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Jadis considérée comme un cercle à part entière de la région administrative de Gao, Kidal est la dernière-née des régions du Mali, créée en 1993. Elle compte quatre cercles et onze communes, couvre 260 000 km2, soit plus de 20% de la superficie totale du pays.

Une vaste région, donc. Mais un espace entièrement dominé par le Sahara, c’est-à-dire un territoire désertique. Kidal, à elle seule, conjugue plus de superlatifs que toutes autres régions du pays. Elle est l’une des plus pauvres, ne bénéficiant, à l’heure actuelle, d’aucune ressource mise en valeur. Elle est la moins peuplée, et connaît depuis quelques années un dépeuplement important. Elle est la plus enclavée, n’étant desservie par aucune route digne de ce nom. Elle est la plus désertique, n’étant arrosé par aucun fleuve, même pas par une rivière.

Cependant, cette région connaît depuis quelques années d’immenses efforts en vue d’amorcer son développement. La tâche est plutôt difficile. En raison de facteurs naturels : elle a connu deux sécheresses, 1973 et 1984, qui ont anéanti les actions de développement et ont poussé les populations à l’exode.


En raison également de facteurs politiques :
elle a vécu deux rébellions, 1963 et 1990, qui ont eu autant d’effets que les sécheresses, sinon plus, parce qu’elle a vu le départ des principaux partenaires techniques et financiers. Pour couronner le tout, depuis 2000, malgré la signature d’un Pacte national pour la stabilité et la paix en 1992, elle connaît une situation permanente d’insécurité résiduelle. Qui ramène toujours la région à la case de départ.

Si pour Kidal, de très grands et gros projets et programmes de développement ont été initiés, ceux-ci tardent à porter fruit. Ainsi, le programme de sécurité alimentaire de la région de Kidal n’est plus. Celui qui est censé lui emboîter le pas, le projet de développement intégré (PDIRK) ne parvient même pas à démarrer. Beaucoup d’ONG ont fermé leurs portes. Il y a bien sûr le projet DDRK, financé par le Luxembourg, qui s’active beaucoup dans la zone, mais qui a du mal à mener ses activités en dehors de la ville de Kidal. Même chose pour le projet d’Appui au développement des régions du nord (ADERE-NORD) dont la cellule kidaloise est en rade.

Il y a eu, auparavant, le Prodec (programme de développement décennal de l’éducation) puis le PISE (programme d’investissement dans le secteur de l’éducation) qui ont construit et équipé de nombreuses salles de classe, aujourd’hui désertées par des élèves éparpillés dans la nature. Autant dire que l’école, tout comme le développement local est en panne. Essentiellement en raison de l’insécurité

Que dire du Prodes (projet de développement décennal de la santé) sinon que lui non plus ne parvient pas à concrétiser les espoirs placés en lui. Ainsi, la région de Kidal tout entière ne compte que quatre centres de santé, c’est-à-dire 1 pour 65 000km2. Autre incongruité, Kidal possède une direction régionale de la santé mais est le seul chef-lieu de région dans lequel il n’existe pas d’hôpital. Ce qui en tient lieu est un centre de santé de référence. Selon plusieurs témoins, il serait mal et sous équipé, ne disposerait pas du personnel adéquat, en tout cas souffre de l’absence de spécialistes.

Cette absence de spécialistes, on peut la constater à d’autres niveaux. En fait, presque dans tous les services déconcentrés de l’Etat. Pourtant les autorités, à l’exception de quelques unes, ont fait l’effort de doter la région de toutes les directions régionales existant dans d’autres régions. Mais là, on voit rarement des cadres de conception aux commandes. Ceux-ci, une fois qu’on leur parle d’aller à Kidal, se font tirer les oreilles, réfractaires à toute mutation dans cette région jugée inhospitalière.

L’administration a alors tôt fait de se rabattre sur des techniciens supérieurs ou des cadres de moindre importance, désireux d’occuper un poste de responsabilité. C’est une des raisons pour lesquelles ces structures ont du mal à fonctionner correctement. Une autre raison qu’on reproche aux différents directeurs régionaux, c’est qu’ils sont très souvent absents de la ville. Soit parce qu’ils sont allés en mission, généralement à Bamako.

Soit parce qu’ils sont partis rejoindre leurs familles laissées dans une autre ville plus sécurisée. Dans les deux cas, le service cesse de fonctionner car le directeur centralise tout à son niveau, ne confie rien à un adjoint, encore moins à un intérimaire. Par ailleurs, en raison des risques d’enlèvement de véhicules ou de personnes, les missions à l’intérieur de la région ou sur Bamako sont suspendues.

Cheick Tandina

26 Février 2009