Partager

Pour porter la contestation contre l’attitude des 8 grandes nations du monde qui se réunies chaque année dans une rencontre dénommée forum du G8, sous la houlette de la coalition des alternatives africaines, dette et développement, les altermondialistes d’un certain nombre de pays de l’Afrique ont jeté leur dévolu sur la ville de Bandiagara pour la 8ème édition du forum des peuples. Le Mercredi 8 juillet 2009, au moment où les 8 grands du monde s’apprêtaient à ouvrir leurs discussions à Acquila en Italie, à Bandiagara, porte d’entrée au sanctuaire nature et culturel du pays Dogon, les représentants des pauvres du monde, victimes de leurs multiples décisions iniques et injustes, portaient la contestation de la plus belle manière.

C’est en présence des autorités régionales de Mopti, représentées par Balla Bamba, conseiller des affaires économiques et financières du gouverneur de région, dans une ambiance exceptionnellement culturelle que seule les dogons ont le secret, la huitième édition du forum des peuples a démarré aux environs de 16 heures au stade de Bandiagara. En plus des autorités administratives, politiques et coutumières de la région de Mopti, la cérémonie a enregistré la participation saluée de mme Aminata Dramane Traoré, tête de proue du mouvement altermondialiste international.

Après le mot de bienvenu de Sékou Mahin Tall, représentant des chefs de quartiers de Bandiagara qui a dénoncé l’attitude de l’Europe qui ferme ses portes aux jeunes africains, alors que sa responsabilité est entière dans les problèmes que vivent le continent, Ousseny Saye, maire de Bandiagara est intervenu pour dire que la situation de la cité de Nangabanou Tembely, légitime d’avantage la lutte de la CAD-Mali. Selon lui, malgré qu’il soit le deuxième cercle créé au Mali, après près de 50 ans d’indépendance de notre pays, reste confronté à un problème d’approvisionnement en eau potable, assainissement et urbanisation.

Pour sa part, mme Barry Aminata Traoré, coordinatrice générale du forum a indiqué que le monde entier traverse une crise globale sans précédent qui se caractérise par une crise financière et économique, une débâcle boursière comparable à celle de 1929, un effondrement du système bancaire, des dérégulations économiques, des spéculations financières sans précédent, une militarisation poussée de l’économie mondiale avec le renforcement des complexes militaro-industriels, des guerres énergétiques entre les puissances du monde néolibéral pour le contrôle des routes du pétrole et du gaz, la dépossession des pouvoirs politiques de leurs prérogatives de contrôle, une crise sociale, alimentaire et écologique.

«Le monde est en crise», a-t-elle déclaré. Avant d’ajouter que c’est une crise structurelle du capitalisme qui ne peut pas être traitée parle saupoudrage et les réformettes. Mais, elle a estimé que face à cette crise, c’est malheureusement des recettes incantatoires qui seront prescrites encore en Italie où le G8, «directoire mondiale illégitime et antidémocratique» se retrouve pour évoquer, selon eux les problèmes du monde. Elle a rappelé que comme à Gênes en 2001, au Canada en 2002, à Genève 2003, en Ecosse en 2005, en Angleterre en 2007, les pays membres du G8 feront semblant cette année encore à Acquila en Italie, de poser un diagnostic lucide de la question économique et politique et préconiserons les mesures en fonction de leurs intérêts comme le G 20 d’ailleurs tout aussi illégitime malgré la présence de quelques pays du sud émergents qui ne cherchent aussi qu’à défendre leurs propres intérêts.

Mme Barry Aminata Touré, a déclaré qu’aujourd’hui, comme hier, fidèle à notre sens de l’histoire, nous nous retrouvons à Bandiagara pour dire non à la marchandisation du monde, à l’économie de casino et au diktat des marchés. Elle a ajouté qu’aujourd’hui comme hier, par centaine, par millier, les peuples du monde entier nous regardent et sont de cœur avec nous pour dénoncer l’intrusion du capital financier international dans tous les aspects de notre développement. Selon elle, cela se traduit par les programmes d’ajustement structurel déguisé en cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté imposée par le FMI et la banque mondiale et qui demeure le seul cadre de référence, excluant de fait toute possibilité de réflexion autonome, permettant de construire une alternative originale, fiable et conforme aux intérêts des peuples.

