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Le lundi 19 Janvier 2009, l’hôtel Azalaï Salam a servi de cadre à la cérémonie d’ouverture des travaux du Forum International de Bamako sur le Multilinguisme, présidée par le ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique, le Pr Amadou Touré, et qui a regroupé le Secrétaire Exécutif de l’Académie Africaine des Langues (ACALAN), M. Adama Samassékou, les représentants du Gouvernement fédéral d’Autriche, de l’OIF, de l’UNESCO, de l’Union Latine, de l’UEMOA, ainsi que des participants venus d’Afrique, d’Europe, d’Amérique, de l’Océan indien…

Tous les intervenants à la cérémonie ont passé en revue l’importance des langues dans le monde en général et dans la société en particulier. Selon les organisateurs, l’initiative de ce forum n’est pas fortuite : il constituel’une des activités majeures s’inspirant du cadre de la célébration de 2008 comme Année Internationale des Langues (AIL).

Le but de l’organisation de ce forum

Rappelons que depuis plusieurs années, l’ACALAN a envisagé un “Séminaire international sur le partenariat entre l’africanophonie, l’anglophonie, la francophonie, l’hispanophonie et de la lusophonie“, dont l’objectif primordial était d’échanger avec les différents acteurs concernés, sur la question des rapports entre les langues officielles européennes d’Afrique. Planifié pour 2006 (Année des Langues Africaines), ce séminaire a finalement été programmé pour se tenir durant l’Année International des Langues (AIL).

C’est dans cette perspective et dans le cadre du Réseau MAAYA (Réseau Mondial pour la Diversité Linguistique) que l’ACALAN a décidé d’organiser ledit forum à Bamako, en collaboration avec les partenaires cités et les Institutions internationales représentant les différentes aires géolinguistiques du monde,…

Le but de ce forum est à la fois de répondre aux objectifs du “Séminaire international sur le partenariat entre l’africanophonie, l’anglophonie, la francophonie, l’hispanophonie et de la lusophonie“ envisagé par l’ACALAN, et de constituer un élargissement de la perspective du séminaire de New York qui s’inscrivait dans le cadre de la célébration de l’AIL avec, comme préoccupations majeures (entre autres) : la conjugaison des efforts en vue d’initier des activités propres à renforcer le processus de promotion des langues et du multilingisme comme vecteurs des valeurs de la démocratie, des droits humains fondamentaux, de l’Etat de droit, de la paix et du dialogue dans le monde.

Pour le forum de Bamako, il s’agira surtout d’atteindre des objectifs : entre autres, identifier les enjeux politiques, économiques et culturels liés au statut des langues dans les organisations sous-régionales, continentales et internationales ; institutionnaliser un véritable partenariat entre les langues prenant en compte toutes les dimensions du multilinguisme ; et consacrer l’importance des langues comme vecteurs des valeurs de démocratie, de droits humains fondamentaux, de l’Etat de droit, de la paix et du dialogue dans le monde.

Il s’agira également de mettre l’accent sur la relation entre droits humains fondamentaux et droits linguistiques des Etats et des individus ; élargir la réflexion sur la diversité linguistique, en y associant les organisations de la société civile, pour les mobiliser et en faire des partenaires dans la sensibilisation pour le multilinguisme ; identifier et formuler des propositions de solutions à la problèmatique de la diversité des langues, de leur coexistence et de leur promotion au niveau national.

L’importance des langues

La diversité est source de richesse et de réinvention. Une société épanouie est une société sûre d’elle-même, qui réussit à fondre l’hétérogénéité linguistique et culturelle en une homogénéité de valeurs universelles. L’enracinement de chaque groupe social ou ethnique dans ses propres valeurs culturelles, loin de constituer une source de division, contribue plutôt à renforcer la mobilisation des forces sociales.

En effet, comme ne cessent de le dire les Anciens, il n’y a pas meilleure connaissance que la connaissance de soi-même. En d’autres termes, pour mieux comprendre l’autre, il faut d’abord se connaître soi-même. La compréhension mutuelle, d’abord au sein d’une même société, conduit à la cohésion sociale. Cet apprentissage acquis dans son milieu d’origine permet également une construction universelle.


D’où l’affirmation de David Crystal :
La diversité occupe une place centrale dans les théories de l’évolution ; car elle permet, à une espèce, de survivre dans des milieux différents. L’uniformisation présente des dangers pour la survie à long terme d’une espèce. Les écosystèmes les plus forts sont ceux-là mêmes qui sont les plus diversifiés. Si la multiplicité des cultures est une condition nécessaire pour un développement humain réussi, alors la préservation de la diversité linguistique est essentielle, puisque les langues écrites et orales sont le principal mode de transmission des clutures“.

L’ACALAN, quant à elle, reste convaincue qu’il ne saurait y avoir de diversité culturelle sans diversité linguistique. Dans un monde où les perceptions tendent de plus en plus à s’unifier, il faudrait lutter pour préserver davantage la diversité linguistique, donc culturelle, et ce, grâce aux technologies de l’information et de la communication, en particulier.

Etant au coeur des identités, les langues sont indispensables pour l’épanouissement des peuples, car c’est par elles qu’ils accèdent aux nouvelles connaissances. Par ailleurs, elles constituent des moyens de mesure du degré d’exercice de la démocratie. C’est pourquoi il est indispensable que dans tous les pays du monde, les valeurs universellement reconnues soient traduites dans toutes les langues et introduites dans les systèmes éducatifs.

Et le développement ne peut se faire que dans le respect des langues, des cultures, des arts, des croyances, des modes de pensée, c’est-à-dire ces particularismes qui créent l’harmonie et font la beauté d’un monde diversifié, multiforme, différent, mais uni. “La beauté d’un tapis tient à la diversité de ses couleurs“, disait Amadou Hampâté Bah.

De ce forum devraient donc sortir des propositions concrètes en faveur du multilinguisme, notamment un ferme engagement en sa faveur et un plan d’action pour sa mise en œuvre.


Moussa TOURE

21 Janvier 2009