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L’un des défis que les autorités doivent relever est l’éducation des personnes sourdes si l’ « éducation pour tous » n’est pas un slogan creux. Des infrastructures scolaires à leur insertion professionnelle en passant par les orientations, les problèmes ne manquent.

L’éducation des personnes sourdes a un long chemin à parcourir pour non seulement faire valoir le droit inaliénable des déficients auditifs à l’école mais aussi pour leur permettre de participer au développement socioéconomique de notre pays.

Au Mali, il existe peu d’écoles pour ces handicapés auditifs avec seulement une sur chacune des rives du district de Bamako.

L’école pour déficients auditifs de l’Hippodrome, créée en 1993 par l’Association malienne des sourds (Amasour), est l’une des deux écoles de la capitale. Dans l’établissement, tout se fait par l’usage de la langue des signes quand bien même que parmi le staff professoral il y a des entendants.

Ce qui ne constitue guère un handicap dans la mesure où l’école a la physionomie d’un établissement fondamental pour enfants normaux avec un programme complet et des horaires précises.

« Nous avons le programme officiel de l’éducation de base et toutes les matières sont enseignées ici, même le chant, les mathématiques, l’hymne national… », a souligné le directeur des études de l’école pour déficients auditifs, Yaya Doumbia.

Les évaluations se font aussi normalement comme dans les autres écoles fondamentales. « Les évaluations sont mensuelles ici pour les élèves du 1er cycle et trimestrielles pour le second cycle. Les enfants traitent les mêmes sujets que les normaux. Il n’y a aucune différence », a expliqué M. Doumbia.

D’ailleurs, sur le tableau d’affichage au moment de notre passage, figuraient les dates d’évaluation écrites en Français que les élèves lisaient les uns après les autres.

Cependant, compte tenu de leur déficience, ils bénéficient d’un peu plus de temps que les autres. « Si l’épreuve est pour 30 minutes, 45 minutes leur sont accordées, car leur compréhension est un peu lente par rapport aux entendants », a-t-il précisé. Le taux de réussite aux différents examens est « vraiment encourageant ».

En 2007, sur 17 élèves présentés au Certificat d’études primaires (CEP), 12 ont passé tandis que 8 sur 15 candidats ont réussi à l’examen du Diplôme d’études fondamentales (DEF).

Des exclus de la vie professionnelle ?

Pour parvenir à ce résultat, c’est tout un schéma qui est mis place. « Avant qu’un enfant soit accepté ici, nous rééduquons son langage dans notre salle d’orthophonie et nous essayons aussi de connaître son degré de surdité à travers la salle d’audiométrie ».

Comme activités extrascolaires, l’école dispose d’une salle de judo pour « tuer la nervosité des enfants », et d’un terrain multifonctionnel, où les élèves pratiquent différentes disciplines sportives (football, basket-ball, athlétisme…) en plus d’une troupe théâtrale.

Les résultats de ces infrastructures sont à hauteur de souhait dans la mesure où en plus du maintien de la santé physique, elles leur ont permis de s’illustrer dans des disciplines sur la scène internationale.

« A l’issue des derniers jeux de l’avenir pour les personnes handicapées en 2007 à Nouakchott, Fatoumata Mame Daou a décroché la médaille d’or en athlétisme avec la médaille d’argent dans la même discipline pour Nouhoum Keïta. En judo, Boulkassoum Konaté a été 1er dans la catégorie des 65 kgs », s’est félicité M. Doumbia.

Tout n’est pas rose cependant. L’école est d’abord confrontée au problème de la formation des formateurs. « Si nous n’arrivons pas à faire face à ce problème, il jouera sur la qualité de l’enseignement dispensé », a averti le directeur des études.

A ce sujet, il propose l’ouverture d’une école d’éducateurs spécialisés en langue des signes comme l’Institut de formation des maîtres (IFM) sans oublier de motiver financièrement le personnel enseignant. A cela, il faut ajouter la difficulté de la pléthore.

Malgré leur brillance à l’école, les élèves déficients auditifs sont « jetés dans la poubelle » après le DEF parce qu’ils ne sont pas orientés pour la suite. C’est alors tout un « calvaire et une désillusion » qui commencent.

« Nous sommes entrain de nous battre pour qu’on puisse ouvrir des écoles de formations professionnelles pour ces enfants ou même les orienter dans les écoles du genre, surtout que les sourds sont doués dans l’artisanat », a recommandé M. Doumbia. Pour le moment, les sourds admis au DEF « sont découragés car ils ne savent pas où leurs études peuvent les mener ».

Les déficients auditifs sont aussi capables que les normaux. Fonctionnaire et ingénieur en élevage, le président de l’Association malienne des sourds (Amasour), Famory Konaté en est la preuve éloquente.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

22 février 2008.