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Depuis hier dimanche 2 juillet 2017, la Force militaire commune G5 Sahel est officiellement en marche.

En effet, ce jour-là, sur les rives du Djoliba à Bamako, les chefs d’Etat des cinq pays membres du G5 Sahel, Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Idriss Déby Itno (Tchad), Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso) et Mahamadou Issoufou (Niger) ont coulé dans le marbre les modalités du déploiement du contingent mixte antiterroriste.

La mise en marche de cette quintuple Alliance contre le djihadisme, le trafic de drogue et d’êtres humains dans le Sahel s’est effectuée en présence du président français, Emmanuel Macron, qui tient ainsi sa promesse d’y prendre part.

Il aura fallu dix-huit bons mois pour que cette initiative, née en novembre 2015, prenne enfin corps. Une longue gestation donc ponctuée de plusieurs examens de suivi avec ces nombreuses rencontres militaires entre chefs d’état-major et sommets de chefs d’Etat dont le dernier en date s’est tenu le 6 juin dernier à Bamako.

Pour s’assurer de la viabilité du projet, il ne restait plus qu’à convaincre l’ONU de bien vouloir prendre le nouveau-né sous sa protection ; chose faite depuis le 21 juin dernier avec l’adoption d’une résolution, même si ce fut une résolution à minima, puisque le texte se contente de « saluer » le déploiement de cette force sans lui délivrer ni mandat ni fonds. Une drôle de résolution, s’il en est, sur un sujet aussi grave qui, pis est, a été votée sur un malentendu de départ :

en effet, alors que les pays du G5 Sahel parlent d’un effectif pouvant aller jusqu’à dix mille hommes, l’ONU, dans sa résolution en demi-teinte, table sur un chiffre de cinq mille.

Mais le plus dur reste à venir. Car une chose est de lever des armées et une autre d’assurer le nerf de la guerre. Et ça ce n’est pas gagné d’avance, surtout avec les ambiguïtés et les réticences du président américain qui renâcle à se pencher sur le berceau de cette Force en gestation de peur d’y laisser quelques précieux dollars.

Il en ira donc de cette coalition militaire comme de toutes les initiatives communautaires sous nos contrées : elle risque de souffrir du défaut d’intendance.

Comme toujours, c’est le fonds qui manque le plus. Certes, l’Union européenne a déjà annoncé une intention de financement de cinquante millions d’euros. Mais pour importante qu’elle soit, cette somme ne représente qu’un grain de sable dans les immensités désertiques du Sahel. Puisque, selon les estimations des experts, le besoin de financement total s’établit à près de cinq cents millions d’euros. Les 9/10 du budget restent à chercher et à trouver.

Alors, qui comblera le gap ?

Les cinq Etats-parties ont certes affiché leur volonté d’assembler la machine de guerre contre le terrorisme qui gagne chaque jour davantage de terrain dans le Sahel.

Mais que vaut la bonne volonté de pays qui vivent en partie grâce aux subsides des PTF dans une affaire qui nécessite de gros sous ? Pas grand-chose.

A l’ouverture du Sommet, Emmanuel Macron a multiplié les bonnes annonces comme les promesses de huit millions d’euros pour soutenir le volet militaire d’ici fin 2017 et de déblocage de deux cents millions d’euros dans les cinq années à venir dans le cadre de l’aide au développement.

L’hôte de l’Elysée s’est également engagé à faire du lobbying auprès de la communauté internationale. Mais cette opération de charme pourra-t-elle prospérer auprès de certains grands potentiels contributeurs, comme les Etats-Unis dont le président, comme nous l’avons déjà écrit, n’entend pas parier le moindre billet vert sur la capacité des Africains à casser du terroriste ?

Autant dire que la marche de la Force G5 Sahel, qui vient d’être enclenchée en terre malienne et que nous espérons victorieuse, sera laborieuse, longue et périlleuse. Cela est, hélas, d’autant vrai que, de son côté également, l’ennemi fourbit ses armes et échafaude des plans en prévision du déploiement de cette armada sahélienne.

La preuve, alors que la délégation française débarquait samedi à Bamako, AQMI diffusait une vidéo d’otages toujours entre ses mains : la Française Sophie Petronin, la religieuse colombienne, une Suisse, un Sud-Africain, un Roumain et un Australien.

Un étrange djatiguiya (1) à l’endroit du grand chef Blanc qui est le vrai commandant en chef de la Force du G5 Sahel.

La rédaction
L’Observateur Paalga du 03 Juillet 2017