Le forum des Peuples conteste la présence de 5 pays émergents au G8

Elle a dénoncé le choix fait par les Etats du G 8 d’inviter 5 pays émergent à participer à leur rencontre. Ce sont : le Brésil, le Mexique, la Chine, l’Inde et l’Afrique du sud. «C’est un choix arbitraire, signe d’un échec annoncé, puisque cet élargissement ne se fait pas dans un cadre démocratique et sur la base d’une approche inclusive qui donne aux institutions des nations unies, le pouvoir d’organiser l’économie mondiale, de prendre des mesures de stabilité, d’orienter les choix vers des secteurs sociaux prioritaires, de légiférer en matière de lutte contre le réchauffement climatique», a indiqué la coordinatrice générale du forum des Peuples.

Mme Barry a ensuite posé un certain nombre de questions aux grandes nations du monde. Qu’avez-vous fait des résolutions de Rio de 1922 ? Du protocole de Kyoto ? Du sommet de Nairobi ? Des appels lancés par les mouvements de défense de notre environnement pour freiner le modèle de consommation et la surproduction industrielle qui ont impact négatif sur l’environnement mondial ? Qu’a-t-on fait du sommet de Copenhague sur la pauvreté ? Ce sont autant de question que la Présidente de la CAD-Mali et non moins coordinatrice générale du forum des Peuples, a posé aux grands décideurs de ce monde.

En plus de l’absence de volonté affichée par les grands du monde à s’engager dans la protection de l’environnement, la coordinatrice générale du forum s’est élevée contre les politiques de gestion des flux migratoires. Elle a rappelé que l’Italie qui abrite le sommet actuel du G 8, vient de prendre des mesures particulièrement inquiétantes pour les immigrés jugés illégaux. Elles ne sont fait que le prolongement de celles prises par l’Union Européenne qui sont des mesures qui n’honorent pas l’Europe, considérée comme une référence historique en matière des Droits de l’Homme.

Selon mme Barry, en adoptant le 18 juin 2008, le projet de loi sur la «directive retour», le Parlement Européen a franchi un pas supplémentaire dans la coordination et la mise en œuvre de la politique de répression et de criminalisation de l’immigration dans l’espace européen. Elle a indiqué que cette politique s’exerce en matière de droit d’asile, de libre circulation des personnes et des biens, de la protection de l’intégrité physique et morale des individus quelques soient leurs nationalités ou leurs origines. Pour cela Mme Barri dira que cette politique traduit la renonciation parles Etats Européens, du principe de l’universalité des droits qui constituait le fondement politique et idéologique de leur politique de coopération avec les autres Etats du monde.

La Coordinatrice générale du forum des Peuples a dénoncé les Etats de l’Union européenne qui ont rendu automatique la détention des travailleurs sans-papiers et la durée de leur détention qui passe désormais de 6 à 18 mois. «Des mesures administratives et juridiques particulièrement inhumaines et arbitraires contredisent toutes les garanties apportées par le Droit international en matière d’exercice ou de privation de la liberté. L’aide juridique obligatoire et gratuite aux réfugiés et sans-papiers est remise en cause», a-t-elle indiqué. Avant de déclaré qu’une double exclusion frappe les ressortissants étrangers en situation «irrégulière», lesquels peuvent être expulsés vers un pays autre que leur pays d’origine tout comme les personnes vulnérables que sont les femmes enceintes, les personnes âgées, les mineurs non accompagnés.

«Comment peut-t-on parler des Droits de l’Homme», c’est-elle demandé. Avant de rappeler ce qui s’est passé il y a quelques semaines à l’aéroport de Bamako, où des maliens résidant en France ont été bloqué au Mali et à qui on interdit de rentrer en France, sans raison. Avant de lâcher les participants dans les arènes des symposiums, ateliers et des espaces thématiques, mme Barry leur a rappelé les grands axes de discussions du forum. Elle a indiqué que le forum abordera toutes les questions relatives à l’économie capitaliste, la nouvelle crise mondiale de la dette en gestation, la crise financière internationale, l’immigration, l’environnement, les questions liées au développement et à la sécurité, la souveraineté alimentaire, le développement local, l’accès aux services sociaux de base….

«Nous discuterons pour analyser la situation globale de crises mais aussi pour proposer et faire des entendre des alternatives radicales au système actuel qui garantissent l’accomplissement des droits humains pour tous et toutes ! Tous ensemble pour une Afrique véritablement libre», a-t-elle conclu. Immédiatement, après cette ouverture, le forum a démarré avec les exposés symposium sur le thème de «la lutte des mouvements sociaux et la crise financière internationale : quels défis pour l’Afrique».

Assane Koné

10 Juillet 2009.