rester défendre leur terroir. Notre histoire récente est éloquemment édifiante à ce propos.

05 Décembre 2013.