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La Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) organise simultanément un exercice d’état major du 15 au 21 juin 2008 à Bamako (Mali) et à Abuja (Nigeria) dans le cadre de l’exercice CPX JIGI 08. Côté malien, le coup d’envoi a été donné hier dans l’enceinte de l’Ecole de Maintien de la Paix (EMP) Alioune Blondin Beye.

Dans le cadre de la certification de la Force en attente de la CEDEAO, par l’Union Africaine, l’organisation sous régionale a construit un exercice qui a pour but d’évaluer l’aptitude de l’état major de la force en attente à planifier et à conduire une opération de maintien de la paix et ou une mission d’aide humanitaire.

Il regroupe les armées des pays membres de la communauté avec des experts militaires, civils et appartenant à la Police et à la gendarmerie.

A côté des partenaires traditionnels (Etats-Unis, France, Royaume Uni, et Pays Bas) sont impliqués, pour la première fois dans ce type d’exercice, l’union Africaine, la SADC (Afrique du Sud), EASTBRIG (Ethiopie) et l’Etat major de la brigade multinationale stationnée au Danemark (SHIRBRIG).

L’exercice, qui a débuté hier, permettra l’évaluation opérationnelle du noyau dur de l’état-major de la brigade Ouest de la CEDEAO dans la perspective de la certification opérationnelle de cette brigade en 2010. Après l’exercice Deggo 27 de décembre 2007 au Sénégal, CPX08 constitue la seconde étape majeure de la montée en puissance de l’outil militaire de la CEDEAO.

Trois réunions préparatoires se sont déroulées à l’Ecole de maintien de la paix (EMP) de Bamako, l’un des trois centres d’excellence de la CEDEAO dispensant, au niveau tactique, des formations sur les opérations de soutien à la paix. Les deux autres centres sont situés à Abuja au Nigeria pour la formation de niveau stratégique, et à Accra au Ghana pour le niveau opératif.

Les Forces Françaises du Cap-Vert (FFCV) stationnées au Sénégal participent à la préparation de la force africaine en attente en coopération avec l’UNOWA (Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest), l’Union Africaine, le CICR (Comité internationale de la Croix Rouge), une délégation de la commission européenne au Nigeria et d’autres partenaires.

Contexte et justification

La création d’une force en attente de la CEDEAO, comprenant une unité d’intervention rapide de 1.500 hommes, a été décidée en juin 2004, à la suite de recommandations formulées par l’Union africaine qui a demandé que chaque région géographique du continent mette en place une brigade spéciale, capable d’intervenir rapidement pour restaurer et maintenir la paix dans les Etats en crise.

Elle devrait être opérationnelle à partir de 2010 et permettra d’atteindre les objectifs de développement économique pour lesquels la CEDEAO a été créée en 1975. La Force d’attente est basée à Abuja, au Nigeria, sous le commandement du général nigérien Laï Ahassan.

Les multiples situations de crises sur le continent africain, couplé aux difficultés voire à l’incapacité de certains États à assurer leur sécurité ont amené les dirigeants africains à envisager de remédier à cette situation.

L’article 5-2 de l’acte fondateur de l’Union Africaine (2002) institue ainsi le Conseil de Paix et Sécurité (CPS) qui « constitue un système de sécurité collective et d’alerte rapide, visant à permettre une réaction rapide et efficace aux situations de conflit et de crise en Afrique ».

La mise en place d’une Force africaine en attente (FAA) doit permettre d’atteindre ces objectifs et permettre aux Africains de ne plus dépendre de la communauté internationale pour la résolution des crises survenant sur leur continent.

Le schéma militaire et institutionnel

Le schéma général adopté par les chefs d’États africains prévoit la mise en place progressive de cette force d’ici 2010. L’essentiel des forces sera en réalité géré au niveau d’organisations régionales : la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),

la Communauté Sud-africaine de Développement (SADC), l’Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD), la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et l’Afrique du nord.

Chacune de ces régions devra abriter une brigade de la FAA. À l’exception de la CEDEAO et de la SADC, la décision donnant mandat à ces forces d’intervenir reste néanmoins du ressort exclusif de l’Union africaine.


