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Au cours de la rencontre que le président de Helvetas, Peter Arbenz a eue avec des élus de Kita, l’épineuse question de la coupe de bois dans la forêt de Kita par des individus non identifiés a été abordée.
Selon un animateur du Bureau d’appui au conseil des collectivités rurales (BACR), basé à Kita, la coupe de bois a repris dans la forêt de Kita. « Il y a trois semaines, j’ai aperçu du côté sud-ouest de Sirakoro, dans le hameau de Tounfinko, des tracteurs chargés de bois de forêt ». Pour l’animateur, les bûcherons ont changé de stratégie d’acheminement des bois. « Ils jouent au plus malin en les acheminant à faible quantité sans que les gens ne s’en rendent compte ».
Sans savoir avec certitude la nationalité des malfaiteurs, notre source révèle que les boucherons viennent du Liberia et de la Guinée. Travaillent-ils pour une société ou sont-ce des individus insolés qui font commerce du bois ? Nous ne saurons le dire. Seule une enquête des autorités nous édifiera. Mais l’on se demande si cette déforestation préoccupe les autorités municipales. Les déclarations du jeune ont été tenues devant le président de l’inter collectivité (qui regroupe vingt-deux villages du cercle de Kita) sans que ce dernier ne réagisse. Il est resté bouche bée.

Pourtant, il y a quelques mois, suite à une marche de protestation de la population de Kita contre la coupe du bois de vêne par des Chinois, le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement avait fait une descente sur le terrain. En cette occasion, Aghatam Ag Alhassane sans pour autant prendre une décision claire, avait tout de même suspendu l’exploitation de la réserve en attendant d’y voir clair. C’est cette décision de suspension qui serait bafouée par des aventuriers.

La biodiversité nationale à l’encan

Le Mali, qui n’est pas un pays forestier, est depuis décembre 2007 la cible de sociétés étrangères de commerce de bois auxquelles on livre nos essences locales. Le Sud de la région de Kayes, plus précisément le cercle de Kita est soumis au même pillage. Selon certaines informations, ce pillage de la forêt serait cautionné par l’Etat malien à travers la signature d’un contrat de coupe de bois de vêne avec une société chinoise dénommée « Afrique Asie bois du Mali » sur une durée de 5 ans.
En l’absence d’actions vigoureuses et sans appui, c’est une véritable catastrophe environnementale et écologique qui est en train de se dérouler dans le cercle de Kita, une des dernières zones du pays en matière de biodiversité.

Selon certaines informations, en l’espace de 3 mois, ce sont plus de 200 tonnes de bois coupés qui ont été mises en container et pris le chemin de la Chine. Le Mali, un pays sahélien, désertique à plus de 50 % de sa superficie, doit-il s’offrir le luxe d’un tel commerce ?

Le pire est que le produit de l’abattage du bois ne profite même pas à la population locale et encore moins au gouvernement, mais à quelques individus dont des sociétés multinationales. Or, selon des données, la déforestation et la dégradation de forêts contribuent à 20 % dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elles contribuent aussi à la perte de la biodiversité et à l’appauvrissement des populations locales.
Une interpellation du ministre de l’Environnement par les élus de la nation s’avère nécessaire afin qu’il réponde devant la nation malienne du « complot » contre les Maliens.


Amadou Sidibé (envoyé spécial)

11 septembre 2008