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Pour contester les politiques néolibérales, accentuées au Mali et ailleurs en Afrique par des privatisations sauvages, les militants alter mondialistes de l’Afrique de l’ouest, se sont donné rendez-vous au Mali pour la 7ème année consécutive. Ils ont préféré cette année la localité de Koulikoro symbole des villes africaines victimes des privatisations imposées à nos Etats par les puissances internationales.

Pour abriter les travaux de la 7ème édition du forum des peuples, les organisateurs de la rencontre, conduits par la Coalition des alternatives africaines, dette et développement (CAD-Mali), ont choisi cette année l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibou-gou, située à 7 km de la ville de Koulikoro.

Pour une cérémonie d’ouverture prévue pour l’après midi du dimanche 6 juillet 2008, les participants avaient commencé à rallier Koulikoro dès le samedi matin. La cérémonie d’ouverture qui a eu lieu dans l’Amphi-théâtre de l’IPR a donné le ton de la manifestation. A l’entrée de la salle, les officiels ont été accueillis dans une ambiance particulière.

Habitués aux haies d’honneur, ils ont été accueillis avec beaucoup d’hostilités par les travailleurs licenciés de la mine d’or de Morilla, de l’Huicoma et par les militants du mouvement des sans voix. Sur leurs banderoles, on pouvait lire des slogans comme : « Mouvement des sans voix/Réseau no. Vox : les droits des peuples d’abord », « les grévistes de Morila revendiquent leurs droits » et « Justice pour les travailleurs licenciés du Mali ».

Comme à l’extérieur, à l’intérieur, les différents intervenants sont restés dans le ton de l’évènement. Le groupe de Rap « Gnaboys » de Koulikoro, dans une très belle orchestration ont surchauffé la salle avec une chanson qui dépeint toute la souffrance d’une grande partie du peuple malien. Souleymane Ndiaye, maire de Koulikoro, a remercié les acteurs de la société pour avoir porté leur choix sur Koulikoro pour la 7ème édition du forum des peuples.

Il a estimé que Koulikoro, malgré toutes ses potentialités naturelles et humaines, n’échappe pas aux différents maux dont souffrent les populations d’un pays en voie de développement.

Entre autres maux, il a dénoncé la privatisation de l’Huicoma, la destruction de l’écosystème due à la pollution de l’eau d’une part et la pollution atmosphérique d’autre part, l’insécurité consécutive aux conflits dans certaines régions voisines. Mais, le maire a surtout dénoncé le fait que la fermeture de l’Hui-coma crée aujourd’hui une perte sèche de 750 millions de FCFA au niveau des recettes de la mairie.

De son côté, Bakary Berthé, Président de l’antenne CAD-Mali de Koulikoro, a estimé que la région regorge d’énormes potentialités sur le plan agricole ce qui fait qu’elle est le 3e fournisseur du pays en produits agricoles. Cependant, il a déclaré que cet aspect positif ne peut en aucune manière occulter les difficultés de la population du Mali en général et celle de Koulikoro en particulier.

Selon Berthé, entre autres difficultés, il faut retenir la liquidation de l’Huicoma, la seule huilerie du pays capable d’embaucher 1000 personnes. Il a aussi indiqué que l’IPR/IFRA de Katibou-gou créé pour former des cadres qui devront faire face au développement du Mali et de l’Afrique à travers l’agriculture est aujour-d’hui, à cause des politiques néolibérales, dans l’agonie..

« Nous devons nous mobiliser davantage pour dire non à toutes ces formes de politiques néolibérales qui contraignent les peuples des pays de l’ACP à leur déshumanisation et à leur dégradation », a-t-il souhaité. Avant d’inviter les participants à dire au G8 que les avantages de la mondialisation doivent profiter à tous les pays du monde et qu’ils ne doivent pas être une propriété exclusive des pays riches et une occasion pour écraser les Etats les plus faibles.

