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Le Mouvement citoyen se transforme en parti politique. L’information, qui a occupé une place de choix dans nombre de journaux lundi, n’a, en réalité, rien de surprenant. Pour ceux qui observent la scène politique nationale, la mue du Mouvement citoyen en parti politique entre dans l’ordre normal des choses parce que permettant à coup sûr la clarification des rapports entre la première institution du pays, c’est-à-dire le président de la République Amadou Toumani Touré, et la classe politique.

Les rapports entre le chef de l’Etat et les partis politiques d’une façon générale et en particulier avec ceux du Front pour la démocratie et la République (FDR), créé à la veille de la présidentielle d’avril 2007, ont été, au cours du premier quinquennat d’ATT, empreints de suspicion et de manque de confiance.

Le Mouvement citoyen, un conglomérat d’associations hétéroclites a contribué à l’élection d’Amadou Toumani Touré à la tête de l’Etat. Au cours de son premier mandat, cette association apolitique, reconnue sous le nom populaire des « amis d’ATT » n’a cessé d’être présente dans le champ politique.

Bénéficiant de la grâce du président et aussi de la mansuétude des autres partis politiques (consensus oblige), le Mouvement citoyen s’est vu même octroyer dans l’équipe gouvernementale des postes ministériels stratégiques comme les Mines, l’Energie et l’Eau, le Développement social, la Solidarité et les Personnes âgées. L’association que dirige le titulaire de ce dernier poste a eu souvent l’outrecuidance de réclamer des droits qui, au regard de la loi, reviennent seulement aux partis politiques légalement constitués.

Les écarts du Mouvement citoyen ont été fustigés par les partis politiques. Ceux-ci voyaient à juste titre d’aillleurs dans ses agissements une sorte d’usurpation. Même le chef de l’Etat a eu sa part de critique. Accusé de faire la part belle au Mouvement citoyen en ignorant le fait partisan et le rôle des partis politiques, ATT n’avait pas réagi en appelant ses amis à faire preuve de retenue et avait fait savoir qu’il ne créerait pas de formation politique.

La transformation du Mouvement citoyen en parti politique apparaît donc comme une initiative venant du Cena. Elle permettra donc de clarifier les relations entre le président de la République et le Mouvement citoyen lui-même d’une part et d’autre part avec l’ensemble de la classe politique.

Mais pourquoi avoir attendu tout ce temps pour transformer l’association en parti politique et pour quel objectif ?

La réponse à la première question est qu’en créant un parti, le Mouvement citoyen veut, semble-t-il, prendre son autonomie vis-à-vis du président même si cela s’avère, dans la pratique, un leurre.


Déjà les relents de 2012

A l’analyse, il ne serait pas hasardeux de dire que la création de FCD relève d’une méthode plus démocratique et plus acceptable pour les « ATT Boys » et leurs ouailles de participer d’une façon claire à la gestion du pays et de traiter d’égal à égal avec les formations politiques à court terme. A long terme, il s’agit probablement d’une stratégie visant à perpétuer l’œuvre après 2012 en ayant un des leurs à Koulouba.

Parce que, il ne faut pas être naïf, tout porte à croire que le Mouvement citoyen ne va pas se transformer en parti politique pour uniquement faire de la figuration sur l’échiquier politique ou encore pour sauvegarder des postes de responsabilités quelconques. Si tel était le cas, la FCD en gestation, n’aurait pas sa raison d’être, les partis politiques ayant pour vocation fondamentale de concourir à l’expression du suffrage, l’exercice du pouvoir et l’encadrement des adhérents.

Mais pour perpétuer l’œuvre d’ATT, la future Force citoyenne démocratique devra surmonter plusieurs obstacles dont le plus important est le spectre de la scission et faire face à une rude concurrence des partis, qui l’attendent depuis longtemps sur le sable mouvant de la politique.

Le Mouvement citoyen avait connu une première scission qui a abouti à la création du PCR et si le Mouvement citoyen est resté cohérent malgré cette fissure et s’est fait même une santé avec environ une vingtaine de députés aux dernières législatives, il n’est pas sûr qu’au fil des ans, il saura maintenir cette même sérénité et cohésion.

En effet, le syndrome de la scission est l’une des graves menaces sur les partis politiques maliens, surtout à l’approche des joutes électorales. Si la FCD parvenait à surmonter ses futures crises et résoudre ses contradictions internes, elle serait alors un parti avec qui l’Adéma, le RPM, l’URD devront compter en 2012 pour la présidentielle.

La FCD a même l’opportunité d’être un potentiel favori parce qu’elle pourrait bénéficier d’un éventuel soutien du président sortant. Et dans la perspective de 2012, Force citoyenne démocratique pourrait être un véritable instrument de pression sur le président ATT afin que celui-ci soit le parrain du candidat du parti.

Pour l’heure, le champ politique malien étant imprévisible avec la transhumance des députés, il n’est pas exclu qu’aux termes de cette 4e législature, la future formation politique des « amis » du président soit l’une des premières forces à l’Assemblée nationale.

Denis Koné

07 août 2007.