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Un forum culturel au cœur du Mandé ? C’est ce que l’Asocciation Minidjan Tiga Koné a organisé les 16, 17 et 18 mai 2008 à Déguéla (6 km de Kangaba). Donc, dans le berceau de cet univers de connaissance, de cette civilisation noire tant connue. Et cependant méconnue.

« Le Mandé demeure un grand inconnu. C’est pourquoi, il ne bénéficie pas encore de l’attention et de la considération qui soient à la hauteur de son immense richesse culturelle », a dit un féru de la culture mandingue.

L’Association Minidjan Tiga Koné veut briser cette méconnaissance du grand public. Le forum est pour le grand Mandé, pour tous ceux qui sont sensibles à la chose culturelle.

Dès le départ à Bamako, à côté de l’ancien commissariat de police de Sébénicoro, on pouvait percevoir cet effet de foule. Mais « l’affaire » est celle de vieilles personnes, des dépositaires des traditions mandingues, traditions ancestrales.

Le forum, on peut le placer sous le signe de « l’ancestralisme ». Ne cherchons-nous pas à sauvegarder la mémoire de l’ancêtre Minidjan Tiga Koné, mémoire de pureté et de service du peuple ? « Nous vivons une époque difficile. Nous tenons par la bénédiction de nos pères, de nos ancêtres ».

Nous arrivâmes à Déguéla dans l’après-midi. Le tam-tam traditionnel accueillait les participants. Salutations d’usage manding, offre de pots d’eau et attente de l’ouverture qui eut lieu des heures après, à la Maison des jeunes. « Venez célébrer la paix, l’amitié, les retrouvailles ».

Des mots porteurs de message humain émaillaient la dizaine de discours (du chef de village, du président de l’Association Minidjan Tiga Koné, du maire, du président du conseil de cercle, du député, du préfet, du représentant du ministre de la Culture…) Des délégations étaient venues d’horizons divers (Guinée, Senou, Nonkon, Naréna, Kébila…), animées par un sens manifeste de fraternité. C’est pourquoi, les mots du chef de village allaient dans le sens de remerciement, de la satisfaction.

Mamoutou Kéita, le maire, insistait sur l’entente, la collaboration, gages de grandes valeurs pour le progrès social, culturel et économique. « Unissons-nous pour résoudre les multiples crises que connaît le pays », a dit le préfet Seydou Traoré.

Et il a évoqué la cherté de la vie, la crise scolaire… « Connais-toi, toi-même », a rappelé le député, après bien d’autres personnes. Ce désir de se connaître est le motif du déplacement des participants.

Pour le président du conseil de cercle, Aboubacar Kéita, le Mandé joue à l’unisson au retour de Kurukanfuga, à la fraternité.

Et il a dit le souci de l’équipe dirigeante du Mali actuel pour la sauvegarde des trésors culturels et le développement économique de la localité, des localités, en union avec les populations.
Déjà, le forum, à l’ouverture s’est placé sous le signe de l’authenticité nationale et locale.

L’arrivée des officiels a été suivie de l’hymne national en langue nationale bambara, véhicule de toutes les interventions. « … Beaucoup de choses se sont passées au Mandé ! Beaucoup de grands hommes ont foulé le sol manding avant de partir se coucher ! » dit encore le féru de la culture mandingue.

Au commencement était la danse, a dit un homme dans la masse, après trois pas de danse du Mandé ancien, exécutés au début de l’animation des troupes folkloriques.

Danser autrefois, c’est embrasser dans le monde dans un sens giratoire. On danse pour exprimer la joie et la peine ; on danse symboliquement, pour exprimer sa fidélité aux lois de l’univers, aux lois de l’évolution de la société. Ainsi, on m’a donné à Déguéla, de façon symbolique, à la mort d’un chef, à l’intronisation d’un nouveau, à la continuité de la vie.

Et le chef de village, a exprimé sa joie dans le cercle de danse.

En un mot, la danse est un langage social. Des messages ont suivi des mouvements de troupes, messages d’union, de fraternité.
Ainsi, on a pu entendre : « on peut vivre à côté et rester éloigné par l’esprit, on peut vivre dans la proximité et vivre uni en pensée ».