Les différents types de missions


La Force africaine en attente est conçue pour répondre à six (6) types de missions :


Scénario 1 :
aide militaire pour une mission politique ;


Scénario 2 :
mission d’observation déployée conjointement avec une mission des Nations Unies ;


Scénario 3 :
mission d’observation sans appui de l’ONU ;


Scénario 4 :
déploiement d’une force de maintien de la paix et missions de déploiement préventif ;


Scénario 5 :
force de maintien de la paix pour des missions complexes et multidimensionnelles (humanitaire, désarmement, administration, etc.) avec présence de groupes hostiles. Le déploiement complet doit être effectué dans les 90 jours suivant le mandat donné par l’Union Africaine. La composante militaire doit pouvoir se déployer dans les 30 jours ;

Scénario 6 : Intervention d’urgence – par exemple dans le cas d’un génocide – lorsque la communauté internationale ne réagit pas suffisamment rapidement. L’objectif est ici d’obtenir le déploiement d’une force militaire conséquente dans les 14 jours.

Les missions relatives aux scénarios 1 à 4 peuvent être menées par une seule brigade régionale. L’objectif est alors d’obtenir un déploiement dans les 30 jours suivant l’adoption de la résolution de l’Union Africaine lui donnant mandat.

Les missions 5 et 6, plus conséquentes nécessitent en revanche une intervention au niveau continental.
La capacité de répondre dans les conditions prévues aux scénarios évoquées nécessite des moyens importants.

Au niveau des organisations régionales, chacune d’elle devra être dotée d’une brigade en attente de 3 500 à 6 500 hommes répartis dans les différentes armées nationales.
Les délais d’intervention prévus dans les différents scénarios nécessitent en outre l’emploi de personnels dédiés de manière permanente et exclusive à la FAA.

Au niveau matériel, le projet prévoit qu’au moins 170 véhicules militaires et 4 hélicoptères soient mis à la disposition de chacune des cinq brigades régionales. Les moyens prévus pour la force d’attente au niveau de l’UA sont plus modestes : entre 300 et 500 observateurs militaires, 240 policiers civils et un nombre indéterminé d’experts civils pour les structures relatives aux droits de l’homme, à l’aide humanitaire, au désarmement, à la reconstruction, etc.

L’on peut remarquer que le temps d’intervention est un élément central dans les différents scénarios évoqués. Il faut dire que l’expérience des crises africaines a démontré l’importance d’une intervention rapide.

La nécessité de la Force africaine en attente vient de la constatation que l’intervention de la communauté internationale à travers l’ONU se fait souvent dans un délai de l’ordre de 6 mois, soit à un moment où il s’agit moins de prévenir un conflit imminent que d’en gérer les conséquences.

Dans le but de réduire au minimum ce délai d’intervention une structure de planification (PLANELM) doit être instituée tant au sein de l’Union Africaine que dans chacune des organisations régionales. Cette structure doit avant tout permettre une interopérabilité et un commandement intégré.

Nécessité de communication

On déduit à travers les missions qui lui sont assignées la nécessité absolue de la Force d’attente de se doter d’un système de communication performant.

C’est pourquoi, le général Charles Okai, directeur du département de maintien de la paix, a initié récemment un atelier sur la mise en place de la Force d’attente de l’organisation ouest africaine. L’atelier a regroupé, à Abidjan, des officiers des forces armées des quinze pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à l’exception du Libéria. Il était essentiellement consacré au système d’information et de communication de la Force d’attente (SIC- FAC).


L’exercice CPX JIGI 2008

Cet exercice, dont le nom signifie ESPOIR en Bambara, met en œuvre des postes de commandement, sans déploiement réel de troupes, dans le cadre d’une mission de maintien de la paix. 150 hommes des 15 pays membres de la CEDEAO sont impliqués.

En plus de la force militaire une attention particulière est portée sur les composantes police et civile (actions civilo – militaires, participation du CICR).

Son but est d’évaluer l’aptitude de l’état – major de la force en attente de la CEDEAO à planifier et à conduire une opération de maintien de la paix, ainsi que la capacité de la compagnie de transmissions dédiées à établir les liaisons radios indispensables ; de tester les procédures opérationnelles ; et de débuter la prise en compte de la composante Police et des composantes civiles.

Il s’agit du premier exercice conçu par une organisation régionale et c’est également la première fois qu’une évaluation est menée au sein de la FAA.
Ceci souligne le degré d’implication de la CEDEAO dans la préparation de maintien des opérations de maintien de la paix.


Sékou Tamboura

16 Juin 2008