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Frustrations et humiliations de toutes sortes sont le lot quotidien des émigrés maliens et de nos compatriotes travaillant dans des organisations internationales. Dans son discours d’investiture, le président Amadou Toumani Touré leur a redonné espoir en promettant de tout faire pour changer cette triste situation.

« La gestion de nos compatriotes est au centre des priorités de notre politique extérieure ». Cette partie du discours d’investiture du président Amadou Toumani Touré n’a pas certainement échappé aux Maliens de l’extérieur, surtout les émigrés et les fonctionnaires internationaux. Surtout qu’ATT a ajouté, « mieux assurer leurs droits et préserver leur dignité, mieux mobiliser leurs capacités d’investissements, cerner et féconder leur apport intellectuel, mieux les promouvoir dans les organisations internationales et mieux valoriser l’image des Maliens et du Mali, constitueront les axes majeurs de l’action de protection et de promotion des Maliens de l’extérieur ».

Il était temps que l’Etat décide de ne plus laisser les Maliens à la merci des pays d’accueil ou de leurs employeurs. Depuis la nuit des temps, frustrations, humiliations, persécutions, brimades sont le lot quotidien des travailleurs maliens dans les organisations internationales. « Nous sommes souvent traités comme des moins que rien. Au niveau du traitement salarial, l’écart entre les nationaux et les expatriés travaillant dans les organisations internationales au Mali ne se justifie pas. Nous sommes rarement rémunérés en fonction de nos compétences, de notre mérite. Pis, l’humiliation est le lot quotidien de beaucoup d’entre-nous », déclare un compatriote travaillant dans la représentation nationale d’une organisation internationale. Il a naturellement requis l’anonymat pour que « le ciel ne s’effondre pas sur ma tête dès le lundi ».

Des cas d’exactions ou de traitement discriminatoire à l’égard des cadres maliens ont récemment défrayé la chronique. L’honorable Ali N. Diallo ne nous dira certainement pas le contraire pour avoir été victime de toutes les exactions et offenses afin de le pousser à quitter la présidence du Parlement de la Cédéao. Ses détracteurs ont bafoué sa dignité et traîné son honneur dans la boue. Et le Mali n’a presque rien fait pour défendre l’honneur et la dignité de ce grand combattant qui s’est beaucoup sacrifié pour l’avènement de la démocratie au Mali. Ce qui est sûr, c’est que la réaction de l’Etat n’a pas été à hauteur de souhait à l’époque.

Nous avons encore en mémoire la façon la plus avilissante dont Mme Mariam Waïgalo, travaillant au bureau Unicef du Mali, avait été mise à la porte. Son crime : être tombée en état de grossesse dans un organisme spécialisé des Nations unies chargé de la protection de la mère et de l’enfant ! Et là aussi, la réaction du gouvernement a été très timide. Il a fallu la pression de la presse pour qu’elle soit réintégrée et que la représentante coupable d’une telle ignominie soit mutée ailleurs.

Ces deux cas suffisent à illustrer le calvaire des cadres maliens dans des organisations internationales et les humiliations qu’ils sont souvent contraints d’accepter parce qu’ils ne peuvent pas compter sur l’Etat pour les défendre. Sans compter que les ressources humaines nationales sont souvent discriminées au profit de chômeurs expatriés dont la seule compétence est souvent la couleur de leur peau. Combien de faux consultants viennent-ils ainsi se pavaner dans ce pays en laissant le personnel malien se taper leurs bouleaux à leur place ?

Alors on comprend aisément que l’engagement du président ATT à valoriser l’image des Maliens et du Mali à l’extérieur, surtout dans les organisations internationales, ne pouvait échapper à personne. Nous avons beau remporter des victoires diplomatiques en abritant des sommets, en contribuant à l’apaisement des foyers de tension, notre diplomatie n’aura pas entièrement accompli sa mission si elle est incapable de promouvoir nos cadres dans les instances sous-régionales et régionales ainsi que dans les organisations internationales.

Elle n’aura de mérite réel tant qu’elle ne se bat pas pour sauvegarder l’honneur, la dignité et les intérêts de nos rares compatriotes qui ont la chance d’intégrer ces instances et organisations. Et il est évident que le Mali va rater le train de l’intégration sous-régionale et régionale si elles devaient se faire au détriment des fils du pays, surtout de ses cadres dont le seul handicap, face à la concurrence, est le manque de soutien politique.

Heureusement qu’ATT promet que plus rien ne sera plus comme avant en la matière. Pourvu que ça ne soit, une fois encore, qu’une promesse d’ATT.

Moussa Bolly

11 juin 2007.