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L’Alliance pour la Démocratie au Mali-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ) va-t-elle finir par devenir un monstre hideux à trois têtes? Il ne sera alors pas viable. Il ne pourra donc pas atteindre son objectif principal pour 2012: monter au sommet de la colline du pouvoir.

Chassez le naturel, il revient au galop ». Il semble que cette vérité hante le sommeil de trois personnalités du peuple de l’Alliance pour la Démocratie au Mali-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ). Le parti du président Alpha Oumar Konaré va-t-il encore connaître son sport favori, le clash, lui qui avait déjà, à la suite d’implosions successives, engendré le RPM, le MIRIA, l’URD?

En cette avant-veille du dépôt des candidatures à la candidature (14 janvier prochain) du parti de l’abeille pour l’élection présidentielle de 2012, il nous est revenu que le Pr Dioncounda Traoré, le président du parti, Ibrahima N’Diaye, le 1er vice-président et Soumeylou Boubèye Maïga, le 5ème vice-président (la liste n’est pas exhaustive) ne dorment plus que d’un œil. Ils sont tous, comme le disait le premier, lors de la récente conférence de presse du parti, « de bons candidats » pour Koulouba 2012. Le problème est qu’au moins deux de ces bons candidats devront céder le privilège de défendre les couleurs du parti à un seul en mars-avril 2012.

Mais, d’ores et déjà, les supputations vont bon train sur les qualités et les reproches des uns et des autres de ces prétendants à l’investiture du PASJ. Si Dioncounda, Iba et Soumeylou sont tous reconnus comme les sommités du parti, il n’en demeure pas moins que chacune de ses personnalités draine dans son sillage un flot de sympathie incontestable allant même au-delà du parti. Plusieurs analystes reconnaissent au président de l’ADEMA et non moins président de l’Assemblée nationale, une forme de gentleman agreement avec plusieurs de ses vice-présidents.

Lequel pacte débouche sur une accointance, réelle ou supposée, avec la formation politique alliée de l’ADEMA qu’est l’URD. A partir de là, les proches du ministre Iba N’Diaye soupçonnent chez le président du parti « des prédispositions discrètes de rouler pour l’URD de Soumaïla Cissé ». A l’inverse, plusieurs observateurs accusent le clan Iba d’être prédisposé à « travailler en faveur du PDES  » que piloterait le Premier ministre Modibo Sidibé, dans la course pour 2012.

Ainsi, il apparaît, a priori, que c’est Soumeylou Boubèye Maïga qui semble être l’incarnation réelle du peuple ADEMA. Mais, là encore, des esprits malsains et régionalistes (abjects et arriérés, pourrait-on dire) évoquent le fait que celui-ci vient du Nord (Gao) pour contester son éventuelle désignation. Il faut signaler que c’est à ce niveau qu’ATT et Alpha seront faiseurs de roi à l’ADEMA d’abord et à Koulouba, ensuite. Le clan Soumeylou sera-t-il majoritaire ? Le PASJ n’y a-t-il pas intérêt ?

A ces interrogations s’ajoutent les trépidations du ministre du Développement social, Sékou Diakité, quelque peu ébranlé par l’affaire du serveur de plus d’un milliard et demi F CFA. Il semble en effet que ce dossier sulfureux de mauvaise gestion des deniers publics, le ministre et non moins président de la coordination ADEMA du district de Bamako n’est point émoussé dans ses ardeurs de « jouer un rôle déterminant dans PASJ en course pour la présidentielle de 2012 ». Mais, Sekou Diakité a-t-il encore la crédibilité nécessaire dans les rangs même du parti de l’abeille ? A-t-il aujourd’hui l’aura nécessaire, aux yeux des Maliens et de la communauté internationale, pour aller à la conquête de l’électorat, et donc, de Koulouba ?

Il faut noter toutefois que cela fait maintenant dix ans que Dioncounda Traoré occupe le leadership du PASJ à la satisfaction d’un nombre important de militants et de sympathisants. Inattendu, il a pu s’imposer, contre vents et marées, à la tête de ce grand parti, toujours en proie à des tensions internes, déchiré en clans, dont les principaux leaders se regardent souvent en chiens de faïence. Par un background de ministre de la Fonction publique et du Travail, ministre d’Etat de la Défense et enfin ministre d’Etat des Affaires étrangères, Dioncounda s’était déjà donné une notoriété.

En plus, en se faisant élire député puis président de l’Assemblée nationale, ce professeur de mathématiques aura gravi plusieurs échelons de la politique malienne. Président de la Représentation nationale, Dioncounda est le potentiel locataire de la Maison Mali en cas de vacance du pouvoir ATT. Cela suffit-il pour nouer autour de lui le consensus tant proclamé au PASJ ? L’ADEMA des trois clans survivra-t-elle ? Wait and see.

Bruno D SEGBEDJI

07 Janvier 2011.