Dans le passé, un vieux envoyait son chapeau dans une localité et pouvait nouer ainsi des alliances matrimoniales (mariage)…

Le forum était un lieu de réjouissance, aussi une école de bravoure, d’histoire que nos manuels scolaires ne mentionnent guère. Noumou Moussa Kanté de Naréna, après un chant, fit le récit d’un valeureux guerrier de la localité, si valeureux qu’il aménageait le chemin que devait prendre l’ennemi pour venir le combattre : il lui enlevait toute embûche en route.

Le deuxième et troisième furent consacrés à l’entrée dans l’histoire par la visite des sites divers, par la grande causerie, à l’immersion dans le passé spirituel.

On était à l’écoute des maîtres de la parole. De ceux du village de Fadama (Guinée), quatre personnes, des Kondé, habiles dans l’art de communiquer, de relater le vieux lointain et épique des Koné des habitants du Mandé. Quel érudit occidental disait que « la culture ne se transmet point et ne se résume point ? » Le dispositif cérémonial était impressionnant : paroles rythmées, gestes amples des bras, de tout le corps. Tout s’harmonisait à merveille.

Le maître parlait, inlassablement, une lance à la main. Par lui, on apprenait qu’au commencement était l’agriculture, les Kondé avant les Diarra que le Mandé médiéval était en rapport avec l’Arabie islamique…

Aliou Diabaté (un djéli malien, d’âge moyen), s’est répandu en explications sur la genèse du Mandé à partir de la femme buffle (Dô Kamissa). Naturellement, Soundiata est évoqué dans les récits multiples, Soundiata, le héros national du Mandé. Cependant, au forum, on a connu un personnage central, un homme à la pureté légendaire, rassembleur d’hommes : Minidjan Tiga Koné.

Et ses alliés : Sama Mamadi, ancêtre des Somono de Dambala, Bemba Kanda Kéita, à Farabana… Le premier (Sama Mamadi) serait venu par les eaux, retenu par l’hospitalité de Minidjan Tiga Koné. Il fut l’ancêtre des Somono, loyal serviteur et gendre de son hôte.
Bemba Kanda Kéita fut un patriarche du milieu, instruit selon le vœu de son père.

A 150 à 200 m de son tombeau repose l’ancêtre des Koné, au pied d’un baobab géant : Minidjan Koné. La visite à sa dernière demeure fut solennelle, car il est considéré par Déguéla comme le père fondateur du Mandé, plus ancien de trois générations que Soundiata. Venant de Sangaran, il s’est installé à Kodjou d’abord (Sosso – moustique -, Toumbo), à Kokan (où il rencontra Sama Madi) et enfin à Farabana où il mourut. Il favorisa l’installation des hommes dans le Mandé.

Mais c’est sa droiture, sa pureté, sa sainteté qui avait marqué les générations. Encore, on évoque les vertus de sa lance qui préservait les champs de l’inondation du fleuve Niger en crue, son chapeau qui faisait tomber la pluie.

La foule pouvait voir ce chapeau porté au bout d’un long bâton (aujourd’hui les mains impures sont indignes de le garder en héritage).

Père de 12 enfants, Minidjan Koné était la pureté même. Selon Ladji Sangaré (un érudit local, il a laissé trois choses à la postérité : le chapeau, la lance et l’or). Kurukanfuga (la célèbre place du Mandé) était l’endroit où il rencontrait les gens venus d’ailleurs pour un pacte d’installation. Sa place (une pierre) est encore Kurukanfuga que nous avons visité un dernier point.

« Tout ce qui se tient est appelé à se coucher », chantait la troupe de Nonkon.

Ce 3e forum culturel des Koné et alliés est comme un hommage rendu aux morts (même ceux de Farabakéné, village disparu). Et dans cet hommage, il serait injuste de ne pas parler des chasseurs. En effet, des chasseurs venus nombreux, étaient présents à toutes les manifestations, à toutes les visites, avec leurs « soros » aux chants pleins de sagesse.

« Il y a longtemps que le monde a été créé ».

« Le singe connaît l’arbre, mais il ne peut dépasser l’oiseau ».

« La mort aussi mourra ».

Adama Coulibaly

27 Mai 2008