Il a exigé des pays riches qu’il a qualifiés de pilleurs que la dette ne soit pas une arme de domination, de destruction massive des personnes et que les efforts de sa réduction ne doivent pas se substituer à l’aide au développement.

Du reste, il a estimé que la dette a été déjà payée plusieurs fois. Le Président de l’antenne de la CAD-Mali à Koulikoro, a invité « les pilleurs » du G8 à démontrer par des actions concrètes que la pauvreté serait réduite de moitié avant l’an 2015 et non l’an 2147 comme indiqué par le Pnud. « Nous disons non à la politique d’ouverture des marchés régionaux de l’Afrique et à toutes formes de programme d’ajustement structurel », a-t-il conclu.

Pour sa part, Mme Barry Aminata Touré, Présidente de CAD-Mali et coordinatrice nationale de l’organisation du forum des peuples, a estimé que la justice sociale constitue un passage obligé et incontournable pour assurer une prise en charge endogène, durable et définitive de la problématique du développement dans le monde.

Pour cela, elle dira que depuis Mars 1998, la CAD-Mali s’est résolument engagée au niveau local, national et international, à dénoncer les politiques et pratiques néolibérales qui sont construites et entretenues par le G8 à travers leurs institutions et sociétés multinationales. Elle a annoncé que l’engagement est perceptible à travers l’organisation des différentes éditions du forum.

En 2002 et 2003, le forum a été organisé à Siby. En 2004, c’était environ 800 activistes qui se sont donné rendez-vous à Kita. En 2005, c’était la ville de Fana qui avait l’honneur de recevoir plus de 1000 participants dans le cadre du forum. En 2006 et 2007, le forum s’est déporté respectivement à Gao et Sikasso, deux capitales régionales du Mali.

Et cette année, en contrepoint du sommet du G8 qui se tient à Hokkaido pour discuter et prendre des décisions en ce qui concerne le développement mondial, environ 1000 alter mondialistes venus pour la plupart des Etats de l’Afrique de l’ouest et pour certains d’Europe, d’Asie et d’A-mérique Latine, se sont regroupés à Katibou-gou dans un forum des pauvres.

« Le G8 n’a d’autres priorités que la libéralisation des échanges, les reformes structurelles et les mouvements des capitaux », a estimé Mme Barry. Avant d’indiquer que cette démarche a pour conséquence la violation des droits humains, l’augmentation de la pauvreté et la misère dans nos pays.

« Et tant qu’ils ne changent pas leurs politiques et leurs pratiques anti démocratiques , le forum des Peuples continuera à les dénoncer », a-t-elle déclaré. Elle a rappelé que le forum des peuples met l’accent sur les thématiques portant sur les grandes préoccupations des peuples du Mali et d’Afrique, à savoir : les Programmes d’Ajustement Structurel, les privatisations, l’agriculture Africaine, les OGM, la dette, les APE et les industries extractives.

Mme Barry a souligné que la présente édition de Koulikoro renoue avec la tradition tout en marquant la différence à travers une intensification de vues sur l’audit citoyen de la dette, les industries extractives la transparence budgétaire, la Cherté de la vie, les droits humains.

« Cette année l’innovation est la création de l’espace jeunes et de l’espace femmes pour que ces deux groupes cibles puissent renforcer la communication au niveau des ateliers et pour recueillir des propositions initiées par eux-mêmes », a-t-elle déclaré.

Amadou Dougnon, di-recteur de cabinet du gouverneur de Kouli-koro, représentant le gouverneur a affirmé que les thèmes au programme de cette 7ème édition du forum des peuples, sont d’une importance capitale pour les économies et les populations de nos pays.

Ce sont : l’Afrique et la mondialisation néolibérale, l’Afrique comme champ d’essai des politiques et modèles de développement, la souveraineté alimentaire, la problématique de la dette, l’impact économique et environnemental de l’extraction de l’or au Mali.

Assane Koné

Envoyé Spécial

08 Juillet 2008