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Au moment où notre pays traverse une double crise politique et sécuritaire caractérisée par une partition de fait du pays, le Parti pour la Renaissance Nationale (PARENA) vient d’ouvrir le débat politique sur la question des régions nord occupées depuis le 17 janvier 2012 par des groupes armés du MNLA et les jihadistes de Ansar dine. C’était dans le cadre d’un forum organisé hier jeudi 17 mai 2012 à l’hôtel Nord –Sud.

Étaient conviés à cette rencontre : les représentants des Institutions constitutionnelles, les députés et conseillers nationaux du nord, les leaders des confessions religieuses, les représentants des regroupements politiques constitués à la faveur du coup d’État du 22 mars 2012, les présidents des assemblées régionales, les présidents des conseils de cercle du nord, les représentants des syndicats et ONG, les représentants des associations de ressortissants du nord, des représentants du corps diplomatique accrédité au Mali.

Cette rencontre a été marquée par trois tables rondes à savoir : l’analyse critique des différents Accords que le Mali a signés avec les différents groupes rebelles ; Que faire face aux revendications du MNLA et de Ansar Eddine ? Et enfin la contribution de la communauté internationale à la résolution des crises du nord.

Pour animer ces différents thèmes, trois panels de conférenciers ont été constitués. Il s’agit respectivement d’anciens ministres de la République et anciens membres des mouvements rebelles comme Mohamed Ag Erlaf, Tiébilé Dramé ; le général Mamadou Diagouraga, ancien commissaire au nord ; Zeïdane Ag Sidalamine, signataire du Pacte national de 1992 pour le premier panel ; Ibrahim Ag Idbaltanat, président de l’Association Temedt ; Moussa Doudou Haïdara, membre du COREN ; de l’honorable El Hadj Baba Sandi Haïdara du collectif des élus du nord pour le deuxième panel.

Quant au dernier panel, il était animé par les représentants des corps diplomatiques et d’anciens ambassadeurs du Mali notamment Richard Zink de l’Union européenne, Zeïni Moulaye, Mohamed Mohamoud Ould Oumrany, tous anciens Ambassadeurs Mali. Dans son discours d’ouverture, le président du Parena, Tiébilé Dramé, a précisé que cette rencontre se tient dans un contexte d’impasse politique et institutionnelle particulièrement grave.

« Malgré l’extrême gravité de la situation sur le terrain et la cruelle impasse dans laquelle nous nous trouvons, nous avons l’obligation de ne pas céder au défaitisme et au découragement car partout dans les régions occupées, notre peuple résiste contre l’occupation et la répression qui en résulte», a-t-il martelé. L’intifada de la jeunesse des villes occupées illustre, à ses yeux, l’impasse dans laquelle se sont mis les groupes rebelles qui prétendent libérer des populations qui les perçoivent comme des occupants. Le Mali peut-il refaire son unité et retrouver sa cohésion ? Pourquoi, en dépit des différents accords de paix successifs, les rebellions renaissent sans cesse ? Qu’est ce qui n’a pas marché ? Le Mali peut-il s’en sortir seul ?

Quel peut être l’apport de la communauté internationale ? Quels sont les pistes de solution de sortie de crise ? Autant de questions auxquels les participants à cette rencontre ont donné des apaisements. Selon le général Mamadou Diagouraga, ancien commissaire au nord, il y a un problème de crise entre les différents acteurs de la mise en œuvre des différents Accords.

La déconvenue de l’armée depuis l’éclatement de cette crise est liée, à son avis, en grande partie à la mise en œuvre des accords qui ont demandé l’allégement et le retrait progressif des troupes du nord. Il a affirmé que l’armée malienne était mal équipée et moralement abattue. Ce qui, selon lui, a amené l’occupation rapide du nord par les groupes armées. Les forces armées ont levé le pied pour créer des zones d’insécurité, ce qui a permis aux forces rebelles d’occuper les lieux, répond le président du Parena.

C’est pourquoi, l’ancien Ministre Mohamed Ag Erlaf se demande quelle armée il faut pour le Mali face à cette situation. Selon Ag Erlaf les différents Accords ont péché dans leur mise en œuvre. Par exemple, en matière de décentralisation, il y a eu trois domaines transférés aux collectivités depuis 1999 contre 12 prévus dans le Pacte national de 1991. Selon Zeïdane Ag Sidalamine la mise en œuvre d’un accord est parsemée d’embûches et on ne peut pas accuser les différents Gouvernements de laxisme sur la question.

Le nord doit aller à sa propre auto critique, a dit M. Sidalamine avant d’ajouter que trois Premiers ministres de ATT sont des fils du nord. Pour Richard Zink, représentant de l’Union européenne, la crise au Nord n’est pas seulement une affaire malienne, elle touche tout le monde entier car elle met en danger non seulement la souveraineté nationale du Mali mais aussi celle des autres pays de la sous région. A cela s’ajoutent la violation des droits humains, les problèmes de démocratie et de développement.

Il a rappelé tous les programmes de développement que soutient son institution dans le nord de notre pays comme le PSDN, la route Gourma Rharouss Tombouctou, Bourem Gao etc. suspendus à cause de la rébellion. Pour le représentant des élus du nord, il n y’a pas d’issue possible que celle de la guerre. L’honorable El Hadj Baba Sandi Haïdara affirme que son collectif est favorable à une intervention des troupes de la Cedeao pour libérer le nord.

Une proposition qui n’est pas du goût de certains participants qui estiment que, hormis l’intégrité territoriale, la laïcité de l’État et sa diversité ethnique, tous les autres points sont négociables. Mais il faut négocier en position de force. L’implication des pays voisins, de la communauté internationale sont autant de propositions de sortie de crise que préconisent les participants de ce forum.

Abdoulaye Ouattara / Madiassa Kaba Diakité

18 Mai